06/10/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Atsutsé Agbobli: « le pouvoir ne se partage pas… »

Propos recueillis par Julien AYIH

Nouvel Echo: Le président du MODENA est-il satisfait de la situation telle qu’elle se présente aujourd’hui dans notre pays ?

Atsutsè AGBOBLI : Dans le message de Nouvel An adressé par le MODENA aux populations togolaises, il était souhaité que : « le peuple togolais de toutes les ethnies, régions et religions se réconcilie pour le meilleur devenir de la nation togolaise et mérite d’être gouverné par la tempérance et la sagesse et dans la clairvoyance, l’efficacité et la probité et selon le principe moral, « Aidons-nous les uns les autres ».

LE CHANGEMENT RENVOYE AUX CALENDES GRECQUES

Trois années après la prise du pouvoir par l’équipe gouvernante actuelle, le changement promis et qui devait aller notamment dans le sens indiqué plus haut tarde manifestement à se réaliser, s’il ne se réduit pas à des réformettes qui sont loin de changer le cours d’une action publique. Une action publique qui, depuis des décennies, ne répond nullement aux aspirations des populations à la liberté et à la justice et à la nécessaire modernisation industrielle de la société que les instances de l’Union Africaine (UA) viennent heureusement de découvrir après quarante-cinq années d’errements économiques et de politique économique erronée. Au plan des réformes constitutionnelles et institutionnelles, rien n’a changé et cela n’étonne pas le MODENA pour qui, l’apparence ne doit pas tromper les initiés : le pouvoir actuel, hérité de celui de feu le président Gnassingbé Eyadema, est et reste fondé sur l’autoritarisme arc-bouté sur le glaive et, de plus, par ses agissements de tous les jours, il est l’incarnation d’un tribalo-ethnocentrisme avéré et d’un régionalisme patent. En effet, avec la complicité manifeste de forces et puissances extérieures ploutocratiques foncièrement opposées chez elles comme à l’étranger à la construction de société démocratique, le gouvernement togolais actuel persévère dans la voie d’un autoritarisme renforcé par les résultats plutôt biaisés des législatives du 14 octobre 2007.
S’étant attribué d’autorité et par instinct de conservation dû au triomphalisme arrogant des vainqueurs potentiels une majorité introuvable de 50 députés sur 81 à l’Assemblée Nationale, le régime s’est octroyé la totalité du pouvoir. Dans le même temps, pour se donner un gouvernement d’union nationale taillé sur mesure, il s’est attiré des personnalités en mal de légitimité populaire et qui n’ont aucune prise sur la conception et l’exercice du pouvoir. En maître absolu, détenteur de tous les pouvoirs, le chef de l’Etat actuel, même s’il est contesté dans son camp par des gens plus tribalo-ethnocentristes et plus régionalistes que lui, reste le seul et unique ordonnateur de l’action publique : disposant à sa guise des forces armées et de sécurité, unique et seul socle de son pouvoir et fort d’une double « majorité » présidentielle et législative usurpée, il peut, avec le concours des porte-glaive tapis dans l’ombre, régenter la vie nationale à satiété face aux populations traumatisées par la brutalité des campagnes de répression menées jadis.

