28/09/2022

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Déclaration du CRDT contre la célébration du 13 janvier 2006

Le peuple togolais vit depuis des semaines au rythme de la frénésie politico-militaire, de l’immobilisme et de l’oisiveté administratifs caractéristiques des préparatifs du 13 janvier. C’est impuissant que ce peuple meurtri et otage assistera et se prêtera une fois de trop à sa propre humiliation qu’est la célébration en pompe et dans la liesse totale—par une clique politique incivique et sans vergogne, un groupe de militaires inconscients et une poignée de mesquins invités et mendiants internationaux—de l’événement le plus douloureux de l’histoire du Togo et de l’Afrique d’après les indépendances, l’assassinat par Gnassingbe Eyadema de Sylvanus Olympio, premier président élu démocratiquement du Togo.

Le Conseil de la Résistance Démocratique du Togo estime que la décision du pouvoir illégitime Gnassingbe-RPT de célébrer le 13 janvier en 2006 n’est que provocation et insulte au vaillant peuple du Togo qui lutte depuis quarante trois ans pour recouvrer la liberté qu’elle a perdue depuis le 13 janvier 1963. Le coup d’Etat du 13 janvier 1963 et ses célébrations annuelles depuis plus de trois décennies maintenant constituent l’un des plus graves crimes politiques que la France colonialiste, par le biais de son agent Etienne Eyadema Gnassingbe, ait commis contre le Togo et l’Afrique. Le peuple togolais qui garde une mémoire très vive de cette date n’acceptera jamais dans sa conscience politique le sens que la France-Afrique s’efforce de lui donner. C’est pour cela que le CRDT considère que le vœu formulé par les héritiers d’Eyadema de poursuivre l’œuvre de leur père est une menace grave à la paix sociale et politique au Togo en ce qu’il vise à maintenir au sein de la nation la tension socio-politique engendrée et aggravée par 38 ans de règne dictatorial pour justifier les coups d’Etat militaires et autres pratiques autocratiques.

Le CRDT s’indigne de ce qu’en lieu et place d’un processus de dialogue et de réconciliation véritables sous l’égide d’une commission nationale de vérité et de paix au Togo, les usurpateurs du pouvoir d’Etat continuent de régenter le pays dans l’obscurité et l’irresponsabilité totales où la prébende, le tribalisme, la médiocrité administrative, le pillage et le gaspillage des ressources nationales sont érigés en méthodes de gouvernement, consolidant ainsi le statut de plaque tournante de tous les trafics illicites et mafieux acquis par le Togo déjà du vivant d’Eyadema. Le CRDT est aussi conscient de ce que la plaque tournante des trafics illicites que constitue la zone franche du Togo se nourrit de l’instabilité qui est entretenue dans la pays.

Le CRDT s’appuie en particulier sur la non-reconnaissance par le parlement de l’UE de la mascarade électorale qui porta Faure Gnassingbe au pouvoir pour exprimer ses vives inquiétudes par rapport aux conditions d’organisation et le cadre de mise en œuvre du dialogue inter-togolais, et aussi par rapport aux statuts et rôles du gouvernement illégitime de Faure Gnassingbe dans ce processus.

Par conséquent, le CRDT rappelle aux promoteurs et défenseurs du pouvoir autocratique du clan Gnassigbe-RPT que l’alternance démocratique à la tête de l’Etat, l’amorce d’un processus de réconciliation nationale vraie, ainsi que l’exploitation raisonnable, la gestion transparente et le partage équitable des ressources du pays sont incontournables pour une sortie de crise paisible et durable au Togo.

Le CRDT attire l’attention du peuple togolais sur le fait que l’imposture politique par laquelle le clan Gnassingbe-RPT et ses soutiens internationaux essayent de perpétuer la dictature néo-coloniale au Togo est toujours en marche et mérite d’être farouchement combattue. Il invite le peuple à observer et à analyser cette énième célébration du 13 janvier dans la vigilance et la lucidité absolues afin d’identifier clairement les nouveaux visages et partenaires de la dictature néo-coloniale.

Le CRDT renouvelle son soutien au peuple togolais et aux forces démocratiques qu’il encourage à intensifier le combat de libération par le maintien de la mobilisation citoyenne enclenchée depuis février 2005 et dont la victoire sur la dictature est plus que certaine.

Fait le 12 janvier 2006.
Pour le comité directeur du CRDT
Micheline Randolph