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CACIT - 12/05/2010 Imprimer | Envoyer | Réagir

Interview de André Afanou de CACIT-Togo : «Rien ne justifie la détention des leaders du MCA»


La présidentielle de 2010 a entraîné la régression du respect des Droits de l’homme au Togo. Afin de savoir comment et pourquoi cette situation a été possible, nous avons approché M. André Kangni Afanou du Collectif des Associations contre l’Impunité. Lisez


Quel est aujourd’hui l’état de la situation des Droits de l’Homme au Togo avec la présidentielle du 04 mars 2010 ?


Par rapport à la présidentielle, il y a un certain nombre de sujets de satisfaction et en même temps d’inquiétude. Ce qui nous réjouit au niveau des défenseurs des Droits de l’homme est que par rapport à 2005 où la présidentielle a été émaillée de violences avec un bilan de 400 à 500 morts, en 2010 le scrutin a été caractérisé par ce que d’aucuns appellent zéro mort.

Mais en même temps, nous précisons que dans notre pays, il faut qu’une élection soit perçue comme ce qu’elle est à savoir une manière pour les citoyens de désigner leur représentant. Ce qui à aucun moment ne doit aboutir à des cas de violence. 2010, a été marquée par une situation d’apaisement mais l’objet pour lequel nous avons de réels sujets de nous inquiéter concerne ce à quoi on a assisté à la veille du scrutin et surtout après avec une vague d’atteintes aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales. Je voudrais juste citer en exemple les entraves aux libertés de manifestations, les arrestations qui ont été faites sur des bases infondées selon nous, les intimidations dont des responsables d’Associations, d’Eglise et de partis politiques font l’objet. Tout ceci se faisant dans une impunité, je crois que dans un Etat normal ou de droits ce sont autant de sujets qui inquiètent des défenseurs des Droits de l’homme que nous sommes.


C’est dire à vous entendre parler que dans les sillages de la présidentielle, la situation a fortement dégradé. Qu’est-ce qui selon vous explique cette situation ?

Notre analyse de la situation aboutit à la persistance de l’impunité. Les acteurs qui ont commis des exactions en 2005 n’ont jamais été amenés à répondre de leurs actes. Du coup, les gens ont le sentiment qu’ils peuvent tout se permettre sans jamais être inquiétés. Une autre explication est que comme la présidentielle revêt un enjeu important, il y a beaucoup de tension. Et l’après élection a été difficile. Surtout qu’il y a des résultats que certains ont voulu contester. Les forces de l’ordre qui ne savent pas à quoi peuvent aboutir ces contestations se sont octroyées la liberté de réprimer ces manifestations afin d’étouffer toute velléité dans l’œuf. C’est ce qui expliquerait les arrestations qui ont été faites sur des bases purement fantaisistes, les intrusions intempestives à des sièges même des partis politiques, les intrusions dans le QG de l‘UFC qui était en toute légalité en train de compiler les résultats. Tout ceci alors que la Constitution reconnaît la liberté de manifestation. Et pour se justifier, on évoque le manque de moyens pour encadrer les marches, la présence d’étrangers qui seraient au siège de tel ou tel parti politique. Quand on prend par exemple le jour où le siège de l’UFC a été attaqué et qu’on a saisi des ordinateurs, des ventilateurs, on a entendu une personnalité dire que l’objet était de protéger ces matériels comme si un ventilateur pouvait être attaqué. Je pense moi, que dans un Etat de droit que nous voulons construire, c’est des arguments qu’on ne doit normalement plus avancer si on veut que la communauté internationale nous prenne au sérieux.


Une des pommes de discorde entre le pouvoir et les défenseurs des Droits de l’homme est la détention des militants du MCA en prison. Que reprochez-vous au pouvoir ?

Pour nous l’arrestation puis la détention jusqu’à ce jour de Guillaume Coco, Fulbert Attisso et certains autres sont arbitraires. Nous disons cela dans la mesure où jusqu’à ce jour, aucune preuve matérielle n’a été montrée pour justifier que les personnes en question étaient entrain de préparer des atteintes à la sûreté de l’Etat. Sur la devise des leaders du MCA, on a clairement dit (et je pense que c’est clair pour à la fois l’opinion nationale et internationale), que la seule devise selon laquelle ils veulent « l’Alternance ou la mort » n’est pas de nature à incriminer qui que ce soit. Malgré tout, des gens continuent de dire qu’ils iront jusqu’au bout. Ça prouve comment les gens montrent leur détermination pour que s’instaure l’Etat de droit au Togo. Par rapport aux leaders du MCA, ils avaient un discours violents mais il faut se demander comment des Togolais en sont arrivés à un tel degré de radicalisme. C’est une question à laquelle il faut trouver réponse. Maintenant, sur les soupçons de violences, est-ce qu’il fallait sur le simple fait de leur devise les arrêter ? Et quand ils sont arrêtés, est-ce que c’était utile de les amener à Kara, loin de leurs familles et avocats ? Je pense que ce sont des éléments qui nous font réfléchir. Et au Collectif des Associations contre l’Impunité, nous ne sommes pas les seuls à nous interroger. D’autres comme la Coalition des Défenseurs des Droits de l’Homme et surtout la Commission Nationale des Droits de l’Homme, le Bureau du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme ont soulevé leurs vives inquiétudes en ce qui concerne non seulement la détention de ceux-ci dans des conditions difficiles mais aussi la dégradation générale de la situation des Droits de l’Homme au Togo.

