04/12/2022

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AFRIQUE, la démocratie en échec: 2002, « annus horribilis » ?

Une douzaine de scrutins majeurs sont prévus cette année. Pour le moment, les gouvernements africains ont surtout fait la preuve de leur incapacité à organiser des élections.

Cette année est une année test pour l’Afrique. Avec douze scrutins, passés ou à venir, elle doit permettre de mesurer la maturité démocratique d’un continent qui, il y a une décennie, était encore largement soumis à la loi du parti unique. Malheureusement, cette année électorale prometteuse a commencé de la plus mauvaise manière : Madagascar se retrouve avec deux présidents. Le Zimbabwe, qui doit élire le sien, est au bord de la guerre civile. Le Togo a reporté ses législatives pour cause de crise politique chronique… Ailleurs, au Congo-Brazzaville [officiellement Congo] ou au Kenya, l’ambiance préélectorale n’annonce rien de bon.

Tout semblait pourtant en place pour le changement. De nombreux pays d’Afrique subsaharienne connaissent le multipartisme. Ils se sont dotés, pour la plupart, d’organismes de contrôle et de lois électorales. Ils bénéficient du soutien financier d’une communauté internationale qui fournit jusqu’aux bulletins de vote. Mais, dans ce décor encore neuf, les acteurs jouent toujours une autre pièce que celle de l’alternance démocratique.

En fait, tout est là sauf les hommes. La démocratie va plus vite que la réalité de la vie politique et du renouvellement de ceux qui la font. Au Zimbabwe et à Madagascar, il y a bien une nouvelle génération d’hommes politiques, issue de la société civile – Morgan Tvangirai, challenger de Robert Mugabe, a fait ses classes dans le syndicalisme et Marc Ravalomanana, autoproclamé président malgache, a fait fortune dans les affaires. Il y a aussi la notable aspiration au changement d’une population qui s’investit massivement dans les processus électoraux. Mais il reste une paire de vieux autocrates, prêts à toutes les folies pour garder leur fauteuil, y compris à plonger leurs pays respectifs dans un conflit civil. Ailleurs, c’est peut-être plus calme mais tout aussi grave. La vie politique est fossilisée. Les hommes au pouvoir et les opposants sont les mêmes depuis plusieurs lustres ou décennies. Leurs méthodes n’ont pas changé. Et l’organisation d’élections n’est finalement qu’une posture, un rictus adressé aux bailleurs de fonds, qui conditionnent leur aide à la tenue de scrutins. Début janvier, Yaya Jameh, jeune chef d’Etat gambien aux méthodes d’un autre âge, a interprété un grand classique de la vie politique tropicale : la tricherie légale. Une pièce en trois actes : I) Le pouvoir exaspère l’opposition. II) Celle-ci déclare forfait. III) Le parti majoritaire présente des candidats sans adversaires et ramasse la mise. A ce petit jeu, le parti de Jameh a raflé d’office 33 sièges sur les 48 que compte l’Assemblée.

En février, au Togo, Gnassingbé Eyadéma a maintenu un opposant en prison, torpillé, puis reporté les législatives. Il a tellement fait le vide autour de lui que son principal adversaire, l’exilé Gilchrist Olympio, n’est autre que le (vieux) fils de Sylvanus Olympio, l’homme à qui il a ravi le pouvoir dans les années 60. Au Congo-Brazzaville, Sassou N’Guesso s’est employé à organiser une présidentielle sur mesure, comme les costards de son beau-père, le président Omar Bongo. Sassou, ancien “marxiste”, rêve d’un score brejnévien, à l’égal des 85 % qu’il a obtenus lors d’un récent référendum constitutionnel. Alors, il emploie des méthodes un rien bolcheviques.

Mi-février, des policiers en civil ont interdit une conférence de presse d’un regroupement d’opposants candidats à la présidentielle. Cette année électorale est tout compte fait à l’image de l’Afrique : mal partie. On peut juste espérer que le Sénégal et le Mali, deux modèles de bonne santé démocratique, sauveront l’honneur.

Semba Diallo

Journal du jeudi (hebdomadaire 15 000 ex.), Burkina Faso. http://www.journaldujeudi.com/