03/12/2022

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Agbéyomé Kodjo: « le temps d’une action vigoureuse est venu »

INTERVIEW DE AGBEYOME MESSAN KODJO ANCIEN PREMIER MINSITRE DE LA REPUBLIQUE TOGOLAISE

Propos recueillis par Franck EKON

Envoyé spécial de Reporter

1/Le nouveau parlement togolais, issu des élections controversés d’octobre dernier ne cache plus sa volonté, de procéder à la révision de la constitution adoptée en 1992 pour « trouver une solution aux problèmes qui minent le Togo. » Selon Natchaba, Président de l’assemblée nationale, 38 députés de la mouvance présidentielle, viennent d’ailleurs d’écrire une correspondance dans ce sens au bureau de l’assemblée nationale .Qu’en pensez vous ?

En fait cela ne me surprend guère. Le masque est définitivement tombé. La comédie ne saurait durer plus longtemps. Cette ambition que nourrit depuis belle lurette EYADEMA en dépit de ses sempiternels reniements, a trouvé son épilogue en cette fin d’année, sous forme d’un cadeau cauchemardesque au peuple togolais.

On dirait un canular. Et pourtant …Cet événement est sans surprise pour tout observateur avisé de la scène politique togolaise et surtout pour ceux d’entre nous qui avons eu la malchance de travailler en toute bonne foi avec ce personnage, car ils ont la triste expérience de toucher et de cerner la vraie nature de l’homme qui peut assimilé à JANUS

Il y a déjà six mois voyant le danger pointer à l’horizon et après avoir épuisé vainement toutes mes ressources pour le conjurer j’ai décidé de prendre mes distances et ai attiré votre attention sur le complot qui était en cours de préparation contre la démocratie et le peuple togolais. Je vous avais convié à la vigilance et à la résistance pour empêcher l’exception togolaise que la communauté internationale n’hésite pas à qualifier de honte de l’afrique.

Il nous est difficile de comprendre qu’après que nous ayons déployé, grâce au sacrifice du peuple togolais dans son ensemble, tous les efforts pour respecter les contraintes imposées par le FMI dans le cadre du Programme Intérimaire Renforcé, Eyadema refuse le moindre compromis à l’opposition pour organiser de manière consensuelle les élections législatives qui devaient ouvrir la voie à la levée des sanctions économiques contre notre pays.

La soif de demeurer au pouvoir était sans aucun doute pour lui plus forte que l’allégement du fardeau de la souffrance qui pèse sur nos populations depuis plus de dix ans.

« Je n’ai jamais voulu du pouvoir, le destin m’a forcé la main, quand j’ai voulu quitter le pouvoir en 1971, les vielles femmes s’étaient constituées en barricades humaines sur les voies ferrées pour me contraindre de revenir sur ma décision, j’irai me reposer au village en 2003 à la fin de mon mandat, la constitution ne sera pas révisée, on ne fait pas une loi à la taille d’un homme »

Toutes ces déclarations venant d’Eyadema sonnent aujourd’hui faux, au regard du coup de force constitutionnel que vient d’opérer l’Assemblée monocolore, au bénéfice de la famille Eyadema.

Le moment est donc venu de vous décider soit demeurer dans l’esclavage moderne, soit donner des ailes à notre liberté confisquée depuis la nuit des temps.

S’il il était temps hier d’espérer, aujourd’hui plus que jamais, le temps d’une action vigoureuse est venu, car l’avenir appartient aux peuples courageux, qui prenne leur destin en main.

Personne ne viendra de l’extérieur nous libérer des chaînes de la servitude dans lesquelles la démagogie, la manipulation et le rachat des consciences, la terreur nous ont maintenus, depuis des décennies.

Eyadema est convaincu dans le tréfonds de son subconscient qu’il est né pour être Chef et que seule la mort peut le séparer du pouvoir.

Il apparaît plus que jamais évident que Eyadema veut une présidence à vie, il vient de s’en donner les moyens où à défaut, faire de notre pays une monarchie constitutionnelle.

Cette réalité devra alimenter la détermination des leaders de l’opposition, de la société civile et à l’ensemble du peuple togolais pour définir les nouveaux moyens de lutte susceptibles d’en découdre avec ce système qui produit régression sociale et une oligarchie familiale.