Les réformes constitutionnelles et institutionnelles mises sous le boisseau, le chef de l’Etat peut déclamer, comme sa majesté, le roi Louis XIV, le roi Soleil, « L’Etat, c’est moi » avec un parlement cousu sur mesure pour lui et un gouvernement à ses ordres. Au MODENA, nous avons comme devise de lire la réalité politique telle qu’elle est et non telle que nous souhaiterons qu’elle soit : le régime togolais actuel comme celui de feu le président Gnassingbé Eyadema est fondé essentiellement sur la force des armes et use des armes de la force face à un peuple qui lui est largement hostile et une opposition désarmée.
D’aucuns avaient espéré qu’avec l’élection d’une Assemblée Nationale pluraliste et sans majorité absolue pour l’un quelconque des camps opposés, le changement aspiré par les Togolais, toute ethnie, toute région et toute religion confondue, se ferait par la voie parlementaire et non dans la rue avec ses cortèges de heurts violents et de répressions sanglantes.
Tribalo-ethnique patenté et régionaliste avéré, le pouvoir actuel l’est assurément au vu des recrutements de personnels faits dans les services publics et dans les entreprises publiques et parapubliques.
Et, sur ce point, quand bien même certains conseillent d’entrouvrir une toute petite brèche pour que des compatriotes issus des autres groupements ethno-régionaux puissent tirer profit honnêtement, rien n’y fit : la roue de la fortune tourne uniquement pour une portion infime de privilégiés appartenant à des groupements ethniques et régionaux et à des catégories socioprofessionnelles que l’on peut compter à l’empan d’une main.
Des agissements anticonstitutionnels inacceptables du moment que la Loi fondamentale qui régit non seulement le gouvernement du pays mais l’ensemble de la vie nationale assure dans ses articles 1 et 2 que « La République Togolaise est un Etat de droit, laïc, démocratique et social. Elle est une et indivisible.
La République Togolaise assure l’égalité de tous les citoyens togolais sans distinction d’origine, de race, de sexe, de condition sociale ou de religion »

LE TOGO SOUS COUPE REGLEE

N.E: Qu’en est-il de la situation économique et financière du pays ?

AKA: Tout en rappelant que la dette extérieure du pays est estimée à 1 100 milliards de F.CFA et la dette intérieure à près de 300 milliards, il suffit de prendre pour objet d’analyse la loi des finances 2008 : comme à l’accoutumée, elle ne prend pas en compte toutes les recettes financières de l’Etat, sacrifie les secteurs qui méritent d’être soutenus, notamment l’Education nationale, la Santé publique, les infrastructures de transports et notamment les routes, ponts et chaussées, les entreprises publiques et parapubliques génératrices de profit pour l’Etat et non celles qui sont mal gérées avec des directions incompétentes et corrompues, la lutte contre la pauvreté par le biais d’une véritable politique industrielle.
Nous ne le répéterons jamais assez, le budget est le reflet de la politique économique et sociale générale d’un pays. Il ne consiste pas en une simple récapitulation des recettes et des dépenses de l’Etat avec le solde correspondant mais doit surtout refléter, dans le cas d’un pays correctement gouverné, les traits fondamentaux d’une politique industrielle, d’une politique monétaire et de crédit, d’une politique fiscale voire d’une politique de revenus qui sont conformes aux ambitions de modernisation économique et sociale du pays.
Non seulement ce n’est pas le cas mais, qui plus est, il faut regretter que, comme dans la plupart des pays africains, l’objet de la politique à savoir, « assurer le développement par l’industrialisation et réduire les inégalités dans la liberté et la justice », est loin d’avoir pénétré la conscience des élites politiques, gouvernants et opposants confondus.
Gouvernant ou aspirant à gouverner, le politicien africain ne roule que pour lui et lui seul et, à cet égard, les Togolais n’échappent pas à cette règle : ils font la politique pour s’en mettre plein les poches sans penser enrichir la société toute entière si ce n’est de l’appauvrir en connivence avec des prédateurs étrangers.

N.E: Et au plan des activités économiques proprement dites ?

