24/09/2022

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Atsutsé AGBOBLI « entend peser de son poids pour la victoire d’un véritable homme d’Etat rassembleur »

INTERVIEW de Atsutsé Kokouvi AGBOBLI, Président du MODENA

Propos recueillis le 19/06/2008 par la rédaction Letogolais.com

LETOGOLAIS.COM : Depuis sa création, votre parti le MODENA fait preuve d’un grand activisme. Avez-vous un impact réel sur l’échiquier politique togolais ?

Atsutsè Kokouvi AGBOBLI (AKA) : Le tout nouveau parti constitué il y a exactement quinze mois fait son chemin en s’efforçant de s’implanter dans le pays et, dites-vous, que ce n’est pas facile pour plusieurs raisons. D’abord, nos compatriotes sont politiquement très attachés aux convictions politiques de leurs aïeux, très majoritairement nationalistes, et fidèles à ceux qui se réclament du nationalisme togolais et de surcroît, sont des descendants des nationalistes. A nous qui, quoique descendants de nationalistes, pensons que la donne politique a quelque peu évolué et que l’on n’a pas besoin de s’agglutiner tous dans un seul mouvement pour regarder en arrière mais qu’il nous faut nous organiser en un réseau de plusieurs partis pour ratisser large en regardant en avant, quitte à nous rassembler en un front de lutte à l’occasion des échéances décisives, on souffle souvent à l’oreille : « Dommage, nous apprécions vos analyses et admirons votre courage, mais nous avons déjà choisi ».

LETOGOLAIS.COM: Vous devriez comprendre que les Togolais évitent de se disperser et restent fidèles à leur engagement ?

AKA : Bien sûr que oui. Comme le souligneront les historiens et analystes politiques togolais et étrangers, fins connaisseurs de l’histoire de la vie politique togolaise ainsi que les hommes politiques togolais les plus avisés, la carte politique togolaise reste figée sur des clivages qui remontent aux élections législatives de 1951 aux résultats frauduleux, organisées par l’administration française gérant alors la tutelle de l’Organisation des Nations sur le Togo, clivages bétonnés par le coup de force militaire du 13 janvier 1963.
Ce dernier avait refermé de façon sanglante les parenthèses ouvertes, le 27 avril 1958, par l’écrasante victoire du front des nationalistes, partisans de la liberté et de l’indépendance du Togo.
Les dernières élections législatives anticipées du 14 octobre 2007, malgré les résultats arrangés qui les ont sanctionnées ont clarifié la scène politique nationale.
Dans notre pays, s’opposent aujourd’hui en réalité deux forces : d’une part, l’écrasante majorité du peuple sans distinction d’ethnie, de région et de religion, qui se reconnaît manifestement dans l’Union des Forces de Changement (UFC), un vaste mouvement politique, qui s’affirme l’héritier des combattants de la liberté et de l’indépendance du pays et, de l’autre, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), un parti qui n’est, en vérité, que l’aile civile des Forces armées et de sécurité, restées depuis le 13 janvier 1963, le socle fondateur et le bouclier protecteur du régime et du gouvernement togolais.
Entre le parti dont les sympathisant se chiffre en centaines de milliers, le parti du très grand nombre de gens, et le parti du glaive puissamment tenu par quelques milliers de prétoriens, affidés de l’idéologie tribalo-ethnique et régionaliste, la bataille sur le terrain de la force brutale est, au Togo, inégale. Surtout que les détenteurs du glaive bénéficient à l’extérieur de vastes complicités insoupçonnées comme le prouve amplement le peu d’empressement des maîtres du monde et de la communauté internationale à condamner les agissements répréhensibles des gouvernants au regard du droit des gens et des droits de l’homme, de l’état de droit violés en permanence et dans l’impunité la plus totale.

C’est justement pour dépasser cet antagonisme, un accident délibérément inscrit au sommet de la société togolaise pour la déstabiliser ad vitam, que l’on peut qualifier de discorde institutionnalisée que le MODENA s’est constitué. Et, notre objectif est et reste de donner à l’action publique toute sa noblesse car, il n’y a pas de politique qui ne prenne en compte, d’abord et avant tout, la réalisation par la liberté, la prospérité et le bonheur de la destinée commune de tous les membres du peuple ou de la nation que l’on dirige.

