Source GRAD - 24/08/2008

GRAD: La nature reclame-t-elle un changement radical au Togo?

OUI, IL FAUT REPENSER L’EFFICACITE DES SERVICES PUBLICS

Le Gouvernement s’est enfin aperçu que nos routes ne sont pas entretenues. Le Fonds d’Entretien Routier (FER) en a fait les frais. Sans même avoir été invité à rendre compte de sa gestion, le FER est remplacé par le Fonds Routier (FR) qui va désormais s’appuyer sur d’autres institutions chargées de la maintenance. Pour en arriver là, il a fallu l’effondrement de nombreux ponts et des pertes en vies humaines. L’ampleur des dégâts de la catastrophe provoquée par les inondations est telle que la situation du Togo déjà politiquement éprouvé, s’apparente aujourd’hui, à celle des pays post conflit tels que le Libéria, la Sierra Léone, la Guinée Bissau, la Côte d’Ivoire etc.. L’impact sensible des dommages sur l’activité économique et sur la vie des citoyens est préjudiciable au développement du pays.

Tout se passe comme si la nature a fait son bilan partiel et sévère dont la lecture révèle que nos infrastructures connaissent des insuffisances dans leur conception, dans leur exécution, et, pourquoi pas, dans leur maintenance. A quand notre propre bilan ?

Mieux vaut tard que jamais

La population n’a jamais cessé de dénoncer l’état défectueux de nos infrastructures et plus particulièrement celui de nos voies de communication. Aujourd’hui les autorités commencent à l’entendre et, mieux, à l’écouter. Pourvu que cette voie de la raison perdure et amène le Gouvernement à prendre les décisions qui s’imposent. Dans cette perspective, les mesures annoncées par Conseil des Ministres, relativement à cette catastrophe, bien que tardives, seraient de bons augures si elles ne sont pas que cosmétiques. C’est pourquoi il convient d’aller plus loin, de partir des vraies causes pour rechercher et trouver des solutions appropriées. Car, de nombreuses questions se posent. En effet, si l’entretien des routes n’a pas eu lieu, qu’en est-il des fonds collectés à cette fin ? Sont-ils encore intacts et en place ? Sinon à quoi ont-ils servi ? Pourquoi a-t-on attendu si longtemps avant de s’en rendre compte ? Des éclairages s’imposent à ce sujet. En outre, quels ont été les obstacles à la maintenance ? S’agit-il seulement de contraintes techniques ou y a-t-il des défaillances organisationnelles ? Si oui, que faut-il pour les lever ? A quel niveau se situent les responsabilités ? Au regard de toutes ces interrogations, le GRAD estime que le Gouvernement ne devra pas s’arrêter aux simples mesures de replâtrage mais, procéder d’abord à un diagnostic rigoureux afin de mieux cerner l’organisation technique et la gestion financière qui ont caractérisé les infrastructures aujourd’hui défaillantes. Il va sans dire que l’audit incontournable du FER et la nécessaire procédure de liquidation en bonne et due forme du FER auraient dû précéder son remplacement mécanique par d’autres institutions. Mais, comme dit l’adage, il « vaut mieux tard que jamais ». Le problème est très sérieux pour nous faire prendre conscience de nos erreurs et nous amener à opérer les changements requis auxquels la nature même nous contraints. Apparemment, les gouvernants ne semblent pas prendre la mesure réelle des choses. Pour preuve, n’avons- nous pas été scandalisés, lorsqu’un Ministre en fonction nous apprend sur la TV.7 au cours de l’émission 7 sur 7 que l’audit du FER n’est pas essentiel et que le Gouvernement ne l’envisagerait qu’en cas de nécessité ? Naturellement, comme toujours, nous attendons que ce soient les partenaires en développement qui nous dictent des conditionnalités pour nous y plier. Et pourtant un audit décidé sans aucune contrainte de l’extérieur, traduirait à la fois le souci de la bonne gouvernance et la volonté de bien faire en cherchant à mettre un terme aux grandes causes des mauvais résultats économiques. Rappelons, par ailleurs, qu’un audit doit être un examen périodique pour se faire une idée des forces et des faiblesses d’un projet ou d’une opération en cours. De ce point de vue, il est fortement recommandé. Il en va de l’obligation de rendre compte qui n’autorise aucun agent de l’Etat à esquiver les doléances et mieux les exigences des administrés. Si l’administration avait procédé à temps à un audit, elle ne serait pas là aujourd’hui après tant de dégâts enregistrés, à se satisfaire de la clarification qu’elle vient d’obtenir des rôles et des missions de FR et du CAPER aux termes de la suppression du FER.