AKA: Malgré des efforts faits depuis des décennies, la révolution agricole, basée sur la modernisation des structures agraires, des techniques de production et des systèmes d’exploitation n’est pas de mise dans notre pays à l’heure actuelle et, à part quelques rares plantations tenues par des exploitants étrangers bénéficiant des avantages de la zone franche d’exportation, il est rare de trouver des exploitations agricoles modèles à l’aune de l’agro-industrie. Dans les secteurs économiques notamment celui des services, fort juteux, il y a lieu de réaliser la démonopolisation pour les ouvrir à la concurrence et les soumettre à la stricte réglementation douanière et fiscale afin que l’Etat togolais et beaucoup plus de Togolais puissent en profiter. Toutefois, deux travers sont à signaler et à dénoncer : sans crier haro sur les étrangers parce que nous ne sommes pas xénophobes, il faut néanmoins s’étonner de la mainmise qu’ils ont sur certains secteurs d’activités fort lucratives en complicité manifeste avec des compatriotes à courte vue à qui ils ne versent en réalité que des miettes sur les énormes profits qu’ils en tirent et transfèrent à l’extérieur; de plus, il est inadmissible que le secteur de la production manufacturière et de la transformation industrielle ne retienne pas l’attention des responsables de l’Etat, qu’il n’y ait pas de véritables capitaines d’industrie togolais et que nos hommes d’affaires ne soient en réalité que des commerçants distributeurs des produits industriels fabriqués chez nous et à l’extérieur par des étrangers. Nos gouvernants ne peuvent continuer d’ignorer encore aujourd’hui que la politique de développement, même à l’heure de la société du savoir et de l’information, est une totalité, fondée principalement sur la permanence de la modernisation industrielle de tous les secteurs économiques par le biais d’un machinisme toujours plus performant qui réduit la pénibilité du travail humain, accroît la productivité, diversifie la production et augmente les richesses individuelles et nationales.
A ce sujet, pour n’avoir pas cessé de promouvoir et de défendre la modernisation industrielle des sociétés africaines comme condition de leur développement et de leur prospérité économique générale comme l’enseigne l’histoire des faits économiques et sociaux des nations industrielles de l’époque contemporaine, le président du MODENA peut avoir la tête haute et fière à l’heure où les dirigeants de l’Union Africaine en sont arrivés à cette évidence, proclamée par le Plan d’Action de Lagos (PAL) en 1980.

NE: Et sur le front social ?

AKA: Avec toutes les réserves qu’il faut nourrir à l’égard des statistiques dont l’établissement et l’appréciation prête toujours à des manipulations de toutes sortes, l’inflation comme la hausse des prix au cours de l’année écoulée a sûrement dépassé le taux de 6,8 pour cent et le « panier de la ménagère » qui doit servir à fixer le salaire minimum à payer aux travailleurs reste désespérément légère avec une augmentation à près de 20% du prix du pain, de 75% du charbon de bois, de 21% du sac de riz, de 50 % de l’anchois, de 5% la bouteille de 77 cl d’arachides grillés sans oublier les prix des matériaux de construction qui flamber,à commencer par la tonne de ciment qui s’est accrue de 50 pour cent. Ajouter à cela que le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) reste toujours fixé par mois à 13757 F.CFA et que les 5% d’augmentation fait en 2006 et les 3% du début de cette année en cours, n’apportent guère de consolation aux pauvres salariés togolais qui n’ont pas connu d’augmentation de salaire près de trente années durant.
Plus graves, sur les 125 engagements souscrits, le 11 mai 2006, dans le Protocole d’Accord conclu entre le gouvernement, le patronat et les syndicats des travailleurs et dont un peu plus de la moitié au nombre de 65 devaient être exécutés dans les douze mois suivants, seuls une demi-douzaine est honorée à ce jour.
Concrètement, les terribles épreuves sociales auxquelles les populations togolaises, à Lomé, dans les villes de province et dans les campagnes font que beaucoup de nos compatriotes, des hommes, femmes et enfants obligés de mendier leur pitance et, manifestement, les pauvres populations togolaises sont à l’enseigne de la famine.
Et l’on ne doit pas s’étonner que des travers comme la dépravation des mœurs, la prostitution et la délinquance juvénile prennent une allure vertigineuse.
Aussi doit-on considérer comme de la provocation inacceptable cette exhibition ostentatoire de richesses faite par la nouvelle classe dirigeante enrichie par la corruption, la dilapidation et le détournement des deniers publics, la concussion, l’attribution gré à gré des marchés publics avec surfacturation.
Le minimum de décence veut que dans des sociétés pauvres comme le nôtre, les riches évitent de provoquer les déshérités surtout quand tout le monde sait que la fortune de ces nouveaux Crésus proviennent de la dilapidation des deniers publics.

L’ETAT PATRIMONIAL TOUJOURS D’ACTUALITE

NE: Décidément, le président du MODENA semble en vouloir aux nouveaux riches ?