LETOGOLAIS.COM: Revenons à l’actualité avec notamment les consultations nationales en vue de la formation de la Commission Vérité-Justice-Réconciliation. Avez-vous confiance à cette initiative sous contrôle de pouvoir RPT et du clan Gnassingbé

AKA : Au sujet des errements constatés en ce qui concerne les consultations nationales en vue de la constitution de la commission « Vérité, Justice et Réconciliation », le MODENA est loin d’être surpris. Quand on connaît les habitudes de la maison togolaise où l’impunité fut toujours la règle au su et au vu d’une communauté internationale dont les représentants stipendiés tout le temps préfèrent jouer les autruches, il ne faut pas attendre des gouvernants togolais actuels qu’ils traînent devant les tribunaux ceux qui firent les sales boulots leur permettant aujourd’hui de jouir des délices du pouvoir.
D’ailleurs, nous pensons au MODENA que le triomphe de la juste cause, qu’est matérialisée par le triptyque « Vérité, Justice et Réconciliation » ne mérite pas que l’on brandisse le couperet du justicier.
A près de deux ans du cinquantenaire de l’indépendance du Togo, à commémorer avec faste comme aurait dû l’être le 27 avril 2008, cinquantenaire de la tenue des élections fondatrices de l’indépendance du 27 avril 1958, il est d’une nécessité absolue et d’une haute portée politique et morale que la réconciliation et les retrouvailles entre Togolais sans distinction se fassent afin que soient redressés les torts sur tous plans des exactions et crimes politiques commis depuis le 27 avril 1960 et des épreuves et souffrances subies par quelques uns et que le Togo puisse prendre un nouveau départ.
Compris dans ce sens, la commission « Vérité, Justice et Réconciliation » ne doit poser aucun problème : composée d’historiens, de magistrats, de chefs traditionnels, de leaders d’opinion, de chefs religieux, d’officiers de la police judiciaire et d’hommes politiques avisés et suffisamment en retrait de la vie politique active, tous choisis pour leur sagesse, elle aura la mission de consigner les dépositions des tous les citoyens togolais ainsi que des étrangers qui furent lésés de leurs droits civils et politiques et exiger des personnes reconnues coupables de ses délits qu’elles fassent amende honorable, que les victimes ou leurs ayants droit soient rétablies dans leurs droits et indemnisées et qu’une cérémonie expiatoire vienne laver la Terre de nos Aïeux du sang versé.

LETOGOLAIS.COM: Les Togolais s’appauvrissent et souffrent de plus en plus de la cherté de la vie. Avez-vous confiance au régime en place pour améliorer les conditions d’existence de nos compatriotes ?

AKA : Rappelez-vous, j’en avais longuement parlé dans les interviews précédentes en suggérant les mesures urgentes à prendre en matière d’allègements ou réductions temporaires des taxes douanières, des impôts et des taxes indirectes pour faire baisser les prix des produits de consommation courante et également l’accroissement de la taxation des produits de luxe et la réduction de certaines dépenses non essentielles voire superflues de l’Etat. Mais la situation semble n’avoir pas fondamentalement changé et pour cause : il faut impérativement changer d’orientation politique en prônant une gestion démocratique du pouvoir et en adoptant une politique économique et une économie politique conforme à l’ambition de modernisation de la société togolaise.

LETOGOLAIS.COM: La reprise de la coopération internationale avec notre pays est elle une aubaine pour le peuple togolais?

AKA : A ce sujet, au MODENA nous sommes suffisamment instruits des constantes de la politique étrangère des puissances industrielles pour penser que c’est d’abord en fonction de leurs propres intérêts que les créanciers de notre pays, qui les représentent, se bousculent au portillon de la reprise de leurs relations en vue de récupérer leurs créances pour ne pas se faire court-circuiter par des concurrents et aussi pour mieux reprendre pied dans notre pays.
D’ailleurs, contrairement à ce que certains avaient fait croire aux gens crédules, ces bailleurs de fonds s’étaient bien gardé de demander l’avis des Togolais avant de couper leurs relations de coopération et, en les rétablissant, ils le firent à leur seul et unique gré : c’est dire qu’ils se devaient de ne pas l’interrompre au regard des maigres résultats obtenus.
De plus, il suffit de voir les secteurs dans lesquels sont ventilés les fonds alloués pour se convaincre que, comme à l’accoutumée, ils ne répondent pas à l’orientation requise pour assurer un développement véritable des forces productives dans les secteurs vitaux de l’économie industrielle moderne.
Certes, l’ultra-protectionnisme voire l’autarcie comme condition du développement des forces productives nationales est aujourd’hui impossible à l’heure de la mondialisation et il faut à nos pays des relations de coopération enrichissantes avec l’extérieur pour mobiliser des fonds, améliorer l’éducation, l’enseignement technique et la formation professionnelle, promouvoir la recherche et développement (R&D) dans le but d’accroître annuellement le taux de croissance de notre économie et le Produit intérieur brut (PIB) de notre pays : pour ce faire, nous avons comme condition favorable l’ardeur au travail universellement reconnue de notre peuple.
Mais, il faut impérativement rappeler aux gouvernants togolais qui semblent l’avoir totalement oublié que, sans un projet planifié de modernisation industrielle généralisée du pays, c’est-à-dire d’extension du machinisme au travail producteur dans tous les secteurs d’activité, sous l’égide d’un Etat fort, il n’y a guère de développement véritable avec réduction de la pauvreté.

