27/06/2022

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Eyadéma: biographie non officielle !

CE QU’IL Y A DE TERRIBLE EN AFRIQUE C’EST LA MÉMOIRE. TOUT LE MONDE SAIT, TOUT LE MONDE SE SOUVIENT. MAIS L’AFRIQUE EST AUSSI LE CONTINENT DU SILENCE PARCE QUE CEUX QUI EN PARLENT NE SONT PAS CEUX QUI SAVENT… ET CEUX QUI SAVENT CHERCHENT VAINEMENT OÙ PARLER…

Etienne Gnassingbé Eyadéma est né vers 1936 à Pya-Bas, petit village du pays kabyè, situé a cinq kilomètres de la ville de Lama-Kara, dans le Nord du Togo. Il avait environ huit mois lorsque son père, de retour des « travaux forcés », décéda, à la suite d’une forte fièvre. A peine avait-il atteint l’âge de 4 ans que sa mère, pour se remarier, l’abandonna dans la maison familiale. Car, à l’époque, dans les coutumes kabyè, une femme ne pouvait pas intégrer le domicile d’un nouvel époux avec des enfants d’un précédent mariage. Etienne fut donc livré très tôt à lui-même, personne, dans la maison paternelle, ne s’était réellement occupé de lui.

Son plus grand problème était de manger. Victime d’un aspect des coutumes, Etienne allait trouver dans les pratiques de son milieu natal la solution de son principal souci. Il était en effet de règle dans la société kabyè que chaque épouse apporte à son mari un repas tous les soirs au moins. Ainsi, plus un homme avait de femmes, plus il avait à manger. Il y avait donc dans le village de Pya une maison tout indiquée pour trouver à manger en abondance: le domicile du chef de canton, Robert Assih. Ce dernier avait une cinquantaine d’épouses, et donc une cinquantaine de plats. Il ne pouvait guère manger qu’un seul. Le reste était distribué à sa nombreuse progéniture, qui partageait généreusement avec les enfants nécessiteux du village. Etienne était un des plus réguliers, et le chef finit par le remarquer.

Aussi, lorsqu’à la rentrée scolaire d’octobre 1943, la mission protestante de Pya demanda au chef de village de leur envoyer des enfants a scolariser, le chef désigna Etienne. Dans cette région du Togo, ils étaient encore peu nombreux, les notables qui avaient compris l’utilité de école. Les chefs y envoyaient de préférence les enfants de leurs adversaires, ceux des pauvres ou ceux qui étaient soupçonnés d’être des sorciers en puissance. Le chef Assih n’hésita donc pas à joindre au lot le jeune orphelin abandonné. Hélas, neuf ans après, Etienne en était encore à tripler le cours élémentaire première année. Il fut donc exclu de l’école en 1952, pour « fainéantise et voyoucratie ».

Le chéf Assih le fit alors entrer au Centre d’apprentissage de Farindé (dans la région de la Kara), où les jeunes de la région étaient formés à divers métiers artisanaux. Le centre, fondé par le pasteur Delors, était dirigé par un certain Kao Gabriel originaire de Pya, tous les apprentis étaient des pensionnaires. Ils étaient renvoyés dans leurs villages le samedi après-midi. Ils revenaient au cours le dimanche soir, avec des vivres pour la semaine. La formation était polyvalente: menuiserie, forge, cordonnerie, tissage, etc. Parallèlement, les apprentis faisaient de la culture maraîchère et de l’élevage. Les petits travaux domestiques étaient assurés à tour de rôle, par les pensionnaires.

DEJA UNE ATTIRANCE POUR LE SANG…
Un jour, à midi, alors qu’il était chargé de tenir éloignés d’un tas d’arachides mises à sécher, les poules, les chèvres et autres animaux élevés dans l’enceinte du centre, Etienne Gnassingbé Eyadéma commit un acte « remarquable », que ses anciens condisciples évoquent encore aujourd’hui avec le même frisson. Une chèvre au ventre ballonné tentait de s’approcher du tas d’arachides quand Etienne sauta sur elle, l’ éventra avec son coupe-coupe, lui retira du ventre deux petits qu’il étala devant ses petits camarades ahuris.

Des lors, le directeur du centre allait l’avoir à l’œil. Ainsi pourra-t-il s’apercevoir très vite que le jeune Gnassingbé était très coléreux, qu’il recourrait facilement à des scies, marteaux, coupe-coupe et autres outils de travail à la moindre dispute avec ses camarades. Et puisque les résultats de l’apprenti laissaient à désirer. Il fut exclu du centre, quelques six mois après y être entré.

De retour a Pya, Etienne s’installa à nouveau au domicile du chef Assih. Ce dernier finira. lui aussi, par se lasser du jeune garçon. A plusieurs reprises, il sera pris en flagrant délit d’ adultère avec des épouses du chef. Evidemment, M. Robert Assih était dans l’impossibilité de satisfaire régulièrement ses quelques cinquante femmes. Les plus délaissées, en manque, prenaient en leur protection les jeunes garçons de la « maison» et en faisaient des amants. Etienne était devenu client de plus d’une.

