05/12/2022

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Dialogue politique au Togo: Contrer les armes de récidive massive!!!

Des 22 derniers engagements du gouvernement togolais à leur mise en œuvre, la tâche ne sera certainement pas aisée pour les partisans d’un changement démocratique au Togo. Les antécédents en matière de négociations avec le pouvoir togolais ne laissent d’ailleurs aucun doute sur les moyens qu’il mettra en œuvre pour savonner la planche d’une réelle ouverture politique dans le pays. Cette seule éventualité contient en elle-même la justification d’une prévention des écueils avant que les spécialistes de l’interprétation des accords ne brandissent leurs habituelles incantations. Face au risque de recrudescence d’un syndrome récidiviste, l’urgence d’une anticipation de l’offensive adverse n’en apparaît que plus nettement…

Par Franck EKON.

Il y a peut-être un avantage au fait que les principaux leaders de l’opposition togolaise soient toujours les mêmes qu’il y a une quinzaine d’années : la circonstance atténuante d’une certaine méconnaissance du régime dictatorial du Général Eyadéma ne saurait plus être invoquée aujourd’hui pour justifier des errements dans leur approche de la problématique politique nationale. Ils auront, non seulement, connu toutes les péripéties du combat pour le changement et l’alternance au Togo, mais aussi et surtout expérimenté la roublardise et le manque total de scrupules du pouvoir à violer les divers engagements contractés depuis les premières heures du processus démocratique. En l’occurrence, la bonne foi et l’angélisme des dirigeants de l’opposition ainsi que la légitimité de leurs arguments ne constituent plus des outils suffisant face à ce qu’il faut bien convenir d’appeler un Syndrome récidiviste aigu sévère (SRAS).

TOUTES les opportunités de dialogue ou de négociations entre le régime plus-que-trentenaire et l’opposition ont vite été ramenées à un triste spectacle avec à chaque fois un pouvoir revigoré et narquois vis-à-vis d’opposants amers. Ce schéma est loin d’être une simple vue de l’esprit, puisque l’accord-cadre de Lomé, le dernier marché de dupes en a confirmé les différents aspects.

Il est clair que le chef de l’Etat et sa flopée d’éminences grise feront une fois de plus feu de tous bois pour rééditer le coup d’un dialogue tronqué avec au finish une inversion des rôles pour faire porter à l’opposition la responsabilité de l’enrayement du processus. Généralement, le facteur temps est la première arme utilisée dans le cadre de l’architecture stratégique du camp présidentiel. Occultant malicieusement la phase exécutoire de ses engagements, le camp présidentiel organise ce qu’on pourrait appeler un « bavardage distrayant » autour de questions subsidiaires, avec pour leitmotiv l’endormissement de la partie adverse et le pourrissement du débat. C’est à ce niveau que des « aboyeurs » comme l’actuel président du parlement Natchaba ou des amuseurs publics de tous genre entrent en scène pour jouer une partition qu’on connaît malheureusement à perfection : débats intellectualistes et stériles sur le sens de certains points des accords, refus total de collaborer à l’élaboration d’un calendrier précis sont quelques-unes des bottes des escrimeurs diligentés par Lomé 2.

Il est impératif de ne plus se laisser fourvoyer dans des combinaisons de ce genre et d’obliger la partie adverse à la concrétisation d’aspects précis de ses propres engagements. A ce sujet, les engagements du 14 avril dernier ont (encore une fois) l’inestimable avantage d’offrir les instruments d’une telle approche. Aller à l’essentiel (révision du code électoral, dissolution de l’Assemblée nationale, mise en place d’un nouveau code de la presse…) doit constituer le fil conducteur de la démarche de l’opposition. Un dialogue national d’envergure ne prendra tout son sens que dans la mesure où les partis politiques et les différentes organisations impliquées dans ce débat feront montre d’une vigilance permanente face à la tactique des metteurs en scène de la dictature.

Le contexte de la signature des récents engagements ainsi que certains comportements affichés par des personnalités réputées proches de l’opposition font également entrevoir un risque tout aussi important : l’opposition devra encore se battre contre elle-même et ses fantômes. Les discours ambigus et démobilisateurs de certaines formations politiques feront, une fois de plus, beaucoup de tort à la cohérence des propositions des opposants dans l’opinion publique. En termes de rapport de force, cette situation pose un sérieux problème et il est également important de se prémunir contre ce créneau d’instabilité en occasionnant dès maintenant un rapprochement viable entre les partis politiques qui savent ce qu’ils veulent, de manière à créer un axe fort et crédible du changement.

Le contournement des vrais enjeux (comme le CPS l’a montré) a également une bonne place dans la méthodologie du Général Eyadéma. Ce dernier a largement démontré que pour lui, les engagements n’ont de raison d’être que par rapport à sa capacité à les réorienter suivant son humeur et surtout par rapport à leur degré de dangerosité pour son règne. Il usera, par conséquent, de tous les artifices pour organiser « sa » propre transition avec la complicité des randonneurs auxquels il fait généralement appel dans la classe politique togolaise. C’est justement en ayant conscience de cela que l’opposition togolaise devra se défaire de certaines illusions et ne plus se complaire dans la naïveté de croire en son unité de conviction. En l’état actuel des choses, une colonne vertébrale solide, composée de formations politiques et d’associations de la société civile sérieuses, semble être la formule la plus appropriée pour aborder les prochaines discussions.

Il y a, de toute évidence, des facteurs qui permettent de valider des inquiétudes concernant la réelle volonté des actuels tenants du pouvoir à créer les conditions de l’alternance politique au Togo. C’est même une des remarques les plus courantes à la seule évocation de l’équipe d’Eyadéma. Mais, au-delà de ce qui est devenu un lieu commun, c’est l’attentisme et la vulnérabilité de l’opposition devant le même arsenal qui suscitera demain la perplexité de tous les observateurs de la vie politique togolaise.

L’exigence d’anticipation et le défi d’une meilleure organisation s’imposent avec d’autant plus de force que la lassitude semble gagner du terrain au sein d’une population très demandeuse de résultat. C’est pourquoi, il s’agit de réinventer sans tarder, le pôle populaire crédible et attractif au risque de végéter dans une condition de moribond sursitaire infligée par les rapaces qui gouvernent actuellement le pays.

La rédaction letogolais.com