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LETOGOLAIS.COM - 01/07/2005 Imprimer | Envoyer | Réagir

Décès de François-Xavier VERSCHAVE : Salut l’Africain !!!

Par Franck Essénam EKON

Il aura été de tous les combats importants en Afrique ces dernières années. Il aura représenté également au sein de l’association « Survie » une de ces personnalités dont on dit qu’elle savent, de par leur présence, leur travail, leur sens de l’humain, insuffler une « âme » à une initiative collective. Il n’y a pas plusieurs manières de parler de lui ; non pas en raison d’une pénurie d’angles apologétiques sur sa personne et son combat, mais justement parce qu’il n’y avait pas plusieurs François-Xavier VERSCHAVE. Il avait tendu la corde de sa lutte pour la dignité des peuples africains au point d’en avoir mal. Une douleur, une tension, une ambition exprimées de différentes manières : contributions bibliographiques à la démystification de la pieuvre françafricaine et de ses démembrements, sollicitude permanente manifestée envers le mouvement global de la diaspora africaine pour le recouvrement de sa liberté constitueront l’essentiel de la démarche de celui qui se considérait lui-même comme « témoin, rouage, artisan et outil » d’une croisade collective contre l’oubli, le silence et l’inaction.

Le choc et le désarroi provoqué par sa disparition ce 28 juin 2005 suffisent à eux seuls pour matérialiser la place de choix que son combat occupait dans les esprits. Il était un ami des peuples opprimés et un stakhanoviste de la générosité militante. Ces dernières années, les fronts de l’ « empire françafricains » se sont multipliés, mais les sollicitations venant de toutes parts trouvaient chez lui une invariable disponibilité et le même intérêt pour la cause à défendre. C’est pourquoi il fut tour à tour rwandais, Congolais, Tchadien, Sénégalais, ivoirien avant d’enfourcher dernièrement( et pour la millième fois) le cheval de bataille de la problématique démocratique au TOGO. Pourra-t-on jamais restituer le degré d’implication de François-Xavier Verschave dans cette sorte de sacerdoce que fut pour lui ce combat contre la sacralisation des complicités françaises dans les crises en Afrique ? Pourra-t-on dire avec netteté à quel point cet engagement de tous les instants le « travaillait » au plus profond de lui-même ?

Pourfendeur des immobilismes et des postures de démission, une préoccupation caractérise ce volontarisme : « reste-t-on humain si l’ on ne cherche plus à endiguer l’inhumanité ? » Face aux boulevards de conformisme qui s’offraient pourtant à lui, il choisit les voies étroites et épineuses de la proximité avec les « damnés de la terre ». Et dans la vision verschavienne du militantisme comme à SURVIE, il n’y a pas de compromis exigible entre les germes de l’espoir et l’action concrète. Il y a seulement une fidélité quasi-religieuse (au sens étymologique du terme) à un idéal qui détermine l’orientation de l’engagement : donner valeur de loi au devoir de sauver les vivants. Avec ses amis de l’association, François-Xavier Verschave aura « survécu » à de nombreuses vagues de l’adversité. Mais ni l’ostracisme de l’establishment médiatique, ni les procès pour offense à chefs d’Etats étrangers n’arriveront percer le blindage de la conviction et de la tenacité. La meilleure réponse fournie en l’occurrence plonge ses racines dans le désir de se battre contre « l’incapacité anthropologique ambiante à anticiper les conséquences d’un manque d’engagement ». Son cri du cœur et la perspicacité de ses vues auront permis de mettre à nu l’embrouillamini d’un système tentaculaire et pervers de corruption entre les dictateurs africains et leurs mentors en France.

Le dernier ouvrage qu’il a co-signé avec Odile TOBNER et Boubacar Boris DIOP est largement évocateur du parcours qui a été le sien pendant ces longues années. Contre une confrérie de «journalistes négrologues » qui se sont récemment découvert une vocation africaniste, François-Xavier Verschave et ses amis sont, une fois de plus, montés au créneau pour expliquer et chasser les mythes. L’Afrique a mobilisé l’essentiel de son œuvre ; c’est encore pour elle et pour une meilleure lecture des nouveaux enjeux d’influence qui y sont mis en place qu’il a livré sa dernière bataille.


La rédaction letogolais.com

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