En fait, depuis son retour au Togo après ses rases campagnes d’Indochine et d’Algérie où il a servi dans la coloniale, EYADEMA est resté fidèle à sa vision et à sa stratégie : le pouvoir se conquiert dans la violence et s’exerce et se conserve par les mêmes armes. .Pour lui le détenteur historique du pouvoir politique est à la fois la source de la légitimité et le fondement de la légalité. Le pays est son patrimoine, les citoyens sa propriété.

Tenez, en 1963, il était à la tête du commando qui élimina Sylvanus Olympio, élu démocratiquement et ayant exercé moins d’un an son mandat à la tête du pays. Grunitzky prendra la succession d’Olympio avec l’appui de l’armée, trois années plus tard, on retrouvera le même EYADEMA à la tête d’un commando pour exiger du gouvernement de Grunitzky convoqué nuitamment, sa démission et le transfert à titre provisoire, du pouvoir d’Etat à l’armée, quatre mois plus tard il se proclame Président de la République et instaure un pouvoir personnel qu’il dote d’un parti unique en 1969 au dessus duquel le place les statuts.

Cinq ans plus tard. il institutionnalise son pouvoir autocratique en proclamant la primauté du parti sur l’Etat, ses institutions et ses lois .des lors sa volonté personnelle enrobées dans les décisions du parti devient la loi fondamentale qui prime les lois de la République, gouverne ses institutions et la vie privée des citoyens

Les résistances de l’intelligentsia progressiste, des officiers patriotes de l’armée et des membres du gouvernement à cette initiative anticonstitutionnelle et antidémocratique, furent violemment brisées et neutralisées. Eyadema réussit à coup de force, d’intimidation, et de manipulation à s’imposer tant à l’armée, à la société civile qu’au gouvernement de la république.

Ce bref rappel historique a pour simple objectif d’éclairer ceux qui l’ignorent que, EYADEMA n’a jamais respecté aucune loi qui contrarie son ambition.

Il utilise pour ce faire l’arme de la violence pour tenir ses rivaux ou ses égaux et ses adversaires au respect.

Son pouvoir est né dans la violence constitutionnelle et physique, il l’exerce dans cet état d’esprit avec les mêmes moyens, en recours à l’usage immodéré de l’argent public pour corrompre, pour acheter les consciences, et en confisquant les libertés, et ceci sans état d’âme, dans le mépris total de la volonté populaire.

Il me plaît à ce niveau de mon exposé de vous rappeler une anecdote tirée de mon expérience de Président de l’Assemblée Nationale, au lendemain de la signature de l’Accord Cadre de Lomé.

En effet quelques mois après la signature de l’Accord Cadre de Lomé le 29 Juillet 1999 se tenait dans la capitale politique du Nigeria, Abuja, l’Assemblée Paritaire ACP/EU. J’étais à cette réunion des parlementaires avec Maurice PERE et Faure GNASSINGBE, et Kwassi KLUTSE

L’enthousiasme populaire soulevé par la signature cet accord qui mettait fin à plusieurs mois de vives tensions politiques dans le pays, ouvrait à priori les portes de la normalisation de la coopération avec l’UE.
J’ai donc organisé une concertation avec un groupe de députés européens pour les convaincre de soutenir une résolution en séance plénière pour la levée des sanctions économiques contre le Togo.
Au cours de cette rencontre les eurodéputés nous ont clairement signifié que votre président ne méritait aucune confiance, et qu’ils souhaitaient voir l’évolution de la mise en œuvre de ces accords pour se prononcer. Il semblé jouer le jeu pour l’aboutissement de cette négociation inter togolaise mais rien ne garantie qu’il acceptera la mise en œuvre des dispositions prévues.

Ils ont salué notre initiative avant de conclure que c’est votre Chef d’Etat qui pose problème. Il est connu comme quelqu’un qui ne respecte pas la parole donnée.
La suite de l’histoire nombreuses péripéties qui ont marqué les travaux du Comité Paritaire de Suivi et la mission des Facilitateurs de la communauté internationale donne parfaitement raison, à leur jugement prémonitoire.

En remontant l’histoire politique de notre pays depuis les indépendances, un arrêt sur la personnalité de Eyadema, depuis qu’il est au devant de la scène politique togolaise pendant ces quatre dernières décennies, permet de mieux situer le trait dominant du caractère de celui qui nous gouverne.

La volonté d’ EYADEMA de se tailler une constitution à la mesure de ses ambitions ne doit pas nous surprendre.

Il a l’habitude de s’accommoder de la loi quand ça l’arrange, il la piétine quand il peut, il la viole quand elle devient un obstacle. Les exemples sont nombreux dans la marche de notre peuple sous sa conduite vers son destin soumis aux fantasmes de son leader.

