Source AGORAVOX - 13/10/2007

Sarkozy et la françafrique : le défi togolais

par Esteban Manchego

Alors que Nicolas Sarkozy tarde à mettre en oeuvre la rupture tant vantée dans nos relations avec les pays africains, les prochaines élections législatives au Togo pourraient être l’occasion de soutenir une ouverture vers la démocratie dans ce pays longtemps dirigé d’une main de fer par le général Eyadéma avec l’appui de la France.


Le Togo, c’est ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, qui a subi une des plus longues dictatures de la Région, avec le soutien inconditionnel de la France, puisque le général Eyadéma est resté au pouvoir de 1967 à 2005, date de sa mort.
C’est ce pays, dont les téléspectateurs français ont vu, lors des dernières élections de 2005, des images de militaires emportant des urnes, pour "les mettre à l’abri" soi-disant.

C’est un pays, jadis surnommé la "Suisse de l’Afrique", et dont la situation s’est peu à peu dégradée dans les années 90, tombant littéralement en ruine alors que les pays voisins connaissaient des alternances politiques leurs permettant de bénéficier d’investissements importants de la part des bailleurs de fonds.

La France renverse Olympio et installe son homme de main


Tout a commencé en 1960, alors que le Togo, ancienne colonie allemande, passée sous tutelle française après la Première Guerre mondiale, accède à l’indépendance. Sylvanus Olympio devient son premier président. Il a fait ses études à la London School of Economics et a ensuite été cadre pour Unilever dans la sous-région. Jaloux de l’indépendance chèrement acquise de son pays, il cherchera à faire sortir le Togo de la zone franc ce qui ne plaira pas, on l’imagine, aux autorités françaises de l’époque.

Il est donc décidé de l’éliminer. Cela se fera par l’intermédiaire d’anciens militaires togolais ayant servi dans la Coloniale et démobilisés depuis l’indépendance de leur pays. Nombre d’entre eux ont fait l’Indochine et l’Algérie, notamment celui qui prendra la tête de l’Etat, le sergent Etienne Eyadéma. Foccart et ses hommes de main exploiteront l’erreur politique d’Olympio, qui avaient refusé de réintégrer ces soldats, autant parce qu’il estimait que les ressources du pays devaient d’abord servir au développement économique du pays que parce qu’il ne voulait pas de militaires fidèles à la France ayant lutté contre l’indépendance d’autres peuples colonisés.

Un commando, dont les actions sont directement coordonnées par l’ambassadeur de France, prend le contrôle des lieux-clés de la capitale le 13 janvier 1963 et assassine Olympio devant les grilles de l’ambassade des Etats-Unis, dans laquelle il s’était réfugié. Eyadéma se vantera plus tard auprès de journalistes américains d’avoir lui-même tué Olympio.

S’ensuit un intermède de quatre ans, pendant lesquels Eyadéma devient chef d’Etat-Major alors qu’un métis bon teint, Nicolas Grunitzky, est nommé président. Celui-ci ne tardera pas à montrer ses limites et le 13 janvier 1967, quatre ans après l’assassinat d’Olympio, Eyadéma s’installe au pouvoir pour ne le quitter qu’à sa mort, le 5 février 2005.

Ce long règne est marqué par la répression de toute opposition et un culte de la personnalité de plus en plus marqué, dont les méthodes s’inspirent du modèle nord-coréen (qui prêtera son assistance technique dans ce domaine). Cependant, du point de vue économique, dans un contexte de guerre froide où appuyer financièrement des dictateurs n’est pas un problème et grâce à des cours élevés des matières premières (dans les années 1970), l’argent coule à flot.

L’Echec de la démocratisation dans les années 1990

Après le discours de la Baule de François Mitterrand, conditionnant l’aide au développement à la démocratisation, le Togo entre dans une période d’incertitude. Des manifestations et des grèves poussent, comme dans les autres pays de la sous-région, le pouvoir à organiser une Conférence nationale, chargée de rédiger une nouvelle Constitution et de préparer des élections démocratiques. Un gouvernement de transition est nommé, mais celui-ci rencontrera sur son chemin une partie de l’armée, qui n’accepte pas les réformes en cours et souhaite le retour d’Eyadéma. Fin 1992, celle-ci prend d’assaut la résidence du Premier ministre, causant de nombreuses victimes, puis l’oblige à passer un accord avec Eyadéma, pour que celui-ci reste au pouvoir. S’ensuit une grève générale qui durera un an et qui causera la ruine d’une économie qui ne s’en est toujours pas relevée.

Notons ici, que si la tentative de démocratisation n’a pu aller jusqu’au bout, à l’inverse du Bénin voisin, l’opposition togolaise porte une part de responsabilité dans cet échec, du fait de ses querelles internes et en ayant cédé à ses représentants les plus extrémistes. Ceux-ci à peine installés au pouvoir lors de la Conférence souveraine parlaient ouvertement de l’éliminer alors que tout n’était pas joué. Il eût été plus sage de lui accorder l’immunité, comme cela a été le cas au Bénin, et d’effectuer une transition en douceur.

Depuis la reprise du pouvoir par Eyadéma, l’histoire récente du Togo est émaillée d’élections truquées et de répressions lorsque la population manifeste. En 1998, l’armée tirera sur la foule ce qui entraînera la suspension de la coopération entre le Togo et les principaux bailleurs. Seule la France, reprendra après une pause d’un an son aide au Togo.

Un nouveau départ ?

La mort d’Eyadéma en 2005 a donc suscité beaucoup d’espoirs, mais des craintes également. Après un imbroglio juridico-constitutionnel, au cours duquel l’armée avait illégalement placé au pouvoir le fils d’Eyadéma, Faure, celui-ci s’est retiré sous la pression internationale et des élections présidentielles ont été organisées. Malheureusement, celles-ci ont encore une fois été émaillées de fraudes et suivies, après l’annonce des résultats, d’une répression violente. Les estimations vont de 500 morts selon l’ONU à un peu moins de 1 000, selon les organisations togolaises de défense des droits de l’homme. De nombreux togolais se sont alors réfugiés dans les pays voisins.

Cette élection contestée de Faure Gnassingbe a donc sonné le glas des espoirs de beaucoup de Togolais. Cependant, on a pu remarquer un changement de style et une certaine amélioration dans la pratique du pouvoir. Cela s’est manifesté dans la signature d’un Accord politique global en août 2006 entre les principaux partis, qui a été suivi par la formation d’un gouvernement d’Union nationale, dirigé par un des opposants historiques à Eyadéma.

Une des missions principales de celui-ci est de mener le pays à des élections législatives, libres et transparentes, qui garantiront la reprise totale de la coopération avec l’Union européenne et avec les autres principaux bailleurs de fonds internationaux.

Souhaitons donc que celle-ci se passe le mieux possible et qu’en cas de fraudes la France ne s’illustre pas une fois de plus en soutenant un candidat rejeté par les urnes. Ce serait là une véritable rupture !


par Esteban Manchego


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[Nicolas Sarkozy critique la réaction de la France aux élections au Togo-> http://www.letogolais.com/article.html?nid=2112]

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