Source LETOGOLAIS.COM - 07/04/2004

Edem Kodjo dégaine son « glaive »…mais se fait rattraper par la politique

Il aura tout fait pour recentrer les débats autour de son roman ; la plupart des journalistes qui assistaient à la présentation du bouquin lui ont résolument fait porter la camisole de l’animal politique. « Au commencement était le glaive » (titre du roman), n’a finalement été que le paravent de la curiosité des gens de presse par rapport à la place du leader dans le microcosme politique togolais, à son parcours et surtout à ses options de sortie de crise pour son pays. Retour sur un exercice pathétique de reconversion des genres….

Par Franck EKON

L’ancien Premier ministre togolais (1994-1996) a, au moins, un flair infaillible sur les réactions des journalistes à son sujet. « j’espère, avertit-il à la fin de sa présentation introductive, que les questions qui me seront posées porteront sur le roman lui-même »…Une manière bien caractéristique du personnage, en permanence soucieux de mener les choses de bout en bout et de discipliner à l’avance ceux qui seraient tentés de « politiser » sa lune de miel avec le genre romanesque. Peine perdue ; l’occasion est trop belle et les journalistes présents au Centre d’accueil de la presse étrangère (CAPE) n’entendent pas laisser Kodjo le romancier prendre le pas sur l’homme politique. Il y aura donc, naturellement, un check-up de politesse destiné à caresser l’auteur dans le sens du poil et à le rassurer sur la solidité stylistique du bouquin, avant la déferlante sur son action politique.

Des remarques sur le parti pris méthodique du roman, ses connexions avec certaines occurrences anthropologiques et sociologiques africaines ont bien amusé la galerie par endroits, mais le centre d’intérêt des journalistes était ailleurs : « travailler au corps » celui qui aura consacré beaucoup plus de temps à l’engagement politique qu’à autre chose. Et les angles d’attaques ne manquent certainement pas pour « rabattre le gibier » : actualité politique africaine, parcours à la défunte Organisation de l’unité africaine (OUA), premiers vagissements de l’Union africaine sont, entre autres, les coups de semonce adressés à Edem Kodjo à la cérémonie de présentation d’ « au commencement était le glaive ». « Quelqu’un me posera-t-il enfin une question sur le roman lui-même ? », ne peut-il s’empêcher de remarquer sournoisement devant le consensus manifeste à envisager son baptême littéraire à travers les cadres étroits de l’imbroglio « togolo-togolais. »

Même l’inimitié entre les Hamouris et les Bamounas, considérée par l’auteur comme une simple catégorie de sa trame fictive fait monter les enchères de l’interprétation : ne serait-ce pas une restitution des incompatibilités supposées ou avérées entre deux grandes ethnies de son pays le Togo ? « Ces volcans mal éteints » et cette ivresse « génocidaire » dont parle Kodjo dans son roman n’aurait-ils pas quelque chose à voir avec une sorte de cri d’alarme destiné à conjurer des risques majeurs dans son propre pays ? Dénégations violentes de l’auteur, mises au point narquoises, esquives feutrées, rien n’y fit et le leader de la Convergence patriotique panafricaine (CPP) ne coupera pas à son bilan de santé politique.
On apprend pêle-mêle que le semi-retraité de la politique togolaise « n’a rien contre la reprise de la coopération de l’Union Européenne avec le Togo. » « Je suis même pour ! », assène-t-il en précisant que l’embargo de l’UE sur le Togo est une « affaire entre l’Europe et le gouvernement Togolais ».

L’occasion est toute trouvée pour distribuer quelques petites vannes à un certain radicalisme dans la classe politique togolaise. Interrogé sur les consultations à venir entre l’Union européenne et le gouvernement togolais, M. Kodjo dégaine : « il y a un proverbe chez nous qui dit que ce qui rentre dans les oreilles ne coupe pas la tête ; moi j’ai reçu la délégation des ACP qui était à Lomé dernièrement ! Certains ont décidé de ne pas le faire et c’est leur problème ; écouter les gens n’a jamais fait couper des têtes ». Une pique, on ne peut plus explicite, qui vise l’Union des forces de changement (UFC), la Convention démocratique des peuples africains(CDPA) et le Comité d’action pour le renouveau (CAR) qui ont refusé de rencontrer les délégués ACP en mars à Lomé. Eludant les questions plus pointues sur l’avenir politique du Togo ainsi que ses propres perspectives à court terme, le néo-romancier a, une fois de plus, étalé un savoir-faire qu’on lui connaissait déjà dans l’exercice périlleux de brouiller les pistes… « Même si j’ai annoncé mon retrait momentané de la scène politique, je n’en demeure pas moins membre de la société civile », lance-t-il, comme pour justifier qu’on l’entendra de plus en plus prochainement et pas nécessairement avec les mêmes oriflammes…

On aura, en définitive, peu parlé de l’armature spécifique d’ « au commencement était le glaive », de son allant littéraire ou même de la prétention de l’auteur à imprimer quelque innovation à un genre en pleine effervescence en Afrique. Après l’encyclopédisme des ouvrages comme « et demain l’Afrique », « l’occident, du déclin au défi », la démarcation par rapport au politique serait-elle interdite ? Edem Kodjo a sûrement pris toute la mesure de cette problématique désormais…

La rédaction letogolais.com


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[Le vrai faux-départ d’Edem Kodjo->http://www.letogolais.com/article.html?nid=1212]
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