2 / L’opposition démocratique a vivement réagi contre ce projet rejetant par la même occasion l’éventualité d’une candidature de l’actuel Chef de l’Etat togolais aux prochaines présidentielles .Souscrivez vous à cette position ?

La Coalition des Forces démocratiques est dans son rôle et je salue au passage le bilan de son action en très peu de temps.

C’est dans l’union que réside la force de toute organisation humaine. Le pouvoir a très souvent joué sur les dissensions internes des formations de l’opposition pour les affaiblir et les discréditer aux yeux de l’opinion nationale et internationale.

Je suis très attentivement ses activités de ce front de refus d‘arbitraire et du pouvoir à vie, et les relaie auprès des politiques et décideurs européens leurs préoccupations et leur volonté d’offrir aux togolais un environnement de paix et de justice sociale.

Mais la CFD dans la phase actuelle du combat doit aller plus loin, car elle cristallise et constitue le réceptacle des espoirs de l’ensemble du peuple togolais, qu’elle est appelée à fédérer et à cristalliser pour en faire un puissant ferment de lutte et de transformation sociale .

Aujourd’hui, la CFD n’a plus le droit de se limiter dans ses actions par des condamnations et des prises de position qui amusent le dictateur complètement coupé des réalités, et se prenant pour le meilleur des togolais capable de préserver l’unité de la nation, et de réaliser le bonheur des togolais, alors que toute la réalité démontre le contraire.

Le Togo ne représente que l’ombre de lui-même, diplomatiquement isolé, économiquement ruiné, socialement miséreux, et condamné à adorer des faux dieux, créer par Eyadema pour conforter son emprise sur le pays.

Le Togo depuis sa naissance n’a jamais été dans cet état de délabrement avancé, et ce n’est pas le mauvais procès fait à la transition qui a duré à peine un an qui ferait changé le jugement de l’histoire.

Pour ma part si le Chef ne respecte pas la loi et les mesures réglementaires,, on ne devait plus avoir de scrupules pour le combattre avec les mêmes armes.

La CFD doit désormais prendre la mesure du défi à relever et s’engager dans un combat de type nouveau pour en finir avec ce régime qui obstrue l’avenir du peuple en général et de la de la jeunesse en particulier.

Le peuple a tout donné, l’opposition a tout essayé, maintenant, il faut trouver d’autres moyens sur la base de l’unité d’action retrouvée, pour mettre fin à ce système qui considère que la peur du fusil et la faim au ventre, comme moyen de terreur pour opprimer un peuple d’une rare qualité de docilité et de tolérance et de compréhension.

Nous ne devons plus avoir peur. Le pouvoir au fil des ans a détruit l’âme de notre peuple, et nous n’avons plus rien à craindre sinon, nous battre pour recouvrer notre liberté et évoluer désormais dans un environnement de justice et de responsabilité.

3/ Le Président Eyadema au pouvoir depuis 1967 a plusieurs fois réaffirme son intention de quitter le pouvoir en 2003pour se reposer. La polémique actuelle autour du reniement de sa parole de militaire n’est elle pas quelque peu surfaite ?

Comme je l’avais dit plus haut pour EYADEMA les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent .EYADEMA déclare souvent qu’il n’a jamais voulu du pouvoir, qu’il y a été contraint par le peuple.

Cette assertion sévèrement mise à l’épreuve par la modification constitutionnelle et des manifestations de soutien commandées et payées qui l’ont précédées , détruit le mythe fondateur d’un pouvoir forgé sur le mensonge, la manipulation des consciences, et les violation de toute nature.

Eyadema n’a jamais rien respecté sauf tout ce qui touche à son image et à son pouvoir personnel, et pour ce seul binôme et pour lui seul, aucun sacrifice n’est effectivement grand à ses yeux.

4/ En Août 2001 alors que vous étiez Chef de Gouvernement, vous aviez appelé à une révision constitutionnelle ouvrant la voie à une possible candidature de EYADEMA en 2003.Certains observateurs prétendent que votre sortie d’alors était sous – tendue par le dessein de pousser le locataire de Lomé 2 à confirmer à son corps défendant la promesse de s’en aller ….Cela vous a t il crée des ennuis à l’époque ?

