26/06/2022

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2 tués dans la grande manifestation contre le régime de Gnassingbé

LOME (AFP)-12/02/05–Deux manifestants ont été tués samedi au Togo par les forces de l’ordre lors de la première manifestation importante dans les rues de Lomé pour protester contre « le coup d’Etat » du président investi, Faure Gnassingbé.

Agé de 39 ans, il a succédé lundi, dans des conditions controversées, à son père, le général Gnassingbé Eyadema, décédé il y a une semaine à 69 ans, après 38 ans de pouvoir absolu.

A l’appel de six partis d’opposition, environ 3.000 personnes s’étaient rassemblées samedi matin dans le quartier de Bé, fief de l’opposition, malgré l’interdiction de toute manifestation publique signifiée à plusieurs reprises par les autorités.

La manifestation a été dispersée sans ménagement par les forces de l’ordre, qui ont fait usage de grenades lacrymogènes. Les heurts se sont poursuivis jusqu’en début d’après-midi, avec des petits groupes de manifestants incendiant des pneus, lançant des pierres et essayant de monter des barricades, immédiatement démantelées par les policiers et les gendarmes.

Vers 15H30 locales (et GMT), les violences avaient quasiment cessé, après l’arrivée d’importants renforts de l’armée, parachutistes et éléments de la garde présidentielle.

Selon un premier bilan officiel, outre deux manifestants tués, quatre personnes, dont deux gendarmes, ont été grièvements blessées. Encerclé, un groupe de gendarmes a fait feu pour se dégager, touchant deux manifestants, a expliqué le ministre de l’Intérieur, affirmant que l’auteur des coups de feu avait été « mis aux arrêts ».

Le nouvel homme fort du pays a condamné « énergiquement ces violences » et a ordonné « l’ouverture d’une enquête immédiate », a indiqué un communiqué du gouvernement.

Le dirigeant du Rassemblement pour le soutien de la démocratie et du développement (RSDD, opposition modérée) Harry Olympio a estimé que « la situation a été très dure sur le terrain ». « Les policiers ont fait usage d’armes à feu avec des balles réelles », a-t-il accusé.

Ce sont les premiers morts depuis l’instauration du nouveau régime.

Faure Gnassingbé, dont la désignation par l’armée togolaise avait été confirmée par l’Assemblée nationale après une révision constitutionnelle express, a prêté serment le 7 février.

Au fil des heures, les manifestants, qui scandaient des slogans hostiles à la France et au président Chirac, supposés « complice » du nouveau régime, se sont finalement dispersés avec l’arrivée massive de militaires.

Le service de communication des Forces armées togolaises (FAT) a démenti l’intervention de renforts. « Ce déploiement n’a rien à voir avec la situation. Pour le maintien de l’ordre, c’est la gendarmerie seulement qui s’est déployée », a affirmé le capitaine Moïse Kemence.

« Les bérets rouges ont toujours été à Bè-Kpota, et le passage des véhicules avec mitrailleuses lourdes est habituel, avant même le décès du président Eyadéma », selon cet officier.

Les violences sont restées localisées dans le quartier de Bé, alors que la situation était calme dans le reste de la capitale togolaise, où des soldats ont été toutefois déployés, fortement armés, tandis que certains commerçants avaient par précaution fermé leurs magasins.

Les manifestants ont aussi incendié une usine sur la route de l’aéroport.

Alors que le nouveau régime est très contesté par la communauté internationale, et africaine en particulier, une délégation togolaise conduite par le Premier ministre Koffi Sama s’est rendue à Niamey samedi.

Ce déplacement fait suite à une « convocation » des chefs d’Etat de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO – 15 membres) exigeant des explications sur les conditions de l’accession au pouvoir de Faure Gnassingbé.

La délégation a entamé dans l’après-midi une réunion à huis clos avec le chef de l’Etat nigérien, Mamadou Tandja, président en exercice de la CEDEAO.

Cinq chefs d’Etat ouest-africains, dont le président en exercice de l’Union africaine (UA), le président nigérian Olusegun Obasanjo, avaient menacé de sanctions les autorités togolaises si elles ne se rendaient pas à Niamey.

Ces dirigeants avaient, après moult tergiversations, refusé vendredi d’aller au Togo rencontrer Faure Gnassingbè « pour ne pas cautionner » le nouveau régime.