28/09/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

37e Assises Presse francophone au Togo: une opération visant à redorer le blason de Faure Gnassingbé

Sous les auspices de l’Union internationale de la presse francophone (UPF), institution de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) et du gouvernement togolais, se sont tenues, à Lomé, du 3 au 8 novembre, les 37e Assises de la Presse francophone. De ces assises, on retiendra que, commencées par un retentissant couac, elles se sont achevées dans un indescriptible tollé avec les propos irresponsables tenus sur la chaîne internationale de radio anglaise BBC, le 8 novembre par Georges Gros, le secrétaire général de cette institution (voir déclaration des organisations des médias togolais à la fin de l’article). Pour en comprendre les raisons, il faut d’abord revenir sur le cadre et le contexte de cette rencontre.

On se souvient qu’à l’annonce de la mort du dictateur Gnassingbé Eyadéma, le Président français Jacques Chirac a organisé la succession monarchique pour porter au pouvoir Faure Gnassingbé, le fils de son ami regretté. Cette succession s’est faite par un double coup d’Etat, militaire et électoral qui, selon le Rapport de la Mission de vérification des faits envoyée au Togo par le Haut Commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU, a fait entre 400 à 500 morts. Au cours de cette période du 5 février au 5 mai 2005, la répression sanglante qui s’est déchaînée contre les populations civiles a été accompagnée, par les putschistes, par de graves violations de la liberté de la presse se traduisant par la fermeture musclée de médias indépendants par les militaires avec l’enlèvement du matériel de certaines radios, la mise hors la loi des journaux indépendants, l’interdiction de la diffusion de chaînes internationales de radio dont RFI (la radio de l’Etat français) et Africa n°1 (la radio de l’Etat gabonais), etc..

Le seul tort des correspondants de ces médias avait été de dire tout simplement ce qu’ils ont vu en informant objectivement sur la réalité de la répression sanglante et des violations massives des droits de l’Homme qui se sont déchaînées sur le Togo. Ceci était intolérable pour les putschistes, même vis à vis de la radio d’une grande puissance amie et complice comme l’Etat français : RFI fut donc fermée depuis le mois d’avril jusqu’à ce mois de novembre, soit pendant 7 mois, parce que ses journalistes, pourtant véritables professionnels respectueux de la véritable « déontologie », avaient honnêtement fait leur travail.
La réouverture de la chaîne française, faite en grande pompe par les autorités togolaises, toute honte bue, fut d’ailleurs un des clous des manifestations de ces Assises de la Presse francophone à Lomé. Elle intervint le vendredi 3 novembre, jour même de l’ouverture des assises par la signature d’une nouvelle convention entre RFI, représentée par son P-DG, Antoine Schwarz et l’Etat togolais, représenté par le président de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC), Philippe Evegno, le tout se passant au ministère de la Communication et de la Formation civique, en présence du ministre de tutelle Kokou Tozoun.

C’est dans cette situation que le contexte actuel voit certaines institutions internationales aux premiers rangs desquelles l’Union internationale de la Francophonie et l’Union européenne faire preuve d’un activisme brouillon pour tenter de redorer, à marche forcée, le blason du régime RPT dont l’image a été particulièrement dégradée à l’échelle internationale pour cause de répression meurtrière et violations massives des droits de l’Homme au Togo. L’organisation, à Lomé, de ces 37e Assises de l’Union de la Presse francophone, s’inscrit naturellement dans ce contexte où on voit à l’œuvre de grandes manœuvres en cours pour pousser la classe politique togolaise vers de nouvelles élections législatives qui font l’objet de laborieuses mais incertaines tractations diplomatiques qui sont d’autant plus difficiles que l’idée même de telles échéances électorales est impopulaire au sein du peuple togolais.

Mais, au final, loin de contribuer à aider le régime RPT, ces assises l’auront considérablement desservi, ayant contribué à accroître le rejet de ses amis français et de la cause dont ils étaient les porteurs tant auprès de la presse que de la population togolaises. Dès l’ouverture de ces assises un premier couac donna le ton : le boycott de la presque totalité des journalistes de la presse indépendante du Togo qui dénonçaient les conditions rocambolesques dans lesquelles leur participation avait été organisée. Celle-ci avait été confiée à Lucien Djossou Messan, le très controversé directeur de publication du journal Le Combat du peuple, qui a brillé ces derniers temps en s’affichant souvent aux côtés du dictateur Eyadéma avant son décès, traînant par ailleurs à ses basques de retentissants scandales financiers régulièrement dénoncés par ses confrères.

L’ouverture solennelle des assises, faite par l’héritier dictateur Faure Gnassingbé dans le plus luxueux hôtel de la capitale, le Corinthia 2 Février, mobilisa tous les membres du gouvernement, au grand complet, lesquels, en manque de popularité, se précipitent de plus en plus souvent à ce genre de happening qui aurait à peine mobilisé, en temps normal, la participation d’un simple ministre de l’information. La débauche d’argent pour l’organisation de ces assises fut tout aussi scandaleuse : soirée de gala le samedi 5 novembre offert par le premier ministre Edem Kodjo, « animation » digne du bon vieux temps du RPT suivi d’un déjeuner offert par Faure Gnassingbé à Kara où les journalistes de la presse étrangère ont été piégés dans des cérémonies officielles de soutien au régime, tirage pour la circonstance de luxueuses éditions spéciales en quadrichromie de journaux faisant une publicité tapageuse pour les chefs de file du régime RPT, etc., rien ne fut épargné pour faire plaisir aux 250 journalistes venus d’une cinquantaine de pays d’Afrique, d’Europe, d’Asie et d’Amérique. Parmi ces derniers, on distinguait la lourde et vieillissante silhouette de vieux routards comme Hervé Bourges, le communicateur habitué des salons présidentiels africains.