L’histoire qu’on m’attribue d’avoir pris position pour la révision de la constitution permettant à Eyadema de rempiler pour un troisième mandat est un peu surréaliste. Nous étions à Palimé à l’occasion d’une journée de réflexion organisée par le parti à la veille du 30 Août 2001. C’est Natchaba qui a fait publiquement cette proposition que j’ai appuyée pour des raisons internes à notre parti .J’ai pris néanmoins soin d’aviser la communauté internationale et face au tollé suscité par cette imposture Eyadema, fut contraint de se défausser sur ses collaborateurs notamment son Premier Ministre de l’époque, et réaffirma sa volonté de respecter ses obligations constitutionnelles morales et politiques .La suite de cet épisode est connue.
Aujourd’hui tout le monde entier reconnaît que c’est Eyadema lui-même qui est derrière toutes les manœuvres qui ont précédé la honteuse manipulation de notre constitution, votée massivement le 27 Septembre 1992 et dont je fus la cheville ouvrière.

Il n’y a qu’au Togo que selon Eyadema le peuple ne veut personne d’autre que lui. Partout sur le continent on observe des changements.

L’exemple le plus récent nous vient du Kenya, où Arap Moi a accepté de se plier aux dispositions constitutionnelles pour se retirer et passer le témoin à son adversaire politique sans recours aux manœuvres auxquelles nous sommes habituées au Togo qui ont pour nom manipulation des résultats du verdict populaires ou des violences exercées sur les adversaires politiques. Avant lui Nelson Mandela, Alpha Konaré, Tshiluba, Rawlings Abdou Diouf ont tiré leurs révérences en se pliant à la volonté du suffrage universel. ….

Pour moi cette modification de la constitution par l’assemblée nationale est non avenue et de nul effet, c’est un non événement car cette institution ne peut légitimement délibérer au nom du peuple togolais dont l’écrasante majorité ne s’y reconnaît pas.

Une décision de cette importance nécessite que préalablement soit menée un grand débat national pour rechercher et les sources éventuelles de blocage qui grippent le fonctionnement harmonieux des institutions républicaines avant de définir ensemble avec les acteurs politiques les moyens d’y remédier. L’existence d’une majorité parlementaire quelle qu’elle soit ne peut priver le peuple de ses prérogatives de se prononcer sur des choix aussi stratégiques qui conditionnent et déterminent son avenir. Enfin il me semble que cela relève du gangstérisme politique que de changer les règles du jeu à la veille d’une compétition de cette envergure

Pourquoi décider de doter le Togo d’un Sénat, alors que Eyadema se plaint tout le temps que les députés sont trop nombreux pour notre pays et trop bien payés ? Est-ce en multipliant les charges de la nation qu’il serait à même de payer régulièrement les salaires aux travailleurs aux veuves aux retraités et aux étudiants, et d’attirer les investisseurs pour créer des emplois à nos jeunes qui atteignent l’age de la retraite sans avoir jamais eu un emploi salarié ?

Pourquoi modifier le mode de scrutin, uniquement, pour jouer sur cette balkanisation avortée de notre pays ?
On voit clairement que l’exposé de motif qui a conduit à la dénaturalisation de notre constitution, a obéi à des préoccupations purement privées et politiciennes.

Pour moi il y a plus urgent à faire aujourd’hui que la modification de la constitution pour laquelle l’actuelle représentation nationale n’a aucune légitimité pour exercer cette prérogative.

Il y a là donc un parjure et un acte de trahison supplémentaire qui alourdissent le contentieux entre Eyadema et le peuple togolais, et le jugement du tribunal de l’Histoire interviendra le moment venu.

Il appartient désormais aux juges de la cour constitutionnelle de prendre leur responsabilité.
Il dispose à cet effet des instruments que nous offrent en son article 45 les dispositions de notre constitution

5/ Actuellement au Togo des associations de femmes et de jeunes des groupes de chefs traditionnels et des personnes proches du pouvoir sont régulièrement présentés à la télévision pour soutenir les velléités de modification de l’article 59 de la constitution qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels .Que vous inspire cette situation ?

Tous les groupes et diverses associations de circonstance qui défilent à la télévision pour réclamer la modification de la constitution, tout comme ceux qui sur l’esplanade du Palais des congres exultent de joie après cette forfaiture n’y croient vraiment pas car ils savent mieux que tout le monde que la source de la misère qui est le lot quotidien de toutes les couches sociales, à une seule origine : le système de gouvernement qu’incarne EYADEMA, marqué par le déficit de moralité publique et des pratiques mafieuses.

La jeunesse toute entière n’a plus le droit de se complaire des situations de faits accomplis, elle doit se mobiliser pour défendre son avenir hypothéqué par une action politique dévoyée de sa mission première.