AKA: Nuance et surtout entendons-nous bien. Nous sommes peut-être les seuls, au MODENA, à préciser le noble objet de la politique à savoir « assurer le développement et réduire les inégalités dans la liberté et la justice ».
Ce qui veut dire les gouvernants doivent se donner comme mission de promouvoir la prospérité du pays, d’enrichir les populations soutenant les travailleurs ainsi que les producteurs de richesses et en portant aide et assistance aux faibles et aux démunis. Un gouvernement responsable ne peut fonder son action sur le népotisme, le favoritisme, le clientélisme et l’enrichissement éhonté de gens qui ne sont ni compétents ni studieux et qui vivent des rentes de situation en violant allègrement des dispositions pertinentes de la Constitution et les règles élémentaires de la morale civique.
Au fondement de l’histoire en tant qu’affirmation du destin de l’individu, des peuples et des nations se trouve le désir de reconnaissance de tout être humain qui lutte pour se faire reconnaître dans sa plénitude. Ce qui veut dire que tout être humain veut que ces conditions d’existence soient les meilleures, il veut devenir riche.
Dès lors, il est du devoir de l’Etat d’enrichir la société entière et la haute mission des gouvernants est d’intégrer leurs désirs légitimes d’enrichissement dans l’accroissement continu des richesses nationales doublé d’une politique de redistribution équitables des revenus nationaux. C’est pour cela qu’au MODENA, nous clamons haut et fort que le temps de l’accumulation par siphonage systématique des finances publiques est révolu, que l’Etat doit protéger les fortunes constituées pour qu’elles s’investissent dans la production des richesses et garantissent l’emploi aux populations togolaises qui furent exploitées et spoliées.
Nous ne pouvons plus admettre que les ressources nationales soient concédées à des prédateurs étrangers et les revenus publics détournés vers l’extérieur d’où ils nous reviennent comme des emprunts qui grèvent les finances de l’Etat.
Pour le MODENA, il faut d’abord et avant tout penser et planifier le développement et l’enrichissement par la modernisation industrielle du peuple togolais tout entier et le MODENA ne cessera jamais de se battre pour ce faire car, la seule bataille qui vaille la peine d’être menée est et reste le combat pour un partage équitable des revenus nationaux conformément à l’article 38 de notre constitution. Bien sûr que cela ne plaît pas à bien des gens mais, nationalistes ouverts sur le monde et surtout pas chauvins, les dirigeants du MODENA considèrent le nationalisme rationalisé comme l’idéologie politique fondatrice de toute action publique efficace.

ABSENCE DE POLITIQUE PUBLIQUE

NE: Revenons à l’action politique et aux activités politiques proprement dites : les activités parlementaires, celles du gouvernement et des partis politiques.

