28/09/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Carnet de voyage au Togo : de la Suisse de l’Afrique à un village

J’ai retrouvé un Togo exsangue et détruit par quarante ans d’une gestion sans état d’âme. Ce pays en développement après l’indépendance de 1960 a été transformé en un petit village peuplé de misérables totalement désorientés. Les togolais enchaînés et handicapés, sont devenus des esclaves d’un système, qui ne donnera rien pour le développement futur du pays. Un pays en voie de clochardisation avancée. J’ai vu le jour dans ce pays où l’hygiène et la probité étaient la préoccupation de toute la population ; toute famille était attachée à transmettre ces valeurs à ses enfants. La propreté physique, morale et intellectuelle faisait partie des exigences d’éducation de chaque enfant ; ceux qui enfreignaient ces règles étaient des marginaux qui faisaient la honte et le déshonneur de leur clan, famille ou village. Le Togo et les togolais tiraient une grande fierté de cette reconnaissance qui allait au delà de ses frontières.

Loin de ce pays que je chéri, j’ai décidé d’aller voir de mes propres yeux le désastre décrit par les nombreux compatriotes revenus dépités d’un séjour au pays. Le pays est dans un profond abyme, J’étais effectivement loin de la réalité du Togo d’aujourd’hui.

Un atterrissage réussi à Lomé

A bord de la compagnie Air France, avec comme compagnon de voyage, Benjamin Boukpeti, l’illustre togolais médaillé de jeux olympiques de Pékin 2008 en Kayak. Ma joie fut de courte durée à l’approche de la piste d’atterrissage de l’aviation de Lomé. J’ai pu constater l’étendu des dégâts de dernières inondations. Ma surprise fut également très grande de s’apercevoir que à un aéroport international dénommé Gnassingbé Eyadéma du nom du père du chef de l’Etat actuel du Togo, un seul véhicule des pompiers assurerait le service en cas d’accidents éventuels. L’immeuble décrépi et vétuste de l’aéroport, me semble bien minuscule par rapport aux autres aéroports des capitales africaines et occidentales. A l’entrée ni les ventilateurs ni la climatisation ne fonctionnaient. Une chaleur envahissante me giflât le visage, et mon costume en lin était totalement mouillé. Dans un hall mal éclairé, chauffé par la chaleur de la journée, nous avons passé plus d’une heure dans une file d’attente pour les contrôles de passeport. Une tracasserie interminable, du contrôle manuel jusqu’au guichet principal équipé d’ordinateur où la vérification de passeport a été réelle et effective. Tout allait à une cadence déprimante, patience et courage furent nos atouts pour récupérer nos bagages, et passer enfin les douanes où les douaniers vous souhaitent la bienvenue en sollicitant quelques cadeaux venus d’Europe.

Enfin c’est la délivrance ! Grande fut la joie de ma famille et mes amis de me revoir et de pouvoir enfin me serrer dans les bras malgré toute la sueur qui dégoulinait et suintait de mon costume de lin. La chaleur était de plus en plus insupportable. Il était tard, nous sommes en dehors de hall de l’aéroport, c’était dans pénombre, l’éclairage du parking était très faible. Nous voici en route pour la maison; malgré le manque de lumière et les nids de poules qui jonchaient l’itinéraire et nous secouaient comme des castagnettes, je reconnais tout de même le chemin de l’aéroport jusqu’au lycée de Tokoin. Au rond du Lycée une odeur nauséabonde empestait l’environnement, comme pour me rappeler que Lomé était devenu une poubelle. Effectivement, un dépôt d’ordure se situe à mi-chemin de la lagune de Bè et du rond point du Lycée de Tokoin.

Tout le long du trajet qui me mène vers la maison familiale, toutes les routes bitumées d’antan sont devenues des pistes de campagnes avec des nids de poules et des crevasses indignes d’une capitale comme Lomé qui était la splendeur de ses habitants. Tout était laid et crasseux: de la puanteur, des eaux stagnantes, marais infestés, lagunes poubelles, etc….Au point que la latérite rouge est devenue noire sous l’effet du miasme, des microbes, des eaux sales et des ordures jetées par les habitants. A pied ou véhiculer, c’est une acrobatie et lutte permanente pour trouver son passage.

