Source LES AUTEURS - 20/12/2005

Togo: Lettre à Monsieur Faure Gnassingbé

Le 5 février 2005,vous avez été propulsé dans le fauteuil présidentiel par un quarteron de généraux et barons du système que votre père défunt avait mis en place. A cet égard, il nous paraît intéressant d’évoquer succinctement votre parcours.

Vous êtes certainement né en 1966 à Afagnan-Bletta, situé dans la préfecture des Lacs. Après l’école primaire, vous intégrez le Collège militaire de Tchitchao. A la demande de votre père, vous êtes inscrit en classe préparatoire en vue d’intégrer Saint-Cyr Coëtquidan. Cet objectif ne sera pas atteint, puisque vous êtes exclu pour insuffisances scolaires. Vous changez alors votre fusil d’épaule. Vous obtenez une licence en sciences économiques à l’université de Paris-Dauphine. Après c’est un trou noir d’où vous sortez exhibant un MBA de George Washington University dont l’authenticité suscite des controverses. Paradoxalement nanti d’un tel capital de connaissance, vous n’avez aucune référence professionnelle, sinon celle d'être aux yeux des Togolais un « technocrate » et un « gestionnaire » du patrimoine financier colossal de votre père.

Sous les couleurs du Rassemblement du peuple Togo, vous êtes « nommé » député, puis ministre des Travaux publics, des Mines et des Télécommunications dans le gouvernement de Koffi Sama en juillet 2003. Donc, Monsieur Faure Gnassingbé vous n’avez jamais exercé une activité professionnelle, soit en tant que fonctionnaire soit en tant qu’homme d’affaires, alors même que vos diplômes supposés vous auraient permis d’accéder à des fonctions de cadre dans des institutions financières internationales.

Non. Faure Gnassingbé a choisi une vie de dandy et de noceur avec l’argent facile teinté de la misère et du sang de ses concitoyens. Ce qui se traduit chez vous, à votre âge, par une progéniture nombreuse conçue en dehors de tout cadre familial, et par conséquent exclue de toute éducation correcte et harmonieuse.

Vous avez le droit d’avoir une ambition politique pour vous et pour votre pays comme tout citoyen togolais. Ce qui nous interpelle, c’est surtout votre conception de la chose politique d’une part et votre manière de parvenir au pouvoir d’autre part. Vous pensez que comme votre père que le pouvoir est au bout du fusil, que le pouvoir prend sa source dans la force, la violence et le sang. Depuis le 5 février, tous vos actes illustrent cette perception du pouvoir politique.

- un coup d’Etat constitutionnel : vous êtes unanimement condamné.
- une mascarade d’élection : avec pays en état de siège, violence extrême, meurtres monstrueux, exode massif de vos concitoyens.
Et Faure Gnassingbé se proclame « président de tous les Togolais » le plus naturellement du monde. Mais que pouvez-vous apporter, aujourd’hui, à votre pays exsangue après la saignée paternelle ? A notre humble avis, Monsieur Faure Gnassingbé, vous n’avez aucun moyen de mettre en œuvre une quelconque politique pour votre pays.

En effet, vous n’avez pas acquis le pouvoir par votre seule force qui vous permettrait d’être le seul maître à bord comme naguère le dictateur disparu.
Qu’allez-vous faire du quarteron d’officiers qui vous a porté au pouvoir ? Qu’allez-vous faire de votre frère consanguin, chef de la milice, qui exige sa part du butin ? Qu’allez-vous faire de ces milieux mafieux, gangrène de l’économie togolaise, qui vous ont apporté le soutien décisif ?

Monsieur Faure Gnassingbé, votre marge de manœuvre est réduite. Vos parrains françafricains qui auraient pu vous apporté leur soutien sont aujourd’hui dans un sale pétrin au point de raréfier leurs contacts avec vous. Vous quémandez la reconnaissance qui tarde à venir en courant le monde. Nous avons le sentiment que vous commencez à prendre conscience que le sol se dérobe sous vos pieds. Peut-être que vous recherchez sincèrement les voies et les moyens de sortir vous et votre pays du sable mouvant, mais vos extrémistes que vous connaissez bien ne vous le permettront pas. Car leur vie se trouve liée à votre pouvoir, et l’instinct de conservation les amène naturellement à considérer toute évolution comme une trahison et même un péril. Vous n’avez d’autres choix que de les amadouer en les décorant comme vous l’aviez fait le 23 septembre dernier. Et même vous êtes servilement contraint de vous déplacer pour « épingler » des plus hautes distinctions vos parrains externes pour service rendu.

Monsieur Faure Gnassingbé, votre marge de manœuvre est réduite. Vous espérez le dialogue comme une bouée de sauvetage. Mais malheureusement il n’en serait rien, car vous n’allez pas remettre en cause l’impunité érigée en mode de gestion politique et surtout en modus vivendi entre vous et le Clan.
Monsieur Faure Gnassingbé, votre marge de manœuvre est réduite. En dépit des fastes du pouvoir, il est certain que vous devez regretter cette vie de dandy, de jouisseur et de noceur qui était la vôtre sous papa.

Nous sommes cependant persuadés que malgré cette situation tragique et comique que vous vivez, vous saurez trouver en vous la force qui vous mettra sur le chemin de la lumière comme hier Dahuku Péré, Agbéyomé Kodjo et Akila Boko.


Bordeaux, le 18 décembre 2005

Waste Aregba, a.aregba@free.fr
Comi Toulabor, c.toulabor@wanadoo.fr

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