AKA: Comme à l’accoutumée, le RPT s’est octroyé au parlement la majorité absolue et peut se permettre de faire le changement comme il l’entend, probablement dans la continuité comme nous le voyons. Chambre introuvable, l’actuelle Assemblée Nationale risque d’être la chambre d’enregistrement des desiderata de ceux qui ont usurpé de force le pouvoir. Une situation qui donne aux véritables partis d’opposition parlementaire et extraparlementaire le devoir de continuer le vrai combat pour la démocratisation et la modernisation du pays : la stratégie de conservation du pouvoir du RPT étant, fort d’un parlement taillé sur mesure, de ne pas répondre aux aspirations au changement du peuple, une collaboration étroite doit s’instaurer pour que les projets de lois et les propositions de loi à discuter à l’Assemblée ne soient pas des coquilles vides.
Des réformes constitutionnelles et institutionnelles audacieuses s’imposent, l’exercice solitaire du pouvoir dans l’intérêt d’une portion congrue de notre peuple mérite d’être banni en redonnant au gouvernement la plénitude de son rôle de moteur de l’action publique, le contrôle de l’action gouvernementale et surtout de la gestion des finances publiques et des entreprises publiques et parapubliques est d’un impératif catégorique pour que toutes les recettes de l’Etat, impôts directs et indirects, taxes douanières et dividendes à verser à l’Etat par sa participation au capital des entreprises, aillent dans la Trésorerie Générale.
A ce sujet, nos gouvernants actuels doivent savoir que le bradage à des compagnies étrangères prédatrices des ressources minières du pays et des terres arables et l’attribution sans contreparties consistantes de diverses licences d’exploitation industrielle et commerciale, contraires à l’article 46 de la Constitution, tombent sous le coup de la loi.
Ces secteurs sont des domaines où la pression des partis et de l’opinion doivent se faire agissantes pour amener les gouvernants à comprendre, une fois pour toutes, que le temps de l’attribution des marchés publics gré à gré, de la surfacturation des contrats d’achat ou de construction et du siphonage systématique des revenus nationaux est terminé. Il n’y a aucune raison que ce soit seulement quelques uns de nos compatriotes en complicité manifeste avec des prédateurs étrangers qui s’enrichissent sans effort. Tous les Togolais sans distinction ethnique, régionale et religieuse doivent pouvoir par leur compétence, leur travail et leur mérite s’enrichir quitte à l’Etat de veiller à la redistribution équitable des revenus nationaux afin que les catégories sociales défavorisées ou handicapées soient assistées. Et, comme nous ne cessons de le répéter, le temps est venu et il est urgent d’en finir avec l’Etat patrimonial et de créer un véritable Etat rassembleur et bâtisseur qui prenne à cœur la modernisation industrielle du pays et la réduction des inégalités au sein des populations.

NE: Que dites-vous des activités du gouvernement ?

AKA: A ce que je sache, constitué le 13 décembre dernier, il est entré en fonction en fonction le 17 décembre dernier, soit moins de deux mois aujourd’hui. En un laps de temps si court laps de temps, on ne peut juger sur les maigres activités qu’il a faites. En temps opportun, le président du MODENA avait déclaré que le chef de l’Etat a choisi comme premier ministre Monsieur Komlan Mally, militant RPT bon teint, qui ne peut lui porter ombrage.
De plus, le gouvernement est constitué par des obligés du locataire du palais de la présidence de la République qui se dit élu sur la base d’un programme qui ne peut qu’être au fondement du programme d’action du gouvernement.
Et, comme le programme du chef de l’Etat est un catalogue de bonnes intentions allant dans le sens de ce qu’il entend par la réconciliation, la démocratisation et le développement, il faut craindre que parce que ce programme n’est pas fondé sur un véritable projet de modernisation industrielle de la société togolaise, la prospérité générale et la réduction des inégalités dans la liberté et la justice ne seront pas au rendez-vous.
D’aucuns, extrapolant avec ce qui se passe ailleurs, prétendent que le gouvernement bénéficie toujours de l’état de grâce auprès de l’opinion nationale. En fait, très exigeante, l’opinion togolaise dans sa majorité pense qu’incarnant la seule et unique volonté du chef de l’Etat, le gouvernement peut difficilement prendre à bras le corps les problèmes auxquels le pays est confronté. Plus grave est et reste la conviction des ministres qui constitue le gouvernement : ont-ils été choisis par amour du Togo et par leur souci de contribuer efficacement à son développement ou plutôt par fidélité au chef de l’Etat et surtout pour leur permettre d’assouvir leurs seules et uniques ambitions personnelles de promotion sociales et, pour être clair, pour s’assurer leur pitance. Décidément, il y a lieu de désespérer des élites politiques africaines qui ne font pas de la politique, n’ont pas de dessin collectif pour leurs peuples et sont prêtes à toutes les compromissions avec l’étranger dominateur pour assouvir leurs seules et uniques ambitions de promotion individuelle.

MISERE DE LA POLITIQUE AU TOGO

NE: Quid des relations entre les partis politiques, l’UFC voulant discuter avec le RPT et, dans le même temps, veut fédérer l’opposition ?