C’est Lomé la puanteur !

Comment, dans ces conditions, parler de lutte contre le paludisme, contre les maladies de la peau, contre les maladies diverses alors que se côtoient les marchands des beignets, de l’igname frite, poubelles, détritus et de tonnes de microbes. Surtout que ces eaux stagnantes qui alimentent également les rares canalisations, sont de véritables couveuses pour les moustiques. Autrefois, dans les grandes villes du Togo, les agents des services d’hygiène sillonnaient et désinfectaient tous les foyers de microbes, ils étaient la terreur des pollueurs. Autorisés à s’introduire dans les domiciles privés, ils traquaient les saletés susceptibles d’empester le voisinage et verbalisaient ceux qui rejetaient leurs eaux usées et autres déchets sur la voie publique.
Où sont la voirie de Lomé, les services d’hygiène ? Que fait le maire de Lomé dans la gestion quotidienne de la capitale ? Je saoulais toute ma famille avec ma batterie de questions et personne ne savait quoi me répondre. Certain levait les yeux au ciel, l’air de me faire comprendre qu’il ne voyait plus cette misère tellement le quotidien était dur. Leur hantise est de perdre le peu qu’il leur reste de confort et de tomber encore plus bas. J’ai du me résoudre aux constats amers que la destruction du pays était effective et totale.

Une population déstructurée et traumatisée

Le traumatisme de la population est général. Tout est déraisonnement et confusion. On dénombre une multitude de jeunes filles de 12 à 15 ans pas encore pubère se prostituant pour arrondir les fins de mois difficiles de parents démissionnaires. L’illusion de la vie facile est légion: mensonges, dénigrements et diffamation sont les lots quotidiens dans les familles, dans les clans et dans tout le pays. La corruption et l’escroquerie comme règle au niveau de l’état constituent l’exemple à toute la population. Les petits artisans, les petits ouvriers, les maçons, les menuisiers, les géomètres, les huissiers, les avocats, se croient plus intelligents que leurs clients. Ce qui est normal ailleurs est problématique au Togo. La confiance entre frère et sœur a disparu. Les oncles et tantes qui devraient respecter nos coutumes et nos traditions dans l’éducation de l’enfant escroquent les neveux et les nièces et les menacent par des voies mystiques. La confiance qui est élément fondamental dans toute relation humaine n’existe plus entre amis, frères et sœurs, parents, oncles, tantes et parents de la même famille.

Plus rien n’est respecter…c’est la jungle: non-respect des échéances, des engagements, chacun fixe sa propre règle en fonction du rapport de force. Pour le petit togolais ou le grand bonnet, l’honnêteté, la dignité, le respect de l’autre est un luxe.

Une économique aux abois

Il y a une carence totale d’investissement dans l’économie nationale. Les usines et les sociétés d’états ou privées n’existent plus ou sont en voie de disparition. Le chemin de fer n’existe plus. Les bus urbains n’existent pas ou seulement deux bus sont en essai au nord de Lomé. Le petit commerce, des maquis, des bistrots, des vendeurs à la sauvette, sont devenus des emplois précaires de l’ensemble de la population. La vie quotidienne est chère, les produits sans surveillance sanitaire sont vendus à la population. Les taxis prennent pour la même distance le double d’un taxi à un autre.
J’ai assisté à un combat entre sœurs de la même mère pour un loyer de 10 000 francs perçu par la benjamine. Les deux grandes sœurs lui jetaient des pierres et des insultes pleuvaient plus qu’une pluie torrentielle sur la benjamine. La misère produit ses effets les plus négatifs sur les enfants de la même famille. La sortie d’une foule immense et la présence de la police n’ont pas dissuadé les sœurs de se battre entre elles pour un loyer insignifiant.

Que croire qui croire ?

Les croyances vaudous, et les églises multiples sont devenues la solution à la misère. Les débats intellectuels, les bibliothèques, les lectures publiques sont inexistantes.