LETOGOLAIS.COM: Dans ce contexte, comment appréhendez-vous l’élection présidentielle de 2010 ?

AKA : Pour l’élection présidentielle de l’année du cinquantenaire, fidèle à son adhésion à la constitution d’une commission « Vérité, Justice et Réconciliation », le MODENA va prêcher le rassemblement de toutes les forces du changement contre les forces de l’inertie. L’idéal eut été que des discussions poussées entre les différents protagonistes de l’échiquier politique togolais, débouchent avant cette élection sur un compromis politique global consigné dans le Pacte National togolais dont le MODENA a déjà tracé les grandes lignes à l’attention de la classe politique togolaise.
Une chose est sûre : comme parti politique dont les membres sont décidés à œuvrer de toutes leurs forces à la modernisation industrielle de la société togolaise sous l’égide d’un Etat fort à orientation démocratique avérée, le MODENA entend peser de son poids pour la victoire d’un véritable homme d’Etat rassembleur et capable de rassurer tous les togolaises et togolais afin de les mobiliser pour l’immense œuvre de développement du pays.

LETOGOLAIS.COM: Les questions internationales sont certainement au centre de vos préoccupions ? L’ancien président français Jaques Chirac a lancé, le 9 juin dernier, à Paris, en France, sa Fondation pour la paix, le dialogue des cultures et le développement durable en pensant principalement à l’Afrique ?

AKA : Comme hier M. William « Bill » Jefferson Clinton, président pendant deux mandats de huit ans des Etats-Unis de l’Amérique du Nord et M. Antony Blair, premier ministre durant pus de dix années de sa majesté royale britannique, voici, à son tour, M. Jacques Chirac qui se crée la Fondation pour la paix, le dialogue des cultures et le développement durable notamment en Afrique. Des initiatives fort honorables qui méritent d’être saluées. Sauf que l’idée de la fondation, portée au pinacle par l’Américain Andrew Carnegie en décidant, dans son testament, à sa mort en 1919, de mettre toute sa fortune, provenant, selon ses propres termes, du travail du peuple, à la disposition d’une institution pour assurer en retour l’éducation et la formation des enfants des personnes déshéritées, semble faire tâche d’huile dans un sens qui laisse parfois à désirer.
Et l’on est en droit de se demander comment des chefs d’Etat ou de gouvernement ayant dirigé, des années durant, trois des pays classés parmi les plus riches et les puissants de la Terre sans pour autant avec tous les moyens dont disposent leurs pays, avoir contribué efficacement au développement d’une seule contrée en Afrique, en Asie et en Amérique Latine, peuvent-ils y parvenir à titre privé. Se poser la question, c’est bien évidemment reconnaître le parcours du combattant qui attendent les anciens dirigeants politiques reconvertis en philanthropes et dans le même temps appeler les Africains à la vigilance pour ne pas se laisser gruger comme d’habitude.

LETOGOLAIS.COM: Que dites- vous des violences xénophobes sanglantes dirigées contre d’autres Africains noirs en Afrique du Sud ?