AKA: N’en déplaise à ceux qui jouent les autruches, fondamentalement, les réalités politiques dans notre pays n’ont pas changé : les forces armées et de sécurité, socle fondateur du régime despotique au pouvoir depuis des lustres, n’entendent pas répondre aux aspirations au changement de l’écrasante majorité du peuple. Celle-ci ne cesse d’apporter sa caution électorale aux dirigeants des forces du changement qui, se révélant incapables de traduire en victoire l’adhésion massive des populations, ne savent pas à quel saint se vouer.
Dès lors, il n’est que normal que les uns et les autres cherchent des voies et moyens de sortir de l’impasse car, contrairement aux satisfecit des puissances étrangères – elles n’ont pas d’amis et n’ont que leurs intérêts à défendre et à promouvoir- qui prétendent aider les Togolais à surmonter leur sempiternelle crise, la situation est et reste bloquée par le refus des tenants du despotisme militaire, basé sur le tribalo-ethnisme patenté et le régionalisme avéré, de toute évolution allant dans le sens de la promotion de l’intérêt national. Les résultats officiels frauduleux des dernières élections législatives ont quelque peu clarifié l’échiquier politique et chaque parti y ayant participé sait ce qu’il vaut. Dans ces conditions, que les dirigeants de l’UFC veuillent discuter directement avec ceux du RPT sur la base des résultats officiels des dernières élections législatives qui leur assurent le statut de principal parti de l’opposition, c’est tout à fait normal.
En leur souhaite bonne chance, on est en devoir de leur rappeler au bon entendeur que le RPT n’est que l’aile civile des Forces armées et de sécurité togolaises, le paravent derrière lequel celles-ci, en ordonnatrice principale, régentent l’ensemble de la vie nationale. Vouloir fédérer l’opposition est également une très bonne initiative mais, faut-il encore reconnaître les véritables partis politiques constitués dans les 85 officiellement reconnus et, parmi ceux-là qui sont les vrais opposants au régime actuel ?

NE: Que propose donc le MODENA ?

AKA: Au MODENA, nous refusons de vivre d’illusions en croyant que ce régime militaire se pliera de gré au verdict des urnes qui lui a été toujours défavorable élections et, à ce sujet, les dirigeants de l’UFC doivent tirer les leçons de toutes leurs victoires électorales sans appel, en 1998, 2003, 2005 et 2007 qui leur ont été usurpées sans que la communauté internationale n’en ait cure. Créé pour faire la politique autrement et dans la compréhension mutuelle, le MODENA a fondé son action, d’une part, sur les discussions permanentes entre les formations politiques constituées et crédibles non seulement par leur représentation parlementaire mais aussi par le rayonnement de leurs dirigeants et, d’autre part, sur le dialogue avec les autorités établies de force dans le pays afin de trouver le compromis politique qui permettre à notre pays de sortir des ornières des carcans du despotisme et l’appauvrissement généralisé.
A cet effet, le MODENA avait initié des rencontres avec des formations politiques dont quelques uns sans représentation populaire réelle ou d’un triomphalisme plutôt arrogant, ont cru que la direction de notre pays leur revient par la force des armes ou de droit divin. Le MODENA se réjouit que les dirigeants du RPT et de l’UFC aient choisi, à leur manière, de donner une réalité concrète au cadre de concertation permanente entre les différentes forces politiques du pays. En temps opportun, le MODENA fera entendre sa voix par tous les moyens légalement établis, convaincu que, si le pays a besoin de l’appui de la communauté internationale pour l’assister dans la recherche d’une solution à la crise qui l’étreint depuis des lustres, la meilleure des solutions ne peut être négociée qu’entre les Togolais au regard des rapports de force et en ayant comme point de mire, l’intérêt général et non les ambitions et intérêts individuels de Monsieur X ou de Madame Y.
Pour l’heure, le Bureau directeur national du MODENA est disponible pour toute rencontre avec les autorités établies, les dirigeants des autres partis politiques. En matière d’implantation dans le pays et se sensibilisation de l’opinion, de formation des militants, les activités du parti vont en se consolidant et le MODENA compte sur le terrain faire la différence.
Et, à l’occasion du premier anniversaire de sa fondation, le 21 mars prochain, le MODENA se prépare à inaugurer une manifestation annuelle intitulée « La Fête du MODENA ».

