28/09/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

CDPA-BT: Le « projet d’accord politique global » reste toujours inacceptable

Déclaration de la CDPA-BT

On aurait tort de croire qu’il n’est plus nécessaire de revenir sur le « projet d’accord politique global » après la signature de « l’accord politique de base » par la « coalition des Sept ». Dans sa forme initiale comme dans sa forme révisée et dans son dérivé sous forme de « l’accord politique de base », ce projet mérite qu’on s’y attarde et qu’on l’analyse en profondeur.

Une telle analyse est indispensable pour mieux comprendre les faits et les dires de nos acteurs politiques qui participent à ce 12e dialogue, ceux du régime comme ceux de l’opposition. Elle est également nécessaire pour savoir où va l’opposition togolaise. Il ne sert à rien de courir… Comme on l’a déjà dit, il faut regarder dans le rétroviseur si l’on veut mieux avancer.

En sa qualité de Président du dialogue et du directoire, Mr Agboyibo a justifié l’adoption de « l’accord politique de base » par le fait que le document comporterait des « avancées significatives par rapport… aux objectifs recherchés ».

La CDPA-BT avait analysé la composition du dialogue et celle du directoire présidé par le CAR, pour montrer qu’elle était tout à fait inéquitable au détriment des partis sensés représenter l’opposition, et que sur les questions essentielles, à chaque fois une majorité se constituerait automatiquement contre l’opposition démocratique.

C’est ce qui vient de se passer clairement pour une première fois. Il est évident que les autres décisions essentielles continueront d’être prises de la même manière, toujours au profit du système en place. La présence de facilitateurs n’empêchera pas la poursuite de ces pratiques. Et les législatives en vue ne parviendront pas à supprimer leurs conséquences désastreuses pour l’opposition et le pays.

La procédure d’adoption de « l’accord politique de base » par les « Sept » relève donc d’une manigance qu’aucun de tous ceux qui veulent le changement politique au Togo ne saurait accepter.

Dans tous les cas, le « projet d’accord politique global » était inadmissible. Qu’il soit « révisé » ou qu’on lui donne un autre nom pour abuser l’opinion, il reste toujours inadmissible. Il ne l’est pas seulement parce qu’il n’a rien d’un projet d’accord politique. Il l’est aussi et surtout parce que dans la réalité, il sert seulement les intérêts du vieux régime de dictature.

Il est clair maintenant pour tous que le dialogue est conçu et organisé pour que, par ces genres de manoeuvres politiques inadmissibles, le régime en place et à son parti – le RPT – continuent de se maintenir au pouvoir et continuent de détenir le contrôle absolu de la vie politique du pays comme auparavant. Les élections législatives pour lesquelles il est ainsi monté ne changeront rien à cet état de fait.

A plusieurs reprises, la CDPA-BT avait mis l’opinion intérieure et extérieure en garde, en déclarant que ce 12e dialogue ne déboucherait sur rien qui favorise le processus de démocratisation, précisément parce qu’il est monté pour engager le pays dans la voie d’une normalisation inadmissible de la situation politique résultant des prétendues élections du 24 avril 2005 et dans la voie d’une stabilisation du pouvoir de Faure Gnassingbe.

Le « projet d’accord politique global » vient de confirmer la pertinence de ces mises en garde. Quel que soit le nom dont on l’affuble et quelles que soient les manœuvres pour le faire passer dans l’opinion, « le projet d’accord politique global » reste inadmissible.

Il n’est finalement pas surprenant qu’un parti comme le CAR, qui est sensé lui aussi représenter l’opposition au dialogue, se retrouve dans la « Coalition des Sept » pour adopter ce document. Mr Agboyibo, rappelons-le, avait accepté d’être président du dialogue malgré les réticences de ses amis de la vieille « Coalition des 6 » ; il n’avait pas donné le sentiment d’être gêné de se retrouver encadré dans le directoire par deux membres du RPT dont un ministre du gouvernement ; il s’est mis à jouer au médiateur entre le régime et l’opposition avec une ardeur évidente… Ce sont là des signes qui ne trompent pas.

