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L'AUTEUR - 05/04/2018 Imprimer | Envoyer | Réagir

Et le clan des Gnassingbé colonisa le Togo


Par Godwin Tété

« En politique, il faut examiner avec soin si le choix des dirigeants a lieu en vue de leur accorder, avec le pouvoir, les jouissances les plus intenses possible, ou si nous avons en vue le bonheur à l’ échelle du pays tout entier. Dans cette seconde hypothèse, il faut que le peuple persuade de gré ou de force ceux dont c’est le tour d’être dirigeants, à tous les niveaux, d’être d’excellents ouvriers à cette tâche. Il doit du reste en aller de même pour tous les membres de la communauté politique,… » Socrate, [in Alain Badiou, "La République de Planton." Ed. Pluriel, Paris, 2014, pp. 203 – 204.]

« Sauter le verrou ethnique pour démocratiser les institutions »
Dany Ayida, [in le journal togolais "Liberté," N° 2646 du 30 mars 2018, pp 1 et 2]


INTRODUCTION

Par les lignes qui suivent, j’entends simplement apporter quelques gouttes d’eau au moulin de l’auteur de la deuxième épigraphe ci-dessous, à savoir au moulin de notre compatriote Dany Ayida. Tant l’article de ce concitoyen des nôtres m’apparaît si pertinent, si véridique et sous-tendu par un courage politique si patent que je ne puis résister à lui emboîter le pas. Au demeurant, j’ai moi-même, depuis 2007, dans mon ouvrage "LE TOGO : La vraie / fausse question nord-sud," posé le problème abordé par Dany Ayida. Qui plus est, je suis revenu à la charge à maintes reprises, dans d’autres livres et articles circonstanciels. [Cf. bibliographie ci-dessous en conclusion].

Oui ! Depuis 1963, de facto, la Terre de nos Aïeux : le Togo se trouve gémir sous le joug d’une colonisation d’origine endogène, d’essence ethno-militaro-clanique des Gnassingbé. Et je me permets de reproduire ici tout un pan de l’article de Dany Ayida : « Le nœud gordien du problème politique au Togo concerne l’instrumentalisation de l’ethnie Kabyè… Oui, il est temps d’appeler chat un chat ! Il existe au sein de l’État du Togo un puissant lobby Kabyè (ethnie du feu général Eyadema) et qui détient la réalité du pouvoir. Installé par le général et perpétué au fil des décennies de la gestion publique sans partage, de toutes les institutions. Il possède son renseignement, ses filons économiques et financiers, ses circuits diplomatiques et d’autres tentacules qui le rendent incontournable dans toutes les affaires d’Etat. Le lobby kabyè a montré ses réelles capacités après la mort du général. Il a déjoué et changé plusieurs décisions de Faure Gnassingbé : y compris des nominations ministérielles et au sein des forces de défense et de sécurité. Il en impose au sein de la direction du parti UNIR… Ce groupe est convaincu que tout changement politique au Togo remettrait en cause les privilèges acquis par les citoyens issus de l’ethnie kabyè. Depuis la crise socio-politique du début des années 90, il s’est organisé et s’est donné les moyens pour asseoir son hégémonie et empêcher tout changement. Ces choses sont connues de beaucoup de Togolais. Les hommes et les femmes qui animent le lobby de domination kabyè sont connus. Aujourd’hui, ils sont à l’œuvre pour empêcher que les discussions politiques en cours n’aboutissent pas, afin de préserver leur férule sur l’appareil d’Etat ».

I-ATTENTION

Cependant, la « question » kabiyè vit le jour bien avant l’actuelle cinquantenaire dynastie éyadémao-gnassingbéenne. En effet, en 1920 (ou 1922 ?), les Konkomba se soulevèrent contre le colonialisme français… Alors, la France fit venir au Togo une « mission » militaire en vue de voir clair dans la situation… Cette « mission » fit son boulot et pondit un rapport circonstancié y relatif. Lequel rapport se termina ainsi : « Nous (les Français) ne sommes guère aimés par les gens du sud du Togo. Par conséquent, nous nous devons de jeter notre dévolu sur les gens du nord, et plus particulièrement sur les Kabrais »!!!

