03/10/2022

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Coup de gueule d’un déserteur de l’armée togolaise

PANAPRESS–22/06/06 — La quarantaine environ, avec cette allure apparemment exubérante qui le distingue des autres réfugiés, Serge, qui a déserté de l’armée togolaise, garde toujours une dent contre les autorités de son pays.
Arrivé au Bénin en juin 2005, cet officier formé à coup de millions de francs par le chef de l’Etat défunt du Togo (Gnassingbé Eyadema) pour sa sécurité n’y va pas de main morte pour qualifier ses maîtres d’hier, qu’il accuse de ne rien faire d’autre que de transformer les militaires en « animaux sauvages » contre les populations.

Après avoir passé plus de dix années à assurer la sécurité présidentielle, cet homme à l’allure encore jeune, dont l’apparence ne trahit en rien les atrocités qu’il révèle avoir commises, se demande si Dieu pourra un jour lui pardonner d’avoir « pactisé avec le diable ».

Sa vie civile, il l’a démarrée il y a un peu plus d’un an seulement, mais il la trouve plus saine que celle de relative opulence qu’il a menée auprès des seigneurs togolais. « J’ai constamment des remords et je suis tous les jours retourné quand je revis ce que nous avons fait vivre aux civils sans défense », affirme-t-il, visiblement révolté.

« La torture est indescriptible et la plupart de ceux qui l’ont vécue n’y survivent pas pour pouvoir la raconter ». Sans être dans leur peau, cet ancien militaire en garde toujours les séquelles. « Je ne veux plus prendre les armes et tuer des innocents. J’en ai marre et je suis parti pour de bon », clame-t-il.

Après plusieurs semaines en prison pour avoir exprimé mon dédain, il dit être devenu la bête à abattre, et ses photos sont collées un peu partout au niveau des postes frontaliers. « Je ne veux plus me cacher pour protéger une vie que je sais déjà vouée à l’échec, il faut que j’assume mon choix », déclare-t-il, mélancolique.

Concernant la situation dans son pays, Serge ne voit aucune issue au problème togolais si ce n’est les armes. « Le pouvoir passera toujours de père en fils et personne ne pourra émerger s’il n’accepte de faire le jeu du pouvoir en place », croit-il savoir.

Quant au dialogue inter-togolais, Serge n’y croit guère, pas plus qu’il ne croit aux nombreux discours des opposants, qu’il traite de « margouillats ».

A ses yeux, le seul opposant digne de ce nom, c’est Gilchrist Olympio, le leader de l’Union des forces de changement (UFC), les autres ne pouvant rien changer parce que n’ayant aucune vision fiable pour le pays.

« Je ne peux plus retourner au Togo, du moins tant que le régime n’aura pas changé, et je ne peux même pas conseiller à mes deux enfants, qui vivent eux aussi en exil, d’y remettre les pieds », dit Serge.

Interrogé sur le sens qu’il entend donner à sa vie civile, Serge laisse voir qu’il n’a pas encore une idée claire de ce qu’il fera avant que ses maîtres d’hier ne mettent la main sur lui. « Je tape à toutes les portes et j’espère qu’une finira par s’ouvrir », confie-t- il.

Pour cet ancien militaire, le seul espoir à la souffrance des Togolais est l’ONU. Il suffisait à cette institution d’imposer un embargo sur les armes afin d’empêcher les dirigeants de s’en procurer comme ils le font actuellement à coup de milliards.

« Ces milliards, déplore-t-il, auraient pu servir à développer le pays, à donner à manger à la population, à offrir du travail aux jeunes et des infrastructures sociales aux plus démunis ».

L’embargo financier ne fera qu’appauvrir davantage les populations pauvres, qui se saignent déjà du fait que leurs dirigeants utilisent tout l’argent pour s’armer, conclut-il.