Par ailleurs, pour marquer son opposition à l’UFC sur la question de la présence de facilitateurs à ce dialogue, Mr Agboyibo avait pris l’exemple du dialogue mené en solitaire par le FAR (Front des Associations pour le Renouveau) avec le régime en 1991 en déclarant ce qui suit : « Les dialogues qui ont fait avancer notre processus démocratique se sont déroulés sans facilitateurs. Les partenaires togolais à ces dialogues, eurent à mettre en place des mécanismes internes de déblocage de leurs divergences. C’est ainsi que nous avons procédé lors des discussions de mars-avril 1991 entre le régime et le FAR ».

En d’autres termes, si l’on suit bien Mr Agboyibo, c’est grâce aux mécanismes internes qu’auraient mis en place le RPT et le FAR en mars-avril 1991 pour débloquer « leurs divergences » que le dialogue mené en solitaire par le FAR face au RPT a fait « avancer notre processus démocratique sans facilitateurs ».

La CDPA-BT avait alors manifesté des inquiétudes en disant ceci : « Que les Togolais parviennent à régler leurs problèmes entre eux est une excellente chose. Mais si c’est dans l’esprit de ce que le FAR a fait en 1991, alors il est peut-être encore plus nécessaire de se poser des questions sur l’issue de ce 11ème dialogue. »

Il est indispensable que les responsables du CAR disent clairement aux Togolais s’ils continuent de faire partie de l’opposition démocratique, ou s’ils ont fini par rejoindre eux aussi le régime de dictature avec armes et bagages, comme d’autres l’ont déjà fait.

Dans tous les cas, il est encore plus clair aujourd’hui que dans ce contexte politique spécifique caractérisé par la détermination du régime en place à se maintenir au pouvoir à tout prix, des dialogues de ces types que nous avons eus depuis 1991 jusqu’à présent ne peuvent qu’occasionner des manœuvres du genre de ce qui a permis l’adoption de ce projet politique global par cette « Coalition des Sept ».

Dans ce contexte politique spécifique, la résolution du problème politique togolais par l’opposition appelle de façon incontournable, une implication réelle de la masse de la population dans la lutte politique pour la démocratie dans le pays.

Cette implication passe nécessairement par une organisation de tous les opposants, c’est-à-dire cette immense majorité de la population, dans un mouvement capable de renverser le rapport des forces en faveur de l’opposition démocratique.

C’est dans cet esprit que la CDPA-BT avait proposé depuis des années l’idée de la nécessité de faire émerger ensemble de la masse de la population une Force Alternative d’Opposition (FAO) et de bâtir ensemble sur cette idée un Mouvement de la Force Alternative d’Opposition, le MFAO.

C’est pourquoi aussi le Bureau politique de la CDPA-BT invite, une fois de plus, tous ceux qui veulent le changement politique (partis politiques, organisations associatives, organisations religieuses…) à accepter de se mettre ensemble pour construire ce mouvement.

C’est le seul moyen d’arriver à mettre en échec toutes les manœuvres tendant, pour des raisons inavouables, à maintenir le pays sous la coupe du RPT et de ce régime de dictature militaire qui n’ose pas dire son nom.

La CDPA-BT réaffirme que l’opposition togolaise n’a pas encore épuisé tous les moyens politiques de la lutte pour la fin de la dictature et pour la construction d’une société démocratique au Togo. Les Togolais peuvent encore réaliser leurs aspirations au changement démocratique. A condition qu’ils acceptent de s’organiser autrement et de faire autrement, c’est-à-dire construire le MFAO.

Le Parti lance encore un appel à tous les opposants, quels qu’ils soient et où qu’ils soient, à accepter de se mettre ensemble, sans considérations partisanes, pour construire ensemble le MFAO.

Fait à Lomé le 20 Juillet 2006

CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
Prof. Emmanuel GU-KONU