26/06/2022

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Décapité pour des capitaux

Le chanteur togolais Kossi Agbéviadé, alias Midi Lackos, rêvait de décupler sa célébrité. Il allait, en effet, devenir le sujet de discussion principal à Lomé en ce 9 mai. Ce jeudi, au moment où les chrétiens s’apprêtent à saluer l’ascension de Jésus-Christ vers les cieux, l’artiste s’apprête à emprunter le même chemin. Très tôt, alors qu’il prend sa douche, il voit surgir son petit frère dans la salle de bain, armé d’une machette. Pas le temps de réagir, à peine les moyens de se défendre. Alors qu’il tente de fuir, il est décapité par l’assaillant qui se met à brandir la tête de la victime comme un trophée de chasse. La population accourt et s’apprête à lyncher l’assassin, quand la police et la gendarmerie arrivent à leur tour. Le frère cadet est soustrait in extremis à la vindicte populaire. Les nombreuses radios FM qui se partagent l’espace médiatique de Lomé relayent rapidement l’information. L’horrible nouvelle surprend par la barbarie de l’acte. Elle étonne d’autant plus le public de Midi Lackos que l’artiste, aux dernières nouvelles, séjournait en Israèl.

Défonce au titre foncier

Triste banalité des ingrédients du drame : l’acte de démence prend racine dans un conflit pécuniaire, comme il en existe dans la plupart des familles. Selon les déclarations du meurtrier, Komlan Agbéviadé, âgé de 32 ans et menuisier de son état, la dispute entre lui et son frère aîné a pour origine un titre foncier. L’assassin était décidé à vendre une maison qui appartenait à leur père. Le fruit de la cession de la bâtisse, sise dans le quartier Hanoukopé, devait financer son voyage vers l’Europe. Mais voilà, le grand frère s’y était opposé et avait confisqué le titre foncier. La veille de la tragédie, ils auraient débattu de cette affaire, sans trouver un point d’entente.

Ode à l’exode

Komlan, qui n’est pas prêt de découvrir l’Europe, déclare pourtant ne pas regretter son acte. Il dit avoir agi en toute lucidité, sans aucun effet « stupéfiant ». Il croupit aujourd’hui en prison, attendant le sort que lui réservera la Cour d’assises. Le président de la Cour d’appel, Abdoulaye Yaya, a déjà évoqué une peine capitale ou une réclusion à perpétuité. Pour l’heure, l’artiste, dont la célébrité a pris une nouvelle dimension, a été inhumé dans son village natal, Assahoun, après de grandioses cérémonies funéraires à la morgue du CHU de Tokoin.

L’Afrique a mal à sa famille, son bien pourtant réputé le plus précieux. C’est que la possession de la terre est aussi, en Afrique plus qu’ailleurs, une richesse qu’on ne doit traditionnellement pas brader, même lorsqu’on a le fantasme de l’Europe ou le succès d’une carrière artistique déracinante. C’est au mépris des valeurs africaines fondatrices que la misère galopante gangrène aujourd’hui la société et incite à un exode désiré à tout prix. Même celui du sang. Même celui de son propre sang.