FAIRE LA POLITIQUE AUTREMENT

NE: Comment le MODENA compte s’y prendre ?

AKA: En politique, il faut éviter de dire tout haut ou de coucher noir sur blanc ce que l’on pense et veut faire car, tout général qui expose publiquement le plan de campagne d’opération de guerre, court inéluctablement à la défaite. Sachez tout d’abord que notre combat commence par inculquer à ceux qui s’affublent du titre d’homme politique voire de leader politique, qu’ils soient au gouvernement ou dans l’opposition, que l’objet de la politique est toute autre que ce qu’ils ont pris l’habitude de faire.
Comme président du MODENA, nous disons et le proclamons tout haut non par une quelconque prétention démesurée mais, au regard de l’expérience et de la connaissance de l’histoire des peuples et des nations de la Terre entière : plutôt spécieuses et pusillanimes, les élites togolaises voire africaines doivent cesser de s’amuser , s’efforcer de comprendre l’objet réel de l’action publique et s’atteler consciencieusement à réfléchir sur la destinée de leurs peuples ainsi que sur les moyens de les faire entrer dans la modernité pour qu’ils assument correctement leur rôle d’acteurs agissants de la politique mondiale.
Face aux terribles grands enjeux mondiaux des temps présents, aux dures nouvelles réalités géopolitiques planétaires et aux vastes défis de la démocratisation et de la modernisation industrielle des sociétés africaines dans un monde de compétition, de concurrence et de combat guerrier, l’urgence impose partout en Afrique et chez nous, au Togo, de négocier la constitution sur le long terme d’un véritable gouvernement d’union nationale, fondé sur véritable programme commun national, sous l’égide de la formation politique la plus représentative de l’électorat. Ce qui ne peut se réaliser pleinement dans notre pays que par l’élaboration d’une toute nouvelle constitution sur les décombres des 22 engagements et l’Accord politique global.

NE: Pouvez-nous nous dire quels mots sur les difficultés au sein du RPT et les candidatures qui se précisent et se bousculent déjà pour la présidentielle de 2010.

AKA: Sachez tout simplement que crise ou pas au RPT, le chef de l’Etat, fermement soutenu par les porte-glaive n’en a cure et nos frères et sœurs, dirigeants du RPT, qui s’agitent savent pertinemment tout ce qu’ils doivent au président de leur parti dont la source du pouvoir est ailleurs que dans un parti à audience nationale fort réduite. Pour ce qui concerne nos compatriotes et autres anciens compatriotes qui manifestement agitent déjà leur candidature pour la prochaine élection présidentielle de 2010, il faut dire tout simplement qu’ils ne mesurent pas dans toute son ampleur le drame que vit le peuple togolais et la situation politique réelle qui prévaut dans le pays.
Chercher à se hisser au pouvoir tout juste pour assouvir son instinct de domination, sa foi des honneurs et son appétit de richesses, se croire prédestiné pour diriger le pays sans projet de société, sans une meilleure connaissance du tableau géographique du pays profond, sans une équipe dirigeante formée à cet effet depuis des années, sans être informé des grands enjeux mondiaux et des nouvelles réalités géopolitiques planétaires et, plus grave, en oubliant la triste réalité que le pouvoir se trouve, actuellement au Togo, au bout du fusil, est, pour nous au MODENA, quelque chose de déconcertant.
Croire, encore aujourd’hui, au vu de tout ce qui se passe en Afrique avec les élections aux résultats préfabriqués et frauduleux, que l’on peut se précipiter à la prochaine présidentielle togolaise sans de sérieuses discussions préalables pour réviser la constitution et dégager une perspective électorale claire et sans risques, relève – le président du MODENA pèse ses mots- de l’amateurisme politique, préjudiciable au peuple togolais. Ce qui disqualifie ces prétendants au fauteuil présidentiel qui veulent profiter encore une fois de la crédulité des Togolais.

Propos recueillis par Julien AYIH