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AFP - 26/07/2002 Imprimer | Envoyer | Réagir

Les "évala", épreuve initiatique de lutte traditionnelle dans le nord du Togo

KARA (Togo), 26 juil (AFP) - 9h23 - Des centaines de jeunes gens chantent et dansent sur le terrain de football du village de Kagnalada (420 km au nord-est de Lomé): plusieurs heures durant,dans la chaleur et la poussière, ils vont lutter jusqu'à épuisement, le traditionnel prix à payer pour devenir un homme.

"Nos lutteurs sont de braves garçons, de vaillants combattants qui terrassent rapidement leurs adversaires. Ceux qui tenteront de les affronter n'oublieront jamais", scandent en choeur une foule de jeunes filles, chargées d'encourager les lutteurs au son des gongs, castagnettes et tam-tam.

Torse nu, les lutteurs s'empoignent et se débattent au milieu du terrain de football, sous le regard crispé de leurs parents et amis. Deux d'entre eux poussent soudain des cris de joie, esquissant quelques pas de danse victorieux: en un éclair, ils ont retourné leur adversaire pour lui faire mordre la poussière.

En pays Kabyè (ethnie du nord du Togo), les "évala", ou fête annuelle des "muscles", constituent l'une des plus grandes manifestations initiatiques. Chaque année, au mois de juillet, les jeunes hommes de plusieurs villages se réunissent sur des places publiques pour éprouver leur force et comparer leurs techniques.

"Ce n'est pas une guerre, mais plutôt un combat psychologique. A travers ces manifestations, les jeunes de la région se découvrent, mesurent leur âge et leur capacité physique. C'est leur civilisation. Autrefois, ces parties de lutte permettaient au peuple kabyè, en proie à des guerres claniques, de détecter les jeunes capables de défendre leur village", explique Blanzoua Kao, chercheur à l'Université du Bénin au Togo.

"Mais plusieurs étapes doivent être franchies par ces jeunes appelés à lutter. D'abord, on ne devient un "évalo" (lutteur en langue kabyè) qu'à l'âge de 18 ans, après avoir respecté les prescriptions issues des différentes cérémonies rituelles", poursuit Blanza Kao.

Une semaine avant le début des combats, à l'instar des footballeurs professionnels, les lutteurs s'isolent dans des camps d'entraînement. "Ils consomment pendant cette période de la viande de chien - animal rusé, endurant et possédant certaines vertus selon la culture kabyè - afin de retrouver l'énergie nécessaire pour bien combattre", explique le chercheur.

A Kozah, l'une des grandes préfectures de la région de Kara (environ 400 km au nord-est de Lomé), plusieurs milliers de jeunes kabyè de tous les cantons se sont affrontés de la sorte.

Organisés en petits groupes, les villageois se sont mobilisés autour de leurs lutteurs pour assister aux compétitions, observant d'un oeil averti les répétitions de chants et de danses organisées au clair de lune avant chaque combat.

Les chefs de villages et les notables se relaient quant à eux auprès des jeunes combattants pour leur fournir un soutien moral dans cette épreuve rituelle de passage à l'âge adulte, qui doit leur permettre de s'affirmer dans leur village et surtout dans leur famille.

"Celui qui n'est pas évalo ne peut pas se marier. Il ne consulte pas un marabout et n'a pas le droit de consommer la viande du chien. Il ne va pas à la guerre", dit un chef traditionnel du village de Tcharè.

"Il n'y a pas de récompense à la fin des compétitions. C'est notre tradition et un jeune kabyè en âge de maturité est tenu de lutter pendant trois années consécutives. Et il a intérêt à bien combattre pour sauver l'honneur de sa famille, et surtout éviter les blessures. Un lutteur ne doit pas porter plainte en cas de blessure", insiste-t-il.

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