28/06/2022

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CDPA-BT: Les engagements de Bruxelles, que faut-il en attendre ?

CONVENTION DEMOCRATIQUE DES PEUPLES AFRICAINS – BRANCHE TOGOLAISE (CDPA-BT)
B.P. 13963 Lomé Togo
cdpa-bt@cdpa-bt.org
Site: www.cdpa-bt.org

L’ouverture des consultations UE-Togo dont il a été tant question au cours de ces derniers mois eut lieu finalement le 14 avril 2004. L’affaire fut balancée en l’espace de 24 heures. La délégation gouvernementale a pris des engagements si graves pour le régime qu’on peut s’interroger sur cette attitude, si l’on connaît bien le fonctionnement du système de Lomé. En attendant un examen plus approfondi de l’ensemble de ces engagements, la CDPA-BT souligne les faits suivants :

1- Par les engagements pris à Bruxelles, le pouvoir reconnaît que le régime politique qui gère le pays est loin d’être démocratique. Et il ressort qu’il a délibérément bloqué le processus de démocratisation jusqu’à présent.

2- L’empressement avec lequel la délégation gouvernementale a pris les 22 engagements contraste fortement avec le contenu du discours tenu le lendemain soir par le ministre de l’information et de la communication à la télévision togolaise au nom du chef de l’Etat.

3- Comme on s’y attendait, l’UE a imposé au régime d’engager “sans délai” le dialogue tant sollicité par certains partis de l’opposition. Mais le contenu de la plupart des engagements pris donne déjà une idée de ce que sera ce dialogue et de ce qu’il faut en attendre pour le changement démocratique.

4- Si l’on a pris à Bruxelles l’engagement de réviser “le cadre électoral”, (Engagement 1.3) rien n’a été dit par contre au sujet de la modification arbitraire de la Constitution, modification qui permet à Eyadema de se porter candidat autant de fois qu’il le veut.

5- Si l’on a pris l’engagement “d’organiser de nouvelles élections législatives dès que possible” (Engagement 1.5), on a par contre fait totalement l’impasse sur le contentieux électoral provoqué par les douteux résultats des présidentielles de juin 2003. Ce silence équivaut dans la réalité à une légitimation de ces résultats contestables. La légitimation fait partie des enjeux politiques pour lesquels le régime s’est tant battu pour obtenir l’ouverture des consultations et la reprise de la coopération avec l’Union européenne. En réalité, c’est l’enjeu le plus important pour lui.

6- Autant on a été précis sur la tenue des élections locales et sénatoriales (dans les 12 mois), autant on a été vague pour l’organisation de nouvelles législatives (on les fera “dès que possible”). Le régime a pu ainsi obtenir la tenue de ses élections locales qu’il avait été obligé de reporter sine die sous la pression de l’opposition démocratique et de la “communauté internationale”. Rappelons que le principe de ces locales fait partie des résultats de la modification arbitraire de la Constitution, et que la tentative précipitée d’organiser le scrutin immédiatement après les présidentielles de 2003 visait à entériner les résultats de celles-ci en mettant tout le monde au pied du mur.
7- Enfin, d’une façon générale, sur nombre de questions importantes de la situation politique, les engagements comportent des imprécisions troublantes que le régime peut exploiter pour se donner des stratégies de contournement afin de “flouer” une fois de plus les Togolais.

La CDPA-BT appelle donc à une grande vigilance. L’avenir immédiat n’est pas rose et ne justifie pas l’euphorie que l’on essaie de répandre. Le régime peut mettre à profit le temps d’observation pour consolider ses positions politiques. Le flou général des engagements lui donne l’occasion et le temps de monter des stratégies de contournement, comme il l’avait fait pour le “dialogue intertogolais” et le suivi de l’Accord cadre de Lomé.

Dans ces conditions, le dialogue que la délégation a pris l’engagement d’ organiser débouchera tout au plus sur une situation où l’on fera une petite place à l’opposition dans la gestion de l’Etat, le régime continuant de détenir la réalité du pouvoir à son profit comme en 1994-1996 et après. Que l’Union européenne reprenne ou non sa coopération avec le régime, le problème politique togolais ne sera pas résolu pour autant. La grande masse de la population continuera de subir l’oppression de diverses manières et de vivre dans la misère.

Rappelons que l’objectif de l’opposition démocratique n’est pas de se faire octroyer quelques strapontins pour jouer les figurants dans le processus politique. L’objectif, c’est l’abolition de la dictature.

La seule façon pour l’opposition de venir à bout du système aujourd’hui est de se donner une politique alternative d’opposition qui permette à la masse de la population de jouer le rôle qui lui revient dans la lutte contre le régime de dictature.

Lomé, le 17 Avril 2004

Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
Prof. Emmanuel GU-KONU