26/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Afrique / Togo : Est-ce la fin des immortels éphémères

Introduction

Depuis 1990 qui marque le début de la démocratisation en Afrique jusqu’à nos jours, certains pays sur le continent ont réussi leur transition politique et ont permis à l’alternance de se faire sans heurt. Par contre dans d’autres pays, les habitudes et mœurs héritées des régimes de parti unique pendant des décennies constituent des obstacles au changement souhaité par les peuples.

Le lancement d’un processus démocratique passe nécessairement par des élections libres et transparentes. Sur le continent, l’organisation de ces élections, est souvent sources de violences gratuites et parfois même une cause de guerre civile parce que les institutions mises en place et intervenant dans le processus électoral ne jouent pas, de ce fait, leur rôle de façon responsable.

Dans de nombreux pays africains, on peut se demander si les dirigeants ne savent pas exactement le mal qu’ils font, car, à chaque fois qu’ils se présentent devant le peuple, ils affirment vouloir le changement.

Indépendamment de certains acquis politiques obtenus grâce aux luttes des vaillantes populations, force est de constater, avec amertume, que dans certains pays l’alternance est condamnée à ne pas avoir droit de cité. A l’espoir se succède le désespoir de tout un peuple. Car, dans ces pays, tout un mécanisme est mis en place pour consacrer des chefs d’Etat à vie.

. Etat des lieux

En Afrique, les peuples aspirent à la démocratie et à l’Etat de droit, parce que indispensables au fonctionnement d’une société moderne et de progrès.
Malheureusement, la réalité ne semble pas, la plupart du temps, donner au peuple cette opportunité grâce à laquelle il doit apprendre à participer à la vie démocratique de manière à pouvoir faire régner le bonheur qu’il cherche. On assiste de nos jours, selon les comportements et le vocabulaire, à l’émergence de certaines variantes de démocratie. Il s’agit notamment de :

• La démocratie des bailleurs de fonds. Elle consiste, pour le pouvoir en place, à organiser des élections à la limite de la régularité et à maintenir tout juste un vernis de droit de l’homme avec la mise en place des institutions de décor pour pouvoir accéder à l’aide internationale. On considère le fait de gagner les élections comme une fin en soi et non comme un moyen d’atteindre des buts plus généreux, C’est à dire de mettre en application des programmes visant la stabilité politique et le développement économique.

• La démocratie apaisée. Le qualificatif « apaisée » constitue un abus de langage. La démocratie apaisée bénéficie du soutien de l’ancienne puissance coloniale et de la communauté internationale. Des tours de passe-passe juridiquement inexplicables se font, soit pour empêcher l’alternance, soit pour imposer un candidat. Dans les deux cas, celui qui est proclamé chef de l’Etat est celui là que cette communauté internationale, en occurrence l’occident, estime comme son interlocuteur valable.

• La démocratie de la soupe. Elle est pratiquée par des acteurs politiques qui, n’ayant aucun idéal, décident de se faire entendre. Constatant que leur pouvoir d’achat commence à s’amenuiser, et fatigués par la routine dans laquelle ils se sont enfermés, ils agitent leur fanion d’opposition modérée, d’opposition de participation ou d’opposition de propositions. C’est ainsi que cette politique de myopie, c’est-à-dire de court terme, essentiellement rentable, devient le remède à leurs inquiétudes et à leurs préoccupations.

Dans ce contexte, le peuple devient le souffre-douleur sur le dos duquel, des acteurs politiques toutes tendances confondues, dans leur satisfaction d’égo et sans aucune vision, suent sang et eau dans des querelles de clocher et de règlement de comptes et ce, au détriment du bien de leurs pays et du bien être de leurs populations.

I. Actualités africaines

En sollicitant la mémoire, il faut se rendre à l’évidence, que certains dirigeants au curriculum politique incertain et sans idéal, tuent les valeurs de l’Afrique et assassinent ses compétences.