Dans un pays où les récentes hausses de tarifs, dont celle, particulièrement douloureuse du prix des produits pétroliers, impose aux populations démunies de tirer encore plus le diable par la queue, tout cela faisait désordre…Quant aux thèmes abordés au cours de cette grande messe, ils prêtent plutôt à sourire. Qu’on en juge un peu : « Pluralisme et déontologie : liberté et responsabilité des journalistes », tel était le thème de référence de ces 37e assises de l’UPF. Et, lorsque, dans son discours d’ouverture, Faure Essozimna Gnassingbé a osé déclarer : « Les professionnels de la communication que vous êtes, doivent tout mettre en œuvre pour accompagner les processus de démocratisation par le biais d’informations exactes, justes, équilibrées et vérifiées, et a poursuivi plus loin : Pour ce faire, le journaliste doit avant tout être un professionnel bien formé, jouissant de la protection de la loi et travaillant conformément aux règles déontologiques de sa profession dans le respect de la vérité, en ayant comme baromètre, sa responsabilité sociale », on croit rêver à entendre de tels propos sortant de la bouche de celui qui les énonce.

Car enfin, dans un pays, le Togo comme d’autres en Afrique et ailleurs dans le monde, qui sinon les plus hauts responsables du(es) régime(s) foule(nt) allègrement au pied le pluralisme et la déontologie en interdisant notamment d’accès aux médias d’Etat les partis de l’opposition et en confectionnant les plus grossiers mensonges d’Etat en prétendant qu’on n’a tué personne alors qu’une fois une mission de vérification des faits de l’ONU passée, il est question de 400 à 500 personnes assassinés pour la plupart par l’armée de l’Etat ? Qui, sinon les plus hauts responsables de l’Etat, en véritables voyous, méprisent « la liberté et responsabilité des journalistes » en envoyant leur armée, leur gendarmerie et leur police fermer les radios, arracher leur matériel, arrêter les journalistes, les torturer, en faisant interdire de diffusion les chaînes internationales de radio parce qu’elles donnent des informations dûment vérifiées, établies, fondées qui les gênent ? Au total, quelle place y a-t-il donc pour « le pluralisme, le respect de la déontologie, la liberté et la responsabilité des journalistes » qui, au premier chef, sont violées par les responsables mêmes des Etats ? C’est pourquoi, avec leur double langage, les Faure Gnassingbé et autres chantres de l’UPF sont mal venus de prétendre se poser en grands donneurs de leçons : ils n’ont d’abord qu’à balayer devant leur porte !

On retiendra donc de ces assises de l’UPF qu’elles constituent une entreprise particulièrement maladroite de l’Etat français qui, à travers les institutions qu’il contrôle, celle de la francophonie en l’occurrence, tente de les utiliser pour sauver un régime moribond à sa botte, celui de Gnassingbé-Kodjo, qui défend ses intérêts au Togo. Le tollé d’indignation que suscita les propos aussi cyniques que maladroits de Georges Gros, ce secrétaire général de l’UPF visiblement nostalgique du temps des colonies, tout en étant la goutte d’eau qui fit déborder le vase de l’incongruité et de l’indignation qui entoura cette rencontre eut le mérite de révéler comment les échecs à répétition des manipulations françaises en Afrique – il en fut ainsi de ces assises – sonnent le déclin de la domination de l’impérialisme français en Afrique.

La rédaction letogolais.com

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Déclaration des organisations des médias togolais

Le mardi 08 novembre 2005, en marge des 37e assises de la presse francophone de Lomé, le Secrétaire général de l’UPF, répondant à une question du correspondant de la BBC (édition de 06 heures), a déclaré ce qui suit :
« En ce qui concerne le journaliste togolais, j’ai en effet entendu parler, on a fait grand bruit. Mais moi qui suis un journaliste j’attends d’avoir d’autres preuves. Je ne suis pas très satisfait des preuves que l’on m’a données parce que s’il y avait une dizaine de personnes qui s’abattent sur un individu, je ne comprends pas comment il arrive à s’en sortir si vite ou alors il est très fort ».
Les organisations des médias togolais notamment l’UJIT, l’URATEL, l’OREPI, et l’OTM, condamnent ces propos scandaleux dénués de tout fondement. Les organisations signataires notent que M. Georges Gros n’a même pas cherché à s’informer auprès du confrère agressé ou des organisations avant de faire sa déclaration tonitruante.
Les organisations signataires estiment qu’il s’agit là de propos qui manquent de courtoisie, de confraternité et de décence à l’égard de la presse du pays hôte. Les organisations s’indignent qu’avant les conclusions de l’enquête en cours, M. Georges Gros prétende avoir des éléments d’appréciation qui portent l’UPF à douter de cette agression alors même que le gouvernement togolais l’a condamné.
L’UJIT, l’URATEL, l’OREPI et l’OTM exigent que M. Georges Gros présente des excuses publiques au confrère Dzilan Dodzi alias Dimas DZIKODO et à l’ensemble de la presse togolaise.
Les organisations signataires demandent enfin, au gouvernement de faire accélérer les enquêtes en cours pour que toute la lumière soit faite sur cette agression.

Fait à Lomé, le 08 novembre 2005

Les signataires

UJIT DOGBE Peter Sassou
URATEL Jacques DJAKOUTI
OREPI Augustin AMEGA
OTM AMUZU Francis P.