Source LETOGOLAIS.COM - 01/09/2004

Togo-politique : Autres temps, autres mœurs…..

Le «dialogue» qui se déroule actuellement à Lomé entre pouvoir et opposition permet de mesurer (relativement, certes), non seulement un nouvel état des rapports de force, mais aussi le paradoxal immobilisme dans les attitudes des uns et des autres. Comme si chacun des protagonistes de cette crise politique s’était intemporellement retranché dans le terrier névrotique d’aspirations jamais assouvies.


Il y a quelque chose de pathétique dans ce dialogue politique togolais : les différents acteurs en présence font fi de la pédagogie de la prévention rendue nécessaire par les expériences infructueuses du passé. Tout se passe comme si la question togolaise sombrait définitivement dans les catégories de la redondance et du laisser-faire. Rien de plus parlant, en effet que ce paradoxe d’un dialogue où les gens ne se parlent pas, ce vacarme silencieux d’interlocuteurs qui se regardent en chien de faïence ou encore cette pénurie méthodologique qui est généralement le lot de ceux qui n’ont plus rien à se dire et qui pourtant égrènent journellement leur litanie. La tristesse vient, non pas de la nécessité de dialoguer en elle-même, mais plutôt de cette espèce d’obsession béate en un processus complètement plombé par une fatalité consubstantielle d’inefficacité ou d’échec.

La littérature surabondante sur la mauvaise foi du régime du général Eyadéma n’a plus rien de fédérateur : il semble même que ce soit un pré-requis indispensable à l’acquisition du statut d’opposant au Togo. Comment pourrait-il en être autrement avec un pouvoir hermétique à toute évolution sérieuse ou à toute réforme digne de ce nom ? Le fait est qu’aujourd’hui, à défaut de changer sur le fond et de se réconcilier avec les principes élémentaires de la modernité politique, Eyadéma et les siens ont au moins intégré un axiome essentiel de la pratique politique : garder la main sur le plan de l’initiative. La marge de manœuvre des dirigeants de l’opposition est, il est vrai, réduite voire inexistante. Mais on ne peut plus aujourd’hui, honnêtement « faire semblant » de découvrir la nature liberticide de ceux qui dirigent actuellement le Togo. De même, on ne peut plus feindre de se rendre compte après-coup, du caractère roublard d’un gouvernement pourtant lui-même demandeur de négociation.

Trêve de misérabilisme donc, puisque cela revient à faire de la compassion l’arme essentielle d’un combat au cours duquel l’adversaire, lui, fait usage d’armes non-conventionnelles. Au fond c’est d’adaptabilité et de renoncement à soi que l’opposition a le plus besoin de nos jours. Ne faut-il pas avoir la tête qui convient à l’époque en y incluant les vices et les vertus idoines ? Une équation réductible à une problématique récurrente dans l’histoire de l’opposition au Togo : harmonisation des stratégies face à la dictature. Ironie du sort, ce qu’on n’hésite pas à présenter comme la colonne vertébrale de la lutte devient comme par enchantement «un serpent de mer» dès qu’une perspective de discussions avec le pouvoir pointe à l’horizon. A partir de ce moment, n’y a-t-il pas comme une sorte d’inconstance à toujours se présenter à ces rendez-vous politiques dans les mêmes conditions ?

Les temps ont changé et le pouvoir togolais n’est plus le même (négativement, s’entend). La répression à grande échelle fut sa réponse à la levée de bouclier qui a accompagné les exactions des années 1990 ; la mystification de masse sera sa réaction face à l’humiliation évidente du maintien des sanctions internationales. La récente libération de centaines de détenus et l’adoption par le parlement d’un nouveau code de la presse apparaissent dès lors comme autant d’épisodes d’un new-deal stratégique. Le tout est de savoir que le pauvre militant de l’opposition et les militaires embastillés pour intelligence avec l’ennemi, eux croupissent toujours dans les «oubliettes» des camps disséminés ça et là dans le pays.

Une fois encore, le dialogue en lui-même n’a rien de vertueux, et comme la langue d’Esope, il peut être la meilleure et la pire des choses. Ce qui se passe actuellement à Lomé ne réunit malheureusement aucun des critères d’une vraie négociation. Il ne constitue tout au plus qu’une ignoble farce destinée à faire gagner au dictateur Eyadéma une de ses dernières batailles : la reprise de la coopération avec l’Union Européenne. Dans ces conditions l’opposition a tout intérêt à se débarrasser des atours figuratifs dont elle s’est laissée parer pour revêtir le seul vêtement qui aurait dû toujours être le sien : celui de la responsabilité et de l’action concertée et cohérente. Les mines déconfites, le ton désabusé et les crises d’hystérie à répétition paraissent aujourd’hui comme des postures «décalées» par rapport à l’enjeu. Les chantres du ralliement à la dictature auront beau plastronner, la partie est largement jouable, il suffit de REBONDIR….

La rédaction letogolais.com

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