Depuis un certain temps, dans certains pays africains, des devins d’honneur bénéficient d’espace sur les médias pour annoncer à qui veut les entendre, que la limitation des mandats constitue un obstacle au développement de leurs pays. Les chefs d’Etat des pays concernés prennent soin de ne prendre aucune position publiquement. On justifie la nécessité de faire sauter le verrou de la limitation du mandat présidentiel par le besoin de donner au chef de l’Etat le temps nécessaire pour accomplir des projets de développement et terminer son œuvre de redressement économique.

Des images montrent certains chefs d’Etat à la santé complètement dégradée remporter la victoire aux élections grâce aux truquages électoraux organisés par leurs collaborateurs. Remarquez que ces présidents, malgré leur état de santé très préoccupant, arrivent quand même à se faire délivrer un quitus médical par un conseil de médecins pour être candidats à leur propre succession. On se demande parfois si ces médecins travaillent avec le sérieux que requiert leur profession, ou s’ils sont tout simplement myopes pour ne pas voir que les candidats en question ne sont pas aptes à prendre part aux processus électoral. Dans ces conditions, quels programmes de développement et quels redressements économiques ces présidents peuvent-ils conduire pour le bien de leur pays ?

La politique est à la fois une science et un art. On gouverne avec des compétences et sur la base d’un programme. On ne gouverne pas à la carte avec des amis, des clans et des réseaux. Cela ne peut que faire la promotion de la corruption et de la prédation. La minorité qui gravite autour de ces chefs, pille sans vergogne les richesses du pays sans tenir compte de la misère rampante dans laquelle survit la majorité.

La modification de la constitution visant à permettre aux chefs d’Etat de s’éterniser au pouvoir, créé une situation de routine et de manque de réflexe. Lorsque les partis d’opposition se rendent compte que des élections organisées dans ces circonstances ne serviront à rien et qu’ils décident de ne pas participer au scrutin, des voix stipendiées se mobilisent pour dénoncer le boycott et la politique de la chaise vide. Parfois des leaders de formations politiques de moindre envergure se disent prêts à participer au scrutin, sachant très bien qu’ils n’ont aucune chance de remporter la victoire. Ces adeptes de la figuration, fragilisés par leur vénalité, déclarent sans grande conviction, qu’ils s’y engagent pour sortir le peuple de la pauvreté. Ce qui est curieux, c’est que des réseaux étrangers encouragent ce genre d’aventure sur le continent africain.

– Cas du Burkina-Faso

Il est intéressant de rappeler que toute situation qui dégénère en violence, guerre ou en insurrection a des causes lointaines et des causes immédiates.

Depuis 2010, il y a eu des mouvements sociaux et des mutineries çà et là dans le pays des Hommes intègres.

Lorsque l’appétit de modifier l’article 37 de la constitution a commencé à gagner le chef et son entourage, des voix autorisées se sont manifestées contre une telle initiative.
Les membres du clergé et ceux des organisations de la société civile ont clairement dénoncé la démarche.

Le Chef de l’Etat n’a pas pris la peine de faire une lecture objective de la situation. Possédé par l’esprit de l’entêtement, il s’embourbait dans son délire de modification. Son interview du 25 octobre 2014 sur la BBC a renforcé son état d’âme, lorsqu’il demandait à la France et aux Etats-Unis de ne pas intervenir dans les problèmes constitutionnels du Burkina au motif que son pays n’intervient pas dans leurs problèmes. Ça y est. Et voilà ! A force de se prendre pour un renard, il a fini par manger des poules.

Face à ces soubresauts, la CEDEAO et l’Union Africaine n’ont pas, de leur côté, pris la mesure de la situation qui prévalait au Burkina. Pourtant, il y a dans ces institutions, des structures d’alerte précoce. Ces deux institutions qui sont à l’image des Etats africains, attendent que des troubles éclatent d’abord avant de prendre position après les réactions de l’Occident qui, grâce à son vocabulaire habituel, invite les uns et les autres à la retenue, et, lorsque le pire se produit, réclame le retour à l’ordre constitutionnel. De quel ordre constitutionnel il s’agit ? Celui qu’on a modifié ou celui qu’on s’apprête à modifier ?