Les distributeurs automatiques de billets de banque de Lomé ne seront pas fonctionnels à plein temps pour elle, encore moins toute sa vie. Il lui faut les conditions idéales pour qu’elle s’épanouisse et apporte à notre pays son intelligence, son initiative, sa créativité et sa générosité.

La jeunesse à travers l’histoire de l’humanité est le miroir de l’avenir de toute nation. Celle du Togo ne pourra se construire, que dans la prise de conscience de cette réalité, en refusant la facilité et la fatalité en s’investissant résolument dans l’effort, pour se forger les armes du futur qui lui permettront de dessiner les contours de son avenir et celui de la nation toute entière.

Quand on interroge certains chefs traditionnels, gardiens de nos us et coutumes, sur leurs attitudes qui frisent la prostitution morale et politique, qui avilit de ce qui reste sacré dans notre culture, ils répondent clairement qu’ils ne veulent pas avoir des problèmes avec les autorités de tutelle.

Ils exécutent les ordres transmis au préfet par la Ministre de l’intérieur. Voila la réalité

Toutes ces gesticulations ne trompent aucun togolais mais GNASSINGBE et ses missi dominici circulent dans le monde occidental pour dire que l’opposition est défaillante elle ne sait pas ce qu’elle veut le peuple est soudé derrière son chef et que le départ d’EYADEMA en 2003, ouvrirait la voie à la guerre civile.

Eyadema en modifiant l’article 59, à la veille de la Saint Sylvestre pense avoir fait un beau cadeau de fin d’année aux populations en leur faisant « don à vie de sa personne », qui seule leur garantie un « filet de protection contre la guerre civile, et une condition sine qua non de leur bonheur. ».

Il faut que les hommes du Président, trouvent des arguments plus porteurs et crédibles que la menace permanente d’une guerre civile qui devient ridicule.

En 1963 Olympio a été assassiné pour éviter au Togo une guerre civile,.En 1967 Grunitzky a été contraint à la démission pour céder le pouvoir à l’armée pour éviter la guerre civile dans notre pays .

Aujourd’hui encore, on brandit le même argument pour soutenir l’idée de la révision constitutionnelle pour assurer à EYADEMA un pouvoir sans fin, sans partage, et sans contrôle sur un pays ruiné, isolé de la scène internationale, muselé par une main de fer, sur des populations épuisées par la misère, et qui ploient sous le poids des injustices.

6/ De nombreuses personnalités de l’opposition dont vous-même pensent que la garantie formelle de ne pas être poursuivi à son départ du pouvoir tranquilliserait Eyadema et faciliterait les choses dans le cadre d’une alternance pacifique au Togo ; mais d’autres ne veulent pas en entendre parler, estimant que ce serait faire une insulte à la mémoire des victimes du régime et aux exactions qu’on lui attribue.

EYADEMA n’a pas besoin de garantie. Il avait déjà intimé à la délégation de la mouvance présidentielle au CPS de refuser l’examen de la question relative aux statuts des anciens dirigeants de la république, car il ne se voit pas dans la peau d’un ancien Chef d’Etat.

Néanmoins le peuple togolais qui est un peuple de croyant connaît la valeur du pardon comme le fondement d’une réelle réconciliation. Il pardonnera de tout cœur et en toute bonne foi ceux qui l’ont offensé dans l’exercice de leurs charges d’état, à condition que ceux-ci le reconnaissent et fassent preuve de mea culpa en toute sincérité.

L’acte de contrition est plus fort et plus sanctifiant que la plus grande des lois d’amnistie du monde. C’est ce que Eyadema et tous ceux qui l’ont servi depuis son émergence subite et inopinée sur la scène politique devraient faire. Pour ma part je fais à nouveau mon acte de contrition pour avoir mis mon énergie et mon intelligence au service d’un système et d’un homme qui tient son peuple dans un profond mépris.

7/Que proposez vous en cas d’un durcissement de la position du camp présidentiel, dans le cadre ce toilettage de la constitution ?

Le durcissement de la position présidentielle témoigne qu’elle est sous la pression de son chef et que les 38 députés qui ont déposé une requête visant la modification de la constitution ne me diront pas que c’est en toute liberté de conscience, ils y ont été conviés par les missi domici de Eyadema

En tout cas l’institution parlementaire et surtout son Président portent une lourde responsabilité dans les événements qui se produiront.