Ce que nous disons, c’est qu’aujourd’hui rien ne justifie la détention des leaders du MCA. Nous avons donc lancé une pétition en ce sens. Nous espérons que cette pétition qui a déjà recueilli le nombre de signatures nécessaires aura gain de cause quand elle sera remise aux autorités. Je rappelle au passage que les deux autres qui sont aussi détenus sont accusés d’avoir préparé du gris-gris. Alors que là il s’agit d’un phénomène banal, commun au Togo, un phénomène qui relève de la croyance dans un Etat laïc comme le nôtre, un phénomène qui relève de la métaphysique. Je ne suis pas certain qu’il faille incriminer des gens pour cela.


En tant qu’un des responsables influents du Collectif des Associations contre l’Impunité, que vous inspire la mise en place puis le démarrage des activités de la Commission Vérité Justice et Réconciliation (CVJR).

Nous nous réjouissons de l’existence de la commission. Depuis 2005, le CACIT a été de ceux qui ont pensé que le Togo doit faire la lumière sur les actes de violences qu’il a connus en 2005. Mais l’Accord Politique Global a pensé qu’il faille revisiter toute l’histoire à partir de 1958. Nous n’y trouvons pas d’inconvénient.

Maintenant par rapport au travail même de cette commission, il y a lieu aujourd’hui de s’inquiéter dans la mesure où après que la commission eut été mise sur pied avec fast rien ne se fait plus de la même manière par la suite. La Commission nous a-t-on dit a manqué de moyens. Au niveau du CACIT, on avait pensé qu’avant l’élection il était urgent que la Commission écoute un certain nombre d’acteurs, présumés auteurs d’actes de violences. Cela n’a jamais été fait par la Commission. Aujourd’hui que la présidentielle est terminée, il appartient à la Commission de terminer son plan de travail, de se doter de moyens et véritablement travailler. Car elle a une mission historique et c’est en cela aussi que nous saluons la présence de Monseigneur Barrigah qui inspire confiance à un grand nombre d’acteurs. La question qui reste posée est de savoir si le prélat, malgré les pesanteur socio-politique aura l’occasion de poser des actes courageux et avancer dans le sens de l’implantation d’une société où l’impunité aura totalement disparu, où les auteurs de violences seront identifiés et, s’ils ne sont pas punis, auront fait acte de contrition de sorte que la population puisse avoir une garantie de non répétition.


Est-il exact de dire que la voie de la CVJR est la voie royale pour régler la situation au Togo ?

Je ne dirai pas oui, je ne dirai pas non. Mais c’est une des voies. Quand vous prenez l’Afrique du Sud, le Libéria, le Rwanda, la Sierra Leone tous ont traversé des situations difficiles et la voie de la CVJR a été choisie pour amener la société à se réconcilier avec elle-même. Et à différents niveaux ce qu’on a observé est que les auteurs se sont présentés en public, ont reconnu les faits qui leurs sont reprochés et ont demandé pardon. Nous espérons que ce sera le même cas au Togo. Mais au CICAT, nous rappelons que dans un cas comme celui-ci, la CVJR n’est pas l’unique voie. Il y a aussi la voie de la justice aux victimes qui font le choix des tribunaux. C’est en ce sens que le CACIT a déposé plus de 72 plaintes auprès des tribunaux à Lomé, Atakpamé et Amlamé. Ces plaintes attendent toujours d’être effectivement instruites par les tribunaux du pays. Si ce n’est pas le cas, il y a la CPI, la cour de justice de la CEDEAO vers lesquelles les victimes peuvent se tourner.


Quels sont les gestes forts que vous attendez du nouveau gouvernement qui va être mis sur pied dans les prochains jours ?

Les chantiers sont nombreux ; il s’agit de libérer les prisonniers politiques (Guillaume Coco Messan, Fulbert Attisso et toutes les personnes arrêtées au cours du processus électoral), doter la commission VJR de véritables moyens pour lui permettre de faire le travail pour lequel elle a été mandatées, assurer l’instruction effective des plaintes déposées en justice par les victimes des violences politiques et violations de droits de l’homme, continuer le programme de modernisation de la justice afin de la rendre plus moderne, plus indépendante et plus efficace dans la garantie du respect des droits de l’homme, renforcer le cadre juridique et opérationnel de participation des organisations de défense des droits de l’homme à la promotion et à la protection des droits de l’homme au Togo, assurer l’adhésion du Togo à tous les instruments de garantie des droits de l’homme. Par exemple, le Togo devra démontrer son engagement résolu à lutter contre l’impunité en adhérant au statut de Rome portant création de la Cour Pénal Internationale.

Ce sont là, de mon point de vue, certains défis que le chef de l’Etat et le gouvernement devront relever.

Propos recueillis par K. Ségniagbéto

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