Source L'AUTEUR - 22/09/2006

Togo: l'humilité patriotique

Le chemin pour l’avènement de la démocratie au Togo a été et est parsemé d’obstacles aux conséquences pluridimensionnelles très graves.

De 1990 à ce jour, la terre de nos aïeux ne voit jamais la lueur du jour nouveau, c’est toujours une nuit noire. Ce n’est pas faute d’avoir essayé pour avoir cette lueur de ce jour tant attendu par un peuple avide de démocratie, de liberté, de justice et de paix. Les différents accords et dialogues inter-togolais sous l’hospice de grandes organisations, de grandes personnalités… en sont les preuves.

Au lendemain de la nomination de Maître Agboyibor à la primature suite à Ouaga III, faut-il croire à l’espoir de la lueur du jour? C’est trop tôt, ou c’est toujours la nuit qui sous l’effet de la lune, donne l’illusion du jour qui veut se lever? Loin de trouver une tentative de réponse à cette situation et à toutes les interrogations légitimes des Togolais en ce moment précis, il serait préférable et très patriotique de soutenir sans trop réfléchir, Maître Agboyibor dans sa mission.

Il est temps et grand temps que les Togolaises et Togolais qui aspirent à un vrai changement, mettent en veilleuse leur rage d’en découdre avec les tenants de la dictature, pour faire face à un combat intérieur de soi. L’heure de l’humilité patriotique a sonné et surtout pour ceux qui voient en Maître Agboyibor, un usurpateur du fauteuil du Premier Ministre. Tout observateur avisé de la scène politique togolaise sait que la mission qui est confiée à cet avocat est une mission délicate et suicidaire et qui peut le conduire à sa propre destruction politique, et partant de là, à l’anéantissement de sa formation politique, le CAR. Loin d’être une consécration pour ce vieux loup de la politique togolaise, cette nomination est un challenge pour redonner l’espoir au peuple togolais comme il a su le faire en compagnie d’autres leaders en 90.

Aujourd’hui, les dirigeants de l’UFC doivent faire énormément attention pour ne pas tomber dans un piège qu’ils se (créent) eux-mêmes. L’heure n’est pas au dénigrement d’un parti politique ou d’un leader politique, quand bien même les conditions sont réunies. Il est question du peuple togolais, et rien que de cela. Pourquoi les autres partis de l’opposition ont soutenu Akitani à la dernière élection présidentielle, et qu’aujourd’hui l’UFC se désolidarise du reste de l’opposition en boycottant déjà le futur gouvernement? Un analyste politique disait qu’on aurait mis un enfant de 6 ans de n’importe quel parti de l’opposition, il remporterait la victoire comme Akitani, puisqu’il avait derrière lui toute une opposition mobilisée pour la même cause. S’il est vrai que l’ambition du tout parti politique, c’est l’exercice du pouvoir, pour l’instant on parle de "transition". L’effet "sympathie de l’histoire" dont a bénéficié l’UFC dans les premières années de sa formation, s’est estompé et il faut combler ce vide, il y va de la crédibilité de cette formation qui a encore en son sein des gens capables de distinguer les intérêts du peuple togolais de ceux des individus. L’humilité politique fait grandir l’homme et l’humilité patriotique le consacre. L’histoire ne se répétera plus en notre faveur, mais il faut écrire soi même l’histoire en sa faveur.

Les acteurs de la vie politique togolaise doivent soutenir ce Premier Ministre qui a pour mission de donner corps et vie à l’esprit de Ouaga III, quand bien même cet accord global reste imparfait. C’est le moment pour toute l’opposition de devenir la sentinelle du peuple togolais en encourageant ce Premier Ministre et son gouvernement, tout en restant vigilante.

L’arrivée de Maître Agboyibor (ou de tout autre leader de la vraie opposition) à la primature dans l’environnement politique togolaise d’aujourd’hui, ne met en aucun cas fin à la souffrance du peuple togolais, et ne serait être une fin en soi dans la lutte pour la démocratie. Cependant, c’est une nouvelle forme de résistance et de baromètre de la capacité d’ouverture des dictateurs à un changement sous le règne des héritiers Eyadema. Et surtout, une autre forme pour oser redonner espoir à ce peuple togolais qui est le vrai perdant dans cette lutte. Le combat pour la démocratie continue et continuera.

Que Dieu bénisse le Togo!


Genève, le 21 septembre 2006
Eric Comlanvi Akoussan

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