Le président du Burkina Faso, habitué à cet exercice de modification, puisqu’il en avait déjà réalisé deux par le passé, se heurte cette fois-ci à son peuple. Depuis le 30 octobre 2014, la messe est dite pour le président COMPAORE. Les ressentiments accumulés pendant des années ont fait sauter le couvercle.

– Cas du Togo.

Le Togo avait réalisé sa forfaiture par le toilettage de sa constitution depuis 2002. Très souvent, les modifications des constitutions, lorsqu’elles ont pour objectif de consacrer des mandats à vie, ne se font pas dans l’intérêt du peuple. Ces situations sont, pour ainsi dire, la résurrection du système de parti unique dans un espace de multipartisme politique.

Le projet de loi sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles introduit par le gouvernement à l’Assemblée nationale a été rejeté en bloc par les députés de la majorité présidentielle le 30 juin 2014. Une défiance politique pour le gouvernement ! Mais personne n’a osé demander la démission du gouvernement. C’est bien là une prouesse politiquement indigente.

Au Burkina, le projet de loi, que les autorités s’apprêtaient à faire passer en contrebande, s’est heurté à la détermination d’un peuple qui a pris en main sa souveraineté et son destin. C’est bien là, une démarche de haute portée politique.

En politique, il est très important d’avoir des réflexes d’anticipation. Cela permet de ne pas être surpris par les événements.

En 2005, lorsque des signaux de déflagration s’allumaient de tous côtés, le GRAD a pris son bâton de pèlerin pour faire le tour des différentes chapelles politiques, des institutions nationales et internationales pour réclamer une seule chose, le report des élections pour un dialogue aux fins de baisser la tension. Rien n’y fit. Depuis 2006, le GRAD, dans ses différentes publications avait proposé des pistes de réflexion pour sortir le Togo définitivement de la crise socio-politique. Peine perdue.

En octobre 2013, le GRAD a proposé, un mémorandum dans lequel sont décrites les différentes étapes d’une période de transition politique à partir de 2015. Initiative qui n’a suscité aucun intérêt de la part des autorités politiques et très peu d’intérêt de la part de la classe politique togolaise.

Pendant qu’il est encore temps, le GRAD lance un appel patriotique à toutes les Togolaises et à tous les Togolais pour qu’ils s’approprient son mémorandum et exigent une transition politique conduisant à une assemblée constituante pour élaborer une nouvelle constitution, gage d’un nouveau contrat social fondé sur une confiance mutuelle. Ce nouveau contrat social s’impose à la fois pour préserver la cohésion sociale et la stabilité politique, et éviter à nouveau au Togo, notre patrimoine commun, les gémissements, les traumatismes, les grincements de dents et le deuil.

Conclusion

La vie humaine est sacrée, et c’est parce qu’elle est sacrée que tout doit être mis en œuvre pour la protéger.

Vouloir tourner le dos aux réalités du pays ainsi qu’à l’actualité sur le continent et faire comme si le malheur n’arrive qu’aux autres est purement et simplement suicidaire.

Vouloir ramer à contre courant de l’histoire en considérant qu’on est fort et qu’on peut tout se permettre est un exercice redoutable. Soit dit en passant, celui qui domine les autres est fort mais celui qui se domine est puissant. Car personne n’est assez fort, pour être fort tout le temps. Seul, oui répétons-le, seul le peuple souverain est fort. Gare aux génies créateurs et aux esprits malins qui développent des stratégies de crise constitutionnelle et de longévité au pouvoir. Les peuples africains en général, et, le peuple togolais en particulier, sont désormais très conscients de leur force et vigilants, et prêts à barrer la route à ces immortels éphémères.

Lomé le 8 novembre 2014