Source RFI - 26/05/2005

La FIDH réclame une commission d’enquête

La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) dénonce la dégradation de la situation suite à l’élection présidentielle controversée du 24 avril dernier. Elle réclame l’envoi d’urgence d’une commission d’enquête internationale afin d’établir les faits et de fixer les responsabilités


C’est par une lettre ouverte, datée du 23 mai, au président de la Commission de l’Union africaine, Alpha Omar Konaré, au secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan et au Haut commissaire aux droits de l’Homme des Nations unies, Louise Arbour que la FIDH souligne sa préoccupation de la situation qui prévaut au Togo. Reprenant largement des faits avérés, Sidiki Kaba, le président de la FIDH montre la gravité de la situation qui nécessite un autre traitement de la part de la communauté internationale. En effet, contrairement à quelques dizaines de morts et de blessés annoncés par le pouvoir togolais, la FIDH insiste sur les massacres à grande échelle et ciblés de l’ordre de quelques centaines de victimes.

Selon des témoignages qu’elle a recueillis, les Forces armées togolaises et la gendarmerie nationale avec le concours de miliciens affiliés au rassemblement du peuple togolais (RPT), le parti au pouvoir, auraient participé à des exécutions sommaires. En dehors de la répression des manifestations de rue à Lomé, la FIDH fait souligne les chasses à l’homme perpétrées à l’intérieur du pays et dans certaines grandes agglomérations. «L’impossibilité d’accès aux morgues, la disparition de dossiers médicaux dans les hôpitaux et centres de santé, l’afflux persistant de réfugiés dans les pays limitrophes (Ghana et Bénin) sont révélateurs de l’existence d’une situation de répression particulièrement grave et récurrente», poursuit Sidiki Kaba dans sa lettre.

Le devoir de protection des populations civiles

La FIDH espère, cette fois-ci, être entendue, car depuis le décès le 5 février dernier du général président Gnassingbé Eyadéma, elle est à sa troisième lettre ouverte aux éminentes personnalités politiques sans oublier les multiples communiqués pour attirer l’attention sur le cas particulier du Togo. Le 7 février Sidiki Kaba avait cosigné avec Adoté Gandhi Akwei, président de la LTDH et Michel Tubiana, président de la Ligue des droits de l’Homme (France), une lettre ouverte au président de la République française, Jacques Chirac, dans laquelle ils exprimaient leur préoccupation après «le coup d’Etat militaire» qui installa le fils dans le fauteuil du père. Les signataires de la lettre demandaient à la France de «condamner fermement ce coup de force et d’user de son influence internationale afin que l’ordre constitutionnel soit rétabli».

Le 28 avril, quelques jours après l’élection présidentielle, Sidiki Kaba et Michel Tubiana ont signé une nouvelle lettre ouverte à Jacques Chirac dans laquelle ils appellent les autorités françaises à «condamner publiquement» la mascarade électorale au Togo. Après avoir souligné des faits flagrants de violation des droits de l’homme, intimidations, arrestations arbitraires, vol d’urnes par des militaires, coupures des lignes téléphoniques, interdiction d’émettre pour certaines radios et télévisions privées, la FIDH et la LDH ont déploré «la caution regrettable apportée à ce stade par la France à cette mascarade électorale et à sa faible réaction face aux violations en cours».

Dans sa lettre au président de la Commission de l’Union africaine, au secrétaire général de l’ONU et haut commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Sidiki Kaba rappelle également l’absence totale de crédibilité des «initiatives nationales» pour insister sur le rôle primordial de la FIDH, de la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH), des organes des Nations unies et de l’Union africaine dans la mise sur pied d’une commission d’enquête pour établir des faits et des responsabilités. En effet, les autorités togolaises ont accepté le principe d’une commission d’enquête mais qu’elles organiseraient elles-mêmes. «L’obligation de protéger» les populations civiles et de «prévenir l’aggravation de cette situation» est un devoir de la communauté internationale que rappelle le président de la FIDH.


Didier Samson
Article publié le 24/05/2005

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