L’ARMEE: UNE PUNITION.
A partir de ce moment le chef Assih cherchera les moyens de «punir» Etienne Gnassingbé Eyadema. L’occasion lui sera offerte un jour de 1953, avec la visite à Pva du lieutenant Kléber Dadjo, premier officier togolais et ami du chef. Ce dernier lui demanda d’amener Etienne avec lui à Lomé, de l’enrôler dans l’armée, «pour le dresser ».

L’officier examina longtemps le jeune homme, puis confia à M. Assih qu’Etienne était boiteux et ne pouvait par conséquent pas être recruté dans l’armée. Le chef demanda au lieutenant de l’emmener quand même au nom de leur amitié. L’officier quitta donc Pya avec Etienne Gnassingbé Eyadéma qu’il gardera comme boy-cuisinier à son domicile du camp de la gendarmerie, à Lomé. Quelques mois plus tard, il lui fit subir une opération chirurgicale à la rotule qui permit de redresser légèrement la jambe malade. Etienne manifesta alors le désir d’entrer dans l’armée. C était en 1954. A Ouidah en République du Dahomey (actuel Bénin), l’armée française recrutait alors des «tirailleurs» pour l’Indochine. Le lieutenant Dadjo envoya Etienne avec une note de recommandation. Il sera effectivement enrôlé et envoyé en Indochine, puis en Algérie.
A la suite des accords d’Evian du 19 mars 1962, la France renvoya dans leurs pays d’origine les Africains qui avaient combattu sous le drapeau français. Etienne fut donc envoyé à Ouidah, où il servit quelques temps comme cuisinier avant d’être libéré, avec une indemnité de 300 000 F CFA(6000FF). Il n’avait pas fait le nombre d’années nécessaires pour prétendre à la pension de l’armée française.

IL VOULAIT UNE PLACE DE PLANTON.
Etienne se rendit à Lomé, dépensa une partie de son pécule à s’amuser. Puis, sur un conseil de son camarade Félix Bitho, il acheta un moulin à huile qu’il confia à un de ses parents à Pya. Mauvais investissement ! Dans la région de la Kara les femmes préféraient encore écraser sur des meules de pierre leur mil. Très vite, Etienne se retrouve sans le sou. Il vivait de plus en plus péniblement. A son âge, il ne pouvait plus décemment se mêler aux enfants pour profiter des restes de nourriture du chef. Tous les matins, il quittait sa petite case et se rendait à pied à Lama-Kara. Là, il faisait le tour de ses anciens compagnons d’Indochine et d’Algérie, qui le tenaient au courant des démarches faites par certains de leurs camarades, en vue de leur éventuelle réintégration dans l’armée togolaise. Il mangeait chez l’un à midi, prenait le repas du soir chez un autre, empruntait le vélo de son ami Jacques Banissa pour rentrer à Pya. Il remorquait un jeune élève qui rapportait ensuite le vélo à son propriétaire. Ses habits s’usaient sans qu’il pût les remplacer. Ses chaussures étaient éculées. Derrière lui, on riait discrètement. A bout de souffle, Etienne envoya une demande d’emploi au Ministère de la Fonction publique à Lomé. Il voulait un poste de planton.
Il attendait encore une réponse à sa demande lorsque, fin décembre 1962, il fut informé par ses amis de Lama- Kara que leurs camarades restés à Lomé préparaient quelque chose, qui résoudrait certainement leurs problèmes matériels. Il se tint au courant.

ABATTRE SYLVANUS OLYMPIO POUR 300 000 F CFA:
Le 12 janvier, il prit le train pour Lomé en compagnie de ses autres camarades de Lama-Kara. Dans le train, il causaient en kabrès, évoquaient le coup, échafaudaient des projets. Une femme était dans le même wagon qu’eux, qui suivait leur conversation. Elle en informera le ministre de l’Intérieur de Sylvanus Olympio, qui ne prendra aucune mesure pour empêcher le coup.

A leur arrivée à Lomé. Etienne et ses compagnons participèrent en fin d’après-midi à une réunion préparatoire avec leurs camarades de la capitale. Etienne fut désigné pour procéder à l’arrestation du président Sylvanus Olympio, tandis que le sergent Robert Adewi était chargé d’arrêter les ministres et les députes.

Longtemps après le coup d’Etat quand les relations entre Eyadéma et Adéwi se seront détériorées. le sergent (devenu commandant) Adewi affirmera à des amis qu’ après la réunion préparatoire. Etienne Eyadéma avait été pris à part par le commandant Maîtrier qui lui aurait demandé d’abattre Sylvanus Olympio, contre une récompense de 300 000 F CFA (6 000 FF). D’autres détails des événements précédant ou venant après l’assassinat allaient ajouter au lourd soupçon qui pèsera longtemps encore sur cet officier français dans ce qui demeure le premier (et peut-être le plus odieux) assassinat de chef d’Etat en Afrique Francophone.

K.K. in (BLACK, 05-06-85).