Source LE REGARD - 04/01/2006

Quels rapports entre le pouvoir togolais et l’opposition après 2005 ?

Avec le dialogue qui s’annonce, les acteurs politiques togolais s’éloignent sans doute de la logique de confrontation. Mais s’achemine t-on vers l’amélioration des rapports entre le pouvoir togolais et son opposition ?

Les tenants du pouvoir ont été agréablement surpris par la présence de Me Agboyibo et une forte délégation du CAR à la cérémonie de présentation des vœux de nouvel an au chef de l’Etat.

Il y a un an, une telle démarche n’était pas envisageable. Certes, il n’y a aucun mal à échanger des civilités avec son adversaire politique mais chez nous, la suspicion et l’intox ont contribué à éloigner les acteurs du pouvoir de ceux de l’opposition. Et tous préfèrent se dire bonjour loin d’une caméra de télévision et de tout regard indélicat évitant ainsi le qu’en-dira-t-on dans un pays où la méfiance entre les acteurs politiques est la chose la mieux partagée.

Au CAR, on a estimé qu’on ne saurait accepter de dialoguer avec Faure Gnassingbé et éviter de lui serrer la main. Est-elle donc révolue cette époque où la crédibilité d’un opposant passait par le rejet systématique de l’adversaire ?

De source proche de ce parti, on explique l’acte posé par Me Agboyibo par sa méthode qu’il a utilisé de 1987 à 1991. Au cours de cette période, il aurait travaillé en direction de la population qui constitue le terreau de la démocratie tout en œuvrant pour maintenir des rapports de confiance avec le Général Eyadéma pour l’amener à adhérer à la nécessité d’une réforme démocratique. Cette méthode a permis d’obtenir des résultats satisfaisants.

Mais tout se serait détérioré à partir de Mai 1991 où tout contact avec Eyadéma était interprété comme une haute trahison. On considérait donc qu’un vrai opposant ne devrait plus fréquenter le chef de l’Etat. Plus d’une décennie durant, le pouvoir et les principaux partis de l’opposition se sont observés en chiens de faïence.

Mais 14 ans après, on a remarqué au CAR que tous les partis politiques de l’opposition sont revenus à la méthode que préconisait Me Agboyibo. On réalise alors qu’on ne saurait capitaliser le soutien populaire en évitant d’établir la confiance avec ceux qui sont au pouvoir. La confrontation a fait place au dialogue.

L’occasion de la présentation des vœux au chef de l’Etat a été donc saisie pour ne pas indisposer le chef de l’Etat qui est l’interlocuteur N°1 et qui peut jouer un rôle déterminant dans le dialogue qui va commencer.

Me Agboyibo veut donc jouer le jeu du politiquement correct. En suivant la logique du Président national du CAR, on peut être tenté de jeter la pierre à ceux qui ont boycotté la cérémonie à laquelle ils avaient été invités–en particulier l’UFC dont le président a eu par deux fois à rencontrer et à discuter avec Faure Gnassingbé.

Mais si l’absence de l’UFC à cette cérémonie est incompréhensible dans la logique du CAR, elle peut par contre s’expliquer par deux raisons.

D’abord l’UFC peine à gérer un dialogue avec le RPT. Situation paradoxale, lorsque ce parti évite tout contact avec le RPT et son président, on trouve cela normal. Et manifestement, il y a des situations créées au niveau du pouvoir pour encourager cette méfiance. L’UFC qui est un parti de masse ne pourrait pas expliquer à ses milliers de sympathisants la logique par laquelle ses représentants iraient embrasser, sourire aux lèvres des membres du gouvernement comme Atsu Gilbert et Dosseh-Anyron, deux de ses transfuges utilisés par le pouvoir en place et qui multiplient des stratagèmes pour rallier les militants de l’UFC à leur cause en soutenant que l’acceptation du dialogue par ce parti avec le RPT signifie que Gilchrist Olympio justifie leur entrée au gouvernement.

La deuxième raison qui pousse l’UFC à se méfier du pouvoir en place réside dans la célébration du 13 janvier. Ce parti qui revendique l’héritage nationaliste du père de l’indépendance ne peut trouver des mots justes pour convaincre ses sympathisants du bien fondé de sa présence aux cérémonies de présentation de vœux à un pouvoir qui –même après la mort de celui qui a institué cette fête – veut célébrer le 13 janvier qui constitue un triste souvenir pour « Ablodé-viwo ». On a beau parlé du 13 janvier 1967, le choix de ce jour l’a été au regard du 13 janvier 1963, date de l’assassinat de Sylvanus Olympio. Pour un parti qui considère la célébration du 13 janvier comme une provocation, il est insupportable de se prêter à un jeu qui s’apparente à un blanc seing à ce qu’il condamne.

En définitive, s’il y a quelque pas visible vers l’apaisement et la décrispation. Beaucoup d’efforts restent à faire de part et d’autre pour instaurer un climat de confiance entre les acteurs politiques de ce pays.

L.R.

LE REGARD N°472 du 03/01/06


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