Dans son bouquin titré ‘‘Le perroquet,’’ c’est tout à fait la même philosophie fondamentale qu’affiche, in fine, M. Charles Debbasch : le « gouverneur » néocolonial français bien connu chez nous…

Dans la même veine d’idées, il est difficile – pour ne pas dire impossible – de ne croire que c’est la Françafrique, plus précisément le gaullisme foccartiste qui aura instrumentalisé Gnassingbé Eyadéma pour assassiner Sylvanus Kwami Epiphanio Olympio et prendre son fauteuil présidentiel. Et, à son tour, Gnassingbé Eyadéma aura instrumentalisé l’ethnie kabiyè pour s’emparer de l’État au Togo.

En 2005, et en dernière analyse, ce fut, à coup sûr, le Président français Jacques Chirac qui nous imposa Faure Essozimna Gnassingbé comme « Chef d’État ». Voilà pourquoi, en date du 20 octobre 2017, j’adressai une lettre ouverte à S.E Monsieur Emmanuel Macron, le suppliant – en vertu du principe de la continuité de l’État – de tout mettre en œuvre pour nous éviter un génocide à la rwandaise (!!!) au Togo… face à la stratégie de la terreur de notre roitelet post et néocolonial Faure Gnassingbé.

Mais soyons assez vigilants pour ne pas confondre toute l’ethnie kabiyè avec le clan (!), la clique (!) minoritaire des Gnassingbé. Au vrai, il existe un rapport officiel (!) du gouvernement RPT/UNUR, aux termes duquel, plus l’on monte vers le nord du Togo, plus la misère matérielle et immatérielle devient criarde !!!, aveuglante !!!, palpable !!!

Assurément, le régime des Gnassingbé, de père en fils, n’a rien fait d’extraordinaire pour la partie septentrionale de notre pays. [Cf. mon ouvrage "Au topsie du développement pernicieux - Le cas du Togo"].

II-UNE QUESTION AU CŒUR DE LA QUESTION !

Oui ! Au cœur de la « question » kabiyè gît un autre nœud gordien : celui des « FAT » (« Forces Armées Togolaises ») : une milice à la dévotion du clan des Gnassingbé, prétorienne, en rien républicaine, relativement pléthorique, budgétivore eu égard aux dimensions territoriales, démographiques, financières du Togo, et compte tenu du fait qu’aucune agression extérieure imminente ne menace notre pays. Des « FAT » tribalisées (!) ainsi que dirait notre mémorable "Conférence Nationale Souveraine" : (08 juillet – 28 août 1991). Des « FAT » recrutées essentiellement (!) par le biais de l’«évala » : une lutte traditionnelle ancestrale kabiyè, au sein de l’ethnie kabiyè, pour sauvegarder le clan colonialiste kabiyè des Gnassingbé…

III-QUE FAIRE DONC

À cette sempiternelle question chère à Vladimir Ilitch Lénine, je réponds en l’occurrence ceci. La seule solution rationnelle, valable, digne de tout humaniste véritable, consiste à arracher la Terre de nos Aïeux : le Togo, des griffes du clan, de la clique, de l’oligarchie des Gnassingbé et le reconstruire. Sur de nouvelles bases démocratiques, républicaines, égalitaires !!! C’est bien là la mission sacrée que le brave, pacifiste et pacifique Peuple togolais s’est assignée. Avec, comme leadership, celui du "Groupe des 14". Ici et maintenant !!! Et, « dans une relative opacité, il l’accomplira ou la trahira » [J’ai paraphrasé Frantz Fanon.]. Mais osons espérer que notre Peuple – qui n’est point un Peuple masochiste ne trahira pas !!!

Bibliographie
(Auteur : Godwin Tété)
• Histoire du Togo. Le régime et l’assassinat de Sylvanus Olympio. (1960 – 1963). Ed. MN7, Paris, 2002.
• Histoire du Togo. La longue nuit de terreur. (1963 – 2003). Ed. A.J. Presse, Paris, 2006.
• Histoire du Togo. De la tragi-comédie à la comi-tragédie. Ed. Afridic, Paris, 2007
• Le Togo – La vraie /fausse question nord – sud. Ed. Haho, Lomé, (Togo), 2007.
• Histoire du Togo – Le coup de force permanent. (2006 – 2011). Ed. l’Harmattan, Paris, 2012.
• Autopsie du développement pernicieux. Le cas du Togo (1963 – 2013). Ed. l’Harmattan, Paris, 2014

Lomé, le 1er avril 2018

Godwin Tété
Ancien fonctionnaire international des Nations Unies

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