Source LETOGOLAIS.COM - 01/01/2004

2004 : an de grâce

Le crépuscule d’une année, au-delà du nécessaire bilan qu’il occasionne, est aussi le lieu d’une réflexion à engager sur le parcours qu’on est sur le point de boucler. Pour les Togolais, il s’agit d’une autre opportunité à saisir pour mettre en perspective le combat afin d’entrer résolument dans la modernité politique. Mais, un tel déplacement ne se fera pas avec la même propension à l’amateurisme et à la tergiversation. Les mots d’ordre d’union des énergies et de dynamisation des valeurs de l’opposition doivent cesser d’être de simples formules incantatoires pour retrouver toute leur importance dans la trame d’une stratégie absolument tournée vers la culture du résultat…Un résultat que le Togo attend cette année…an de grâce de paix.

L’année 2003 aura été, pour le Togo, riche en soubresauts : de l’enterrement de l’accord-cadre de Lomé à la monarchisation de la constitution en passant par les deux farces électorales, les occasions n’ont pas manqué pour alimenter le « spleen » togolais. Ce fut l’année d’une pénétration encore plus accentuée dans le labyrinthe de l’obscurantisme et l’occasion pour ses prédateurs d’affermir leur prise sur une population qui aura expérimenté les formes les plus abjectes de la torture.

Le dictateur Eyadéma et les siens fêteront une fois encore la nouvelle année dans le confort de leur certitude de base : celle de diriger ad vitam aeternam un pays qu’ils s’appliquent à violer quotidiennement. Marc Palanga et ses compagnons d’infortune croupissent toujours dans les geôles infamantes d’un système d’une férocité sans nom. Le peuple togolais devra, une fois de plus, intérioriser l’insoutenable colère de voir le 13 janvier, jour de deuil national, transformé en occasion de bamboula et de ripaille par la cohorte d’usurpateurs qui est la source de ses cauchemars depuis de si nombreuses années.

Au-delà de ces considérations peu réjouissantes, certaines questions fondamentales se posent aux togolais et plus précisément aux leaders politiques de l’opposition: quel est le sens politique de la léthargie actuelle de l’opposition ? Ce coma politique est-il synonyme de la démission d’une génération de responsables politiques dépités par la capacité de résistance de la pieuvre dictatoriale et des soutiens opportunistes dont elle bénéficie au Togo comme à l’étranger ?

2004 portera-t-il le même spectacle affligeant d’une opposition gangrenée par les virus de la division et du cafouillage ?

Depuis la comédie électorale du 1er juin, tout se passe comme si l’opposition avait sombré dans une sorte de somnolence morbide laissant ainsi la voie libre à un pouvoir illégitime qui continue d’user de la répression comme une arme de destruction massive. Les rares sorties des principaux leaders de l’opposition s’apparentent plus à des ballons d’essai qu’à de réelles options de sortie de crise. Les déclarations fusent de toutes parts avec cette lacune presque congénitale de demeurer lettre morte, comme si leur élaboration portait en même temps leur acte de décès.

L’opposition a certes des droits, mais le droit à la torpeur et le droit à l’échec n’en font pas partie…Car c’est le peuple togolais qui paye le prix de plus d’une décennie de tergiversation et de propension à se mettre mutuellement des peaux de bananes. C’est pourquoi il est impératif de réactiver la lutte pour désinfecter le Togo et le débarrasser de ce pouvoir qui n’a que trop duré. Certains pays africains ont pris le train de la modernité à une vitesse de croisière. Sans verser dans l’assimilation simpliste, ils avaient également de fortes personnalités dans leur classe politique. Cela ne les a pas empêchés, au moment où il le fallait, de tourner le dos à la chicane stérile et aux « polémiques de seconde zone ».

Face à de telles urgences, la priorité n’est-elle pas à la cohésion des forces dans le sens de la préparation du raz-de-marée qui emportera la dictature ? Quel que soit le degré des animosités entre les individualités qui composent l’opposition, le salut du Togo est l’impératif catégorique de référence. C’est de loin le plus important instrument de mesure de la valeur d’une cause pour laquelle on s’engage.

2003 a été, à bien des égards, l’année des occasions ratées et du crépuscule des illusions. Que 2004 soit celle du changement et du regain de volontarisme dans les rangs des acteurs du combat politique dans notre pays. Et surtout que la nouvelle année traduise concrètement une aspiration déjà exprimée à maintes occasions par les Togolais eux-mêmes : la paix.

Bonne et heureuse année 2004

Bonnes fêtes !

La rédaction letogolais.com

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