Source RFI - 11/05/2002

GILCHRIST OLYMPIO sur Radio France International le 11 Mai 2002

Carine FRENK (RFI) : La réunion dite du dernier espoir qui s'est tenue à Paris autour des Facilitateurs a permis officiellement…de relancer le dialogue intertogolais, mais les blocages sont loin d'être levés, qu'est-ce que l'opposition propose ?

Gilchrist OLYMPIO : Nous avons demandé au gouvernement l'abrogation pure et simple du nouveau Code électoral, parce que le Code électoral que nous avions avant le nouveau Code que le gouvernement a fait voter par son parlement monocolore a été élaboré de façon consensuelle…en présence des facilitateurs européens et de la francophonie. Donc nous ne pouvions pas accepter ce genre de situation. Cependant, pour montrer notre bonne volonté et que les choses aillent de l'avant, nous avons accepté que le nombre de membres de la Commission électorale nationale indépendante(CENI) soit réduit de 20 à 10, et que le gouvernement prenne des engagements de ne plus changer quoi que ce soit de façon unilatérale jusqu'aux élections.

Carine FRENK (RFI) : Le pouvoir a une réponse : il ne peut abroger cette loi.

Gilchrist OLYMPIO : Et pourquoi ? Si nos institutions fonctionnaient normalement, si on avait un exécutif et un parlement qui fonctionnent normalement, on ne serait pas parti chercher des facilitateurs européens et de la francophonie. C'est parce que nous avons un cas d'exception au Togo.

Carine FRENK (RFI) : La mouvance présidentielle estime que dans ce nouveau texte rien n'est contraire à l'Accord-cadre de Lomé.

Gilchrist OLYMPIO : C'est contraire parce que un des signataires, le RPT de M. EYADEMA est parti tout seul changer le Code électoral, donc ils ont violé la lettre et l'esprit de l'Accord-cadre de Lomé.

Carine FRENK (RFI) : Le nouveau texte que vous dénoncez violemment exige des Candidats à la présidentielle un délai minimum de résidence sur le territoire togolais de 12 mois, ce qui vous écarte vous personnellement de la course à la présidentielle, c'est surtout cela j'imagine que vous n'acceptez pas.

Gilchrist OLYMPIO : C'est un des facteurs, mais je ne suis pas le seul dans ce cas. Mais vous savez, ce que nous demandons à M. EYADEMA, c'est la sécurité ! Si vous annoncez vos couleurs que vous voulez être candidat à l'élection présidentielle, et vous vous planquez à Lomé pendant 12 mois, il faut que M. EYADEMA vous offre des gilets pare-balles. Nous connaissons le régime.


Carine FRENK (RFI) : On est aussi en droit de se demander si l'opposition n'est pas responsable des blocages, est-ce que vous n'aviez pas votre propre calendrier, c'est-à-dire une présidentielle d'abord, et des législatives après, et donc ce qui se passe aujourd'hui vous arrange bien finalement.

Gilchrist OLYMPIO : Pas du tout ! Nous avions accepté comme solution à l'élection présidentielle frauduleuse de juin 1998, un partage de pouvoir qui pourra se faire par le biais des élections législatives. Nous l'avions accepté à contrecœur, mais devant la position de la mouvance présidentielle et certains membres de l'opposition et de la communauté internationale, nous avions accepté ceci. Et nous sommes prêts demain, si les conditions se réunissent, cela veut dire si M. EYADEMA abroge le nouveau Code électoral, nous sommes prêts à aller aux élections demain. Evidemment avec la présence des observateurs internationaux. Nous avons l'impression clairement que M. EYADEMA n'a pas l'intention d'organiser quoi que ce soit comme élection, que ce soit présidentielle ou législative. Il veut tout simplement rester au pouvoir.

Carine FRENK (RFI) : Ce dialogue intertogolais, est-ce qu'il ne se résume pas à un bras de fer plus personnel, une question d'homme entre vous, Gilchrist OLYMPIO et le Président EYADEMA ?

Gilchrist OLYMPIO : C'est la réaction de plusieurs observateurs, d'autant plus que le premier Président du Togo, Sylvanus OLYMPIO était mon père…et qu'il a été assassiné par un jeune sergent revenu des guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie, il est tout à fait clair de dire qu'il y a un duel personnel entre EYADEMA et moi. Mais je vous assure qu'un duel pour le faire de façon plus concrète, il y a des façons beaucoup plus faciles que d'organiser un parti politique comme je suis en train de le faire, et d'attendre 39 ans pour faire ce duel. Ce que nous demandons à M. EYADEMA aujourd'hui, c'est que le peuple pour une fois en 39 ans ait la voix au chapitre.

Carine FRENK (RFI) : Aujourd'hui, comment les choses vont se passer ?

Gilchrist OLYMPIO : Et bien, je crois que la facilitation dans sa forme actuelle est terminée. Parce que j'ai fait le tour des capitales européennes, Madrid, Londres, Bruxelles et Berlin, et bientôt le groupe de travail de l'Union européenne va se réunir, et le problème du Togo est à l'ordre du jour. Je ne peux préjuger en ce moment la décision des européens, mais je crois que certaines décisions seront prises. Pour nous autres partis politiques, nous n'acceptons pas que ceci soit la fin de notre lutte. Au contraire, nous allons accentuer la pression sur ce régime, les marches, les meetings populaires, les villes mortes, etc.…jusqu'à ce qu'on ait une consultation populaire réelle et équitable dans notre pays....

( Document Service de presse de l'UFC - www.ufc-togo.com)

Copyright LETOGOLAIS © 2002