28/09/2022

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Aimé Gogué :  » Le comité de suivi ne servira à rien »

Que pensez vous de la nomination de Tozim Potopere comme président de la CENI ?

La “nomination” de Tozim Potopere comme Président de la CENI nous a beaucoup surpris et suscite de notre part les réactions suivantes. D’abord, suivant les dispositions de l’Accord Politique Global (APG), les représentants du Gouvernement dans la CENI sont des observateurs. A ce titre, il est donc contradictoire que l’un d’eux puisse être désigné comme Président de cet organe censé organiser les élections. En deuxième lieu, cette nomination révèle l’échec de recherche d’un consensus sur un des candidats proposés par un des partis politiques. Pour l’ADDI, le seul avantage probable que l’on pouvait attendre de l’APG était l’opportunité que le Gouvernement d’Union Nationale devrait donner à ses membres de pouvoir travailler ensemble, se comprendre, se « tolérer » et surtout apprendre à se faire des concessions. L’échec pour la désignation d’un membre des partis politiques pour présider la CENI, composée de membres des parties prenantes au dialogue, n’est pas de bon augure pour les performances de ce Gouvernement en matière de réconciliation nationale. En troisième lieu, pour un rééquilibrage des forces et un apaisement politique, il aurait été plus indiqué d’attribuer la présidence de la CENI à une autre « famille » politique. Actuellement la Présidence de la République est occupée par le RPT ; Le CAR a pris la primature et le département en charge des collectivités locales ; le ministère de l’administration territoriale revient à la CPP alors que le PDR a « hérité » du ministère des affaires étrangères. Parmi les partis politiques signataires de l’APG, deux ne sont responsables d’aucun des départements impliqués dans la gestion des élections : il s’agit de la CDPA et de l’UFC. C’est pour cette raison que la Présidence de la CENI aurait pu revenir à l’un ou l’autre de ces deux organisations politiques. Pour cette raison, pour le moment, nous ne comprenons pas l’attitude ni du CAR qui a positionné un candidat à la présidence de la CENI, ni de la CDPA pour ne pas avoir accepté la présidence de cet organe. La CDPA, est bien libre de refuser ou d’accepter la présidence de l’organe. Cependant, si elle a accepté d’être partie prenante au Dialogue, elle devrait aussi assumer ses responsabilités et pouvoir accepter d’assumer la présidence de la CENI, du moins si elle a toujours comme préoccupation, l’instauration et la consolidation de la démocratie au Togo. Enfin, que l’on ait choisi quelqu’un qui avait participé aux travaux de la CENI qui avait participé à l’organisation des mascarades électorales de 2002, 2003 et 2005 est une véritable insulte au peuple togolais.

Pour l’ADDI, toutes ces manœuvres étaient prévisibles. Lors du dialogue inter togolais, nous avions dit à des amis de la Coalition qu’il y avait une incohérence entre qualifier la Commission Electorale Nationale d’indépendante et le fait qu’elle comprenne en son sein des membres de partis politiques. On nous avait alors répondu que l’indépendance de l’organe se manifestait par rapport au Gouvernement. L’indépendance est elle maintenant assurée par le fait que ce soit le représentant du Gouvernement qui la préside ? Ou pour nos amis de la Coalition, le fait qu’ils participent actuellement au Gouvernement, rend la CENI, comprenant des membres des partis politiques, indépendante ? Mais par rapport à qui ou à quoi ? Par rapport aux organisations qui n’y sont pas représentées ?

Le 24 juin 2007 retenue comme date pour l’organisation des élections législatives vous paraît elle réaliste ?

Tout comme la précipitation qui avait prévalu à la formation du Gouvernement après la nomination du Premier Ministre, nous avions été également surpris de la rapidité avec laquelle la CENI a déterminé la date du futur scrutin législatif. Comment peut-elle prendre une telle décision sans une évaluation des enjeux ? A-t-elle défini les différentes étapes et actions à entreprendre avant les élections ? A-t-elle eu le temps d’élaborer un chronogramme des activités à mener jusqu’aux élections ? A-t-elle élaboré le budget et déterminer les sources de financement ? Plus grave comment cette décision a-t-elle été prise, puisqu’à notre connaissance, la CENI ne s’est pas encore dotée de règlement intérieur devant régir son fonctionnement ? Il n’y a même pas pour le moment un cadre juridique qui la régit : est-ce la loi ayant mis en place la CENI qui avait organisé les élections présidentielles de 2003 et de 2005 ou l’APG ?

La copie de la CENI est donc à reprendre totalement.

Des éléments sur l’incapacité de ce Gouvernement à contribuer à la résolution de la crise politique togolaise commencent par s’accumuler. Nous invitons les partis politiques que nous avons côtoyée dans la CFD, en 2002 et 2003, et dans la Coalition, en 2005, à se ressaisir pour ne pas cautionner des fraudes à grande échelle lors des prochaines consultations électorales.

Nous anticipons, que pour le comité de suivi de la mise en œuvre de l’ Accord Politique Globale (APG), le RPT et ses partis satellites, comme il ont l’habitude de le faire, feront certainement des gestes à l’UFC et peut être également aux autres organisations politiques et de la société civile non signataires de l’APG pour amuser la galerie et faire croire à la communauté internationale qu’ils ont une volonté d’ouverture politique. Ce comité de suivi ne servira à rien car il aura bien fait de relever des faiblesses et des irrégularités dans la mise en œuvre de l’APG, cela n’empêchera pas à la machine de fraude et d’oppression de la population togolaise de continuer sa marche frauduleuse, honteuse et dénigrante pour le peuple togolais.

Par le professeur Tchabouré Aimé Gogué
1er Vice Président de l’ADDI