AKA : Comme actes criminels inacceptables, je les condamne fermement. Nous pensons que, venant de nos frères et sœurs d’Afrique du Sud qui, eux-mêmes, avaient souffert de l’Apartheid et bénéficièrent du soutien de beaucoup de pays africains, c’est remercier les gens d’un revers de la main. Toutefois, au-delà de cette condamnation, la raison doit l’emporter sur le sentiment. Après près de trois siècles et demi de domination coloniale raciste, le gouvernement de l’ANC devait se donner des décennies pour régler les énormes injustices et les profondes inégalités auxquelles la société sud-africaine est aujourd’hui confrontée et le pays aussitôt libéré de l’Apartheid ne devait pas être pris d’assaut par les déshérités des pays africains voisins quand bien même ils furent terres d’asile pour les Sud-africains exilés.
A notre avis, dans cette tragédie, les torts sont partagés : d’une part, les gouvernants africains qui n’ont pas, malgré les potentialités économiques prodigieuses dont disposent leurs pays, les transformer en sociétés industrielles prospères pour y retenir leurs populations obligées de d’aller chercher travail et la pitance en Afrique du Sud, ont manifestement leur part de responsabilité; d’autre part, les gouvernants sud-africains actuels qui, tardent, obnubilés par le souci de favoriser d’abord l’émergence d’une bourgeoisie noire, à entamer une politique hardie de lutte contre le chômage, de correction des injustices historiques et de réduction des profondes inégalités sociales, tout en dans le même temps épuisant son énergie à vouloir se mêler de presque toutes les questions africaines et les problèmes internationaux.
La grande leçon que l’on peut tirer de cette tragédie sud-africaine est que cela ouvre les yeux aux gouvernants africains sur l’impérieuse nécessité de construire des sociétés industrielles prospères et démocratiques qui puissent retenir leurs populations chez elles et l’urgence de promouvoir entre eux des politiques d’immigration planifiée afin que les immigrés où ils se trouvent soient humainement traités et efficacement protégés.

LETOGOLAIS.COM: La victoire de Barack Obama sur Hillary Clinton dans la course à l’investiture du parti Démocrate pour l’élection présidentielle du 4 novembre prochain est elles porteuse d’espoir?

AKA : C’était déjà un exploit qu’une femme, Hillary Clinton, et un Noir, Barack Obama, aient pu atteindre le stade ultime de la compétition pour cette investiture. Avec la désignation assurée de Barack Obama comme candidat officiel du parti Démocrate à la prochaine présidentielle, il faut se garder par sentimentalisme et angélisme de croire que les portes de la Maison Blanche lui sont grandement ouvertes.
Au vu des réalités sociologiques américaines encore empreintes de relations raciales heurtées, l’observateur avisé peut se demander si la majorité européenne blanche des Américains, les Hispaniques, les Asiatiques (Jaunes et Indiens), les Arabes voire les Juifs sont psychologiquement disposés à confier la direction de la première puissance du monde à un Noir, de surcroît apparu récemment aux devants de la scène politique américaine.
De toutes les façons, élu président des Etats-Unis de l’Amérique, Barack Obama en bon Américain aura à défendre et à promouvoir les intérêts de son pays dans un monde de combat pour la prépondérance universelle.

LETOGOLAIS.COM: Quel sens donnez-vous à la victoire du non, en Irlande, au référendum sur le Traité constitutionnel européen de Lisbonne sur la réforme des institutions de l’Union européenne ?

AKA : Prévisible, le non au référendum sur le nouveau Traité constitutionnel européen de l’Irlande qui a pourtant beaucoup bénéficié du cadre européen pour se moderniser, dénote que la vieille idée de l’unité de la partie continentale de l’Europe suscite toujours l’hostilité irréductible notamment dans les Iles Britanniques et hors de l’Europe chez les puissances qui craignent qu’une Europe unie leur damne le pion sur l’échiquier planétaire. C’est la preuve que la construction de l’Union Africaine, elle-aussi, ne sera pas une tâche aisée et que les ennemis de l’idée de l’unité africaine y veilleront de toutes leurs forces en usant de toutes les armes de la zizanie, de la désunion et de la discorde.

LETOGOLAIS.COM: Quels sont les ambitions de votre parti le MODENA face aux véritables enjeux de notre société

AKA : Face aux grands enjeux mondiaux permanents, aux nouvelles terribles réalités géopolitiques planétaires et aux défis de la modernisation industrielle de notre pays, doit cesser la politique d’instrumentalisation de la discorde comme moyen de gouvernement et de conservation du pouvoir dans notre pays au profit d’une politique résolue d’union nationale. C’est la leçon que l’on tire de l’observation attentive de la vie politique actuelle dans presque tous les pays du monde : face aux épreuves et aux difficultés des temps présents, le vieil adage qui veut que « l’union fait la force » reste la règle. Puisse ce constat ouvrir les yeux des vrais maîtres du Togo, des représentants de toutes les forces structurelles constitutives de la société togolaise et de toutes les composantes de la classe politiques, afin que cela soi ainsi pour le bien du peuple togolais.

Propos recueillis le 19/06/2008 par la rédaction Letogolais.com