Je puis vous affirmer que Eyadema a dépassé les limites de l’imposture et il ne reste que des moyens plus puissants pour l’obliger à comprendre qu’il n’est pas au dessus du peuple encore moins de Dieu, pour clore cette longue parenthèse.

8/ Suite à votre réquisitoire contre le pouvoir du Président Eyadema en Juin 2002, certains estiment que votre présence sur le terrain à l’image de votre ami Dahuku PERE pourrait être décisive dans le cadre de l’alternance politique des rénovateurs dont vous avez jeté les bases …Quels sont vos rapports actuels avec la coalition des forces démocratiques et à quand votre retour au pays ?

Vous savez la vie loin de son pays n’est jamais agréable, surtout quand ceux qui refusent la contradiction et la libre expression d’opinion sont capables d’utiliser les moyens les plus ignobles et les plus vils pour tenter de vous réduire au silence

Vous êtes au courant de tout ce que je subis en France, harcèlement de toute sorte, menace de mort, de fausses accusations, des indicateurs payés par ceux que vous connaissez pour me suivre, et répertorier tous mes mouvements, un leader de l’opposition que j’ai rencontré a eu le loisir d’en être victime et pourra témoigner si le désire, bref ma vie loin de mon pays est loin d’être une partie de plaisir.

Dans tous les cas, j’ai une intime conviction, même si dans ce combat contre l’injustice, l’arbitraire, et la violation continue des droits de l’homme, il m’arrivait quelque chose de grave, plus rien ne sera comme par le passé au Togo.

La terre de nos aïeux connaîtra j’ensuis persuadé, une nouvelle ère de fraternité, de respect de l’autre dans sa dignité et dans ses droits, et verra fleurir la démocratie, qui n’est rien d’autre qu’un combat d’idée.

Ce n’est pas l’envie de rester sur le terrain qui m’a manqué, vous vous souvenez des conditions dans lesquelles je fus recherché dans tout le Togo, la manière indigne dont je fus traité sur les medias par des groupes organisés et financés pour répandre des insanités sur moi et me vouer aux gémonies.

Tout cela n’est rien par rapport aux injustices quotidiennes dont nombre d’entre vous sont victimes, les licenciements arbitraires, les emprisonnements sur la base des accusations fantaisistes dénuées de preuves formelles, et tant d’autres humiliations. .

Ma pudeur et le respect dans lequel je tiens les institutions de la république ne m’autorisent pas à répondre à ce manque de civilité et de déficit de moralité publique de la part de ceux qui nous gouvernent qui au demeurant à travers leur vécu quotidien ne sont nullement les symboles d’exemple à suivre.

Ceux là ont pour devise : « faites ce que je vous dis ; ne faites pas ce que je fais ».

Je reviendrai bientôt au Togo et je vous rejoindrai sur le terrain ; je prends des dispositions pour ce faire, pour apporter sur le terrain ma contribution à la CFD et en particulier au courant des Rénovateurs que dirige mon ami PERE avec tant de dévouement et de détermination.

Nous serons très nombreux dans les jours qui viennent car nos amis d’hier nous témoignent leur affection et soutiens ; ils considèrent en définitive qu’ils sont dans l’erreur et dans une impasse, mais pour le moment ils sont retenus par la peur car ils connaissent « les habitudes de la maison » quant au sort réservé aux candidats à l’objection.

L’exemple récent de Mme Philomène ADAOUTEMA, cette brave militante qui a tant donné au parti est là, pour nous rappeler cette triste réalité de la gestion du RPT et du pouvoir politique au Togo. Je lui exprime ici mon soutien et mon admiration. Voila un bel exemple de courage et de sacrifice que nous donne une femme et qui doit inspirer d’autres otages du parti Etat.

Je souhaite au peuple togolais une bonne année 2003 en dépit du cadeau empoisonné que lui offre le premier magistrat en lieu et place de meilleures conditions de vie et de l’espérance qui devra ouvrir pour nous tous une aube nouvelle.

Je sais que face à cette imposture, quoiqu’il arrive la flamme de la résistance du peuple togolais ne pourra s’éteindre, et qu’elle parviendra à bout, de l’obscurantisme, et du déshonneur national. Que Dieu nous garde tous dans son amour et nous permette que le chemin de l’espérance débouche cette année 2003sur l’action libératrice, porteuse du progrès, de justice et de paix véritable afin que renaisse notre pays des cendres de la tyrannie

Propos recueillis par Franck EKON

Envoyé spécial de Reporter

Fait à Paris le 1er Janvier 2003