30/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Censure: Politique… saisissante

La presse indépendante empêche manifestement le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité de dormir. Les articles semblent même blessants et vexants pour Sizing Akawilou Walla. Car, au lieu de s’occuper de l’insécurité grandissante au Togo, il s’acharne à persécuter ce qu’il considère comme de simples feuilles de choux. Pour ce faire, il se base sur une loi votée en 2000 par l’Assemblée monochrome RPT. Cette loi, connue sous le nom de « loi Panou », indique en substance: « Le ministre chargé de l’Intérieur et de la Sécurité peut, dans le cadre de ses pouvoirs de police, ordonner, par arrêté, la saisie des exemplaires de toute publication mise en vente, distribuée ou exposée au public, dont le contenu constitue un des délits prévus par les articles 86, 87, 88 et 97 du Code de la presse et de la communication. »
Apparemment précise et bien cadrée, cette disposition se révèle la porte ouverte à l’arbitraire, quand bien même il se voudrait bienveillant. Depuis la mise en vigueur de cette loi, plus de 22 éditions de la presse indépendante ont été saisies, occasionnant de lourdes pertes économiques pour les éditeurs. « Si vous cherchez mon journal, ironisait un directeur de publication, allez chez Walla. » C’est lui qui détient tous les stocks. Le général-ministre semble devenu ainsi le grossiste numéro un, le dépositaire exclusif et ses policiers de véritables détaillants. A quand des vendeurs à la criée en tenue?
Petit à petit…
En moins de trois semaines, sept éditions ont fait l’objet de saisies sur ordres du ministre… chargé de la Chasse aux journalistes indépendants. Le 4 avril 2002, c’est La Tribune du peuple qui en est la cible pour avoir écrit « Togo, État de terreur: un jeune mécanicien torturé ». Dans cet article, le journal affirme que les forces de l’ordre auraient brûlé les doigts d’un mécanicien. Les personnes incriminées ne démentent pas . L’affaire, portée au niveau du chef de l’État, entraîne le limogeage de ces agents en tenue, jugés « indignes d’être de l’armée », selon les propres termes du grand manitou.
La semaine qui suit voit la saisie successive de trois hebdomadaires, méthodiquement: un le lundi, un le mardi et un le mercredi. Il s’agit de Motion d’information, Le Regard et, à nouveau, La Tribune du Peuple. Le Regard avait écrit que le Togo, à la 58e session de l’ONU à Genève, avait été « soutenu par les États violateurs des droits de l’Homme ». La Tribune du Peuple, elle, titrait « Des têtes sont tombées à Lomé 2 ».
… l’oiseau creuse sa tombe
Le 16 avril, tous les exemplaires du Regard sont à nouveau saisis. Motif: le journal a publié la déclaration incendiaire d’un membre influent du RPT (voir L’autoflagellation du RPT), Maurice Dahuku Péré. Le 22 avril, deux autres publications, Le Combat du Peuple et Motion d’information, sont « ramassées » pour avoir repris la déclaration de Maurice Dahuku Péré. Selon le ministre, la publication de ce document relève de « la provocation et non du journalisme. Bien plus, c’est de la violation de conscience ».
Là encore, pas de démentis des autorités togolaises, sur telle ou telle accusation. Elles finissent même par reconnaître les faits, considérant, toutefois, que le ton et la présentation de la une sont provocateurs.
La conséquence de ces saisies à répétition pourrait être une asphyxie financière de certains organes de presse. Certains titres ont déjà suspendu leur publication en attendant des contextes plus favorables. Le pouvoir devrait cesser de se comporter comme un prédateur qui traque une proie de plus en plus faible. Comme une bête blessée et traquée, la presse risque de devenir de plus en plus agressive.
(Ishiak Tass, Le Marabout, mensuel satirique africain, N. 9, Juin 2002)