L’insécurité généralisée

Pourquoi sommes-nous rester sans réaction à l’assassinat d’Atsutsé AGBOBLI ? Il y a eu du monde à sa cérémonie funéraire et à son enterrement. Mais il n’y a pas eu la réprobation de ce crime innommable. Aucune manifestation, aucune révolte…
L’insécurité sociale est patente. Avons-nous accordé tout l’intérêt souhaitable aux mesures de répressions des manifestations pacifiques, aux inondations, aux manques d’électricité dans les villes, à l’escroquerie des péages sans routes bitumées.
Les taxis motos sont des sources d’insécurité quotidienne. Deux filles habillées de leur tenue du 31 décembre, téléphone portable à la main, causent derrière la moto comme dans une voiture sans aucun soucis d’insécurité. Trois motos à la file avec six filles et trois conducteurs sur trois motos, en tout neuf personnes se trouvaient sur trois motos, ou dès fois quatre personnes montaient sur une seule moto. Deux personnes à l’arrière, un enfant sur le tank d’essence devant le conducteur et le conducteur lui-même sans gêne.
Voilà ce que le Togo est devenu. La réalité est loin des discours politiques pour les occidentaux ou des éditos de Koffi SOUZA sur le site Republicoftogo.com.

L’action pour exemple

J’ai visité le quartier de Lom-nava où se trouve le siège de l’UFC, ce mouvement politique qui a la faveur de toute la population togolaise. Les routes sont impraticables, la place du marché est noir d’immondices, les eaux usées, les ruissèlements des pluies forment des marres nauséabondes et insupportables. Je me suis demandé pourquoi l’UFC ne peut-elle pas acheter quelques cargaisons de graviers, de sable, et louer un caterpillar pour niveler la route du marché saint Michel de Lom-nava à côté de son siège ? Mobiliser la population et les associations de ce quartier pour rendre les rues et le marché propre devrait être une action spontanée de l’UFC. Par ces actes, l’UFC démontrerait sa capacité à anticiper et palier les urgences du pays et nous convaincre de son aptitude pour la gestion économique et sociale si elle parvient à prendre les rênes du pouvoir.

Connais-tu mon beau village !

Le petit popo, ancienne capitale du Togo, siège de la culture guin, richesse incontestable culturelle de la sous région, tire le diable par la queue. J’ai visité Payimé, j’ai participé à la cérémonie ancestrale Yaké Yéké, pour honorer mes ancêtres, j’ai été sur la plage d’Aného avec ma famille et mes amis pour jouir de cette richesse naturelle abandonnée en état sauvage. Combien de Togolaises et de Togolais pourraient trouver du travail à Aného si ces sites étaient mis en valeur sur le plan touristique. Ces lagunes, ces plages, Payimé lieu spectaculaire où l’océan atlantique et la lagune se marient dans une douceur entourée de sable fin doré. Ils n’ont pas le droit d’affamer un peuple dans le refus du développement.

OH mon pays ! OH Togo !

Je suis rentré à Paris, très triste, moralement blessé, humilié dans le plus profond de mon être par la désolation que vit mon pays. La mort de ATSUTSE est-t-il le compte à rebours pour la résurgence de la violence politique au Togo? Prenons garde amis, citoyens, le Togo déjà bien atrophié est en danger de mort. Il souffre de plusieurs millions de chômeurs, d’une inflation qu’aucune médecine libérale ne parviendra à endiguer et d’un régionalisme porteur d’intolérance.
De grâce, que l’on ne nous nous reproche plus de faire trop de politique. Est-ce injuste ou irresponsable de parler des maux de la cité, de nos morts, de bonnes mœurs. Non, du citoyen togolais à tous les niveaux du poste occupé, du journaliste au plombier en passant par les corps habillés, les juges indépendants, les artistes, les architectes, les ingénieurs, les financiers…..chaque togolais devrait désormais apporter sa pierre à la construction du pays par des propositions, des regroupements sociaux et par son travail.

J’ai très peur que mon pays sombre dans la désolation. J’invite la diaspora à se mobilise pour faire évoluer les pensées politiques et demander des comptes à qui de droit sur la gestion politique et macroéconomique de notre pays.

Par Jacob ATA-AYI