06/10/2022

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Comment « Jeune Afrique » et le pouvoir marocain s’entendent

Le montant est énorme : 994.000 euros. Voici le montant des « contrats de communication » signés pour 2003 entre le Maroc et Difcom, la filiale du groupe Jeune Afrique spécialisée en communication internationale faisant aussi office de régie publicitaire. C’est en tout cas ce qu’indique l' »échéancier des encaissements sur contrats de communication » daté du 16 janvier 2004 produit ci-contre et que s’est procuré le Journal Hebdomadaire. Toujours selon ce document, ce contrat signé avec le Maroc, le 1er décembre 2002, et valide sur tout 2003, prévoit le règlement des 994.000 euros en trois fois : un premier règlement de 497.000 euros, le 1er décembre 2002, un second de 248.500 euros, le 30 juin 2003 et un dernier de 248.500 euros le 31 décembre 2003. Cet échéancier a-t-il été respecté par le Maroc ? Encore selon ce document, pas vraiment… Le Royaume aurait ainsi effectué un premier virement de 497.000 euros le 6 mars 2003 (donc avec 3 mois de retard) et un second de 248 500 euros le 30 juillet 2003 (avec un mois de retard). Au 16 janvier 2004, date d’impression de cet échéancier, Difcom n’avait toujours pas encaissé les 248.500 euros restants. Bien entendu, le Maroc n’est pas le seul client de cette filiale de Jeune Afrique. Parmi les pays maghrébins figurent aussi l’Algérie (950.000 euros entre juin 2003 et mars 2004) et la Mauritanie (500.000 euros entre avril 2003 et mars 2004). Mais le gros des clients de Difcom reste des pays d’Afrique particulièrement troubles et troublés. Ainsi le Rwanda de Paul Kagamé a prévu de débourser 350.000 dollars en 2003, la Guinée Equatoriale d’Obiang Nguema, 800.000 dollars sur 2002-2003, le Gabon d’Omar Bongo (de loin le plus généreux) 2.900.000 euros sur 2003-2006, les Comores d’Azali 250.000 euros sur 2003-2004, le Cameroun du président Paul Biya un million d’euros sur 2004 et le Togo de feu Eyadéma 380.000 euros à cheval sur 2003-2004.

Tout aussi troubles, les interlocuteurs de ces Etats au sein de Difcom. Comme le prouve le document reproduit en P. 34, François Soudan, directeur de la rédaction de JAI et auteur de nombreux articles publiés dans ce magazine, a signé le 8 janvier 2003, en tant que représentant de Difcom, un contrat de communication avec le ministre rwandais des Finances de l’époque. Décidément multicasquettes, le même François Soudan reçoit le 2 octobre 2003 une télécopie attestant d’un ordre de transfert de 95.000 euros exécuté par la Banque togolaise pour le commerce et l’industrie en faveur de Difcom !