La marche inexorable vers le changement au Togo

C’est l’occasion, plus que jamais pour le Togo, de mettre fin à l’arbitraire et à la corruption et d’engager des reformes politiques et institutionnelles indispensables à l’efficacité des services publics. A cette fin, un programme d’assainissement s’impose en rendant opérationnels et plus dynamiques les services de vérification et de contrôle. Aussi serait-il plus sage de renforcer les mécanismes de surveillance et de sanction au lieu de poursuivre à jamais la politique de complaisance et de laisser-aller qui ne fera qu’empirer les choses. Il est tout de même étonnant que le Ministre de la Coopération, du Développement et de l’Aménagement du Territoire, en l’écoutant sur le plateau de la TV 7, avoue ne détenir aucune information sur le montant des fonds alloués au FER, et se refuse d’en savoir plus en écartant l’audit alors que, dans le même temps, il se déclare favorable à la transparence. Le GRAD a du mal à comprendre ces contradictions.

Les Togolais sont habitués à voir, à chaque remaniement ministériel, la balade très médiatisée des Ministres qui, selon leur propos, veulent d’abord recenser les problèmes de leur département respectif pour y apporter les correctifs nécessaires. Malheureusement, leurs ambitions s’arrêtent à ces tournées sans lendemain. Aucun changement n’est apporté. Les mêmes problèmes perdurent et même s’aggravent.

Le Gouvernement doit éviter d’être l’otage d’intérêts particuliers et agir pour le bien commun. Le GRAD l’exhorte donc à recourir rapidement à l’audit, à identifier les responsabilités à tous les niveaux et à s’inscrire définitivement et de façon impartiale dans la lutte contre l’impunité des crimes économiques. Le GRAD ne cessera de souligner qu’à cette fin, des reformes sont nécessaires. Il nous faut recentrer nos réflexions sur la qualité des institutions et sur la capacité d’action de l’Etat.

Quatre décennies d’efforts sont entrain de s’envoler. Le plus frustrant, c’est que l’énorme dette engendrée par toutes ces réalisations acquises avec des prêts de nos partenaires est loin d’être payée et constitue un fardeau pour le peuple togolais. En effet, son remboursement exige déjà des citoyens d’incessants sacrifices. Comme si cela ne suffisait pas, nous seront, de toute évidence, encore contraints aujourd’hui de recourir à d’autres prêts pour réparer ou refaire les ponts effondrés et réhabiliter nos routes et pistes. A moins que, dans un sursaut patriotique, nous décidions de compter sur nos propres forces et nos propres moyens pour accomplir l’énorme œuvre de reconstruction nationale qui nous attend. C’est pourquoi, dans cette perspective, il nous faut nous poser des questions sur la qualité de nos institutions et des hommes qui doivent les animer, chercher les mécanismes les plus favorables au bon fonctionnement de nos structures et recentrer nos efforts sur l’efficacité de l’action publique.


Soulignons, par ailleurs, que tout est mal conçu, mal fait et mal utilisé. Il faut donc améliorer le fonctionnement de nos institutions centrales pour renforcer leur capacité d’action. Les services administratifs sur lesquels ils doivent s’appuyer n’existent que de nom, sans moyens financiers et sans ressources nécessaires. S’agissant du personnel, les agents qui ont de l’expérience sont souvent remplacés à leurs postes par des moins avisés. Les nominations intempestives interviennent surtout pour favoriser des proches, des partisans et des sycophantes inconditionnels pour services rendus. On se préoccupe peu de la bonne gouvernance, et l’impunité aidant, on encourage la confusion entre biens publics et biens privés. Les motivations et les incitations se pervertissent dans cet environnement délétère. Plus grave c’est l’attribution des marchés à des entreprises dont les compétences sont douteuses. La complaisance, la corruption, la concussion, etc. sont de mise.

C’est pour toutes ces raisons que le GRAD invite le Gouvernement à revoir son appareil administratif et à retoucher à sa politique. Car, les moyens d’accroître la capacité d’action de l’Etat, c’est de faire respecter les règles établies et de mettre les garde-fous, en l’occurrence, les organes de surveillances véritablement opérationnels et de s’assurer de l’indépendance effective de la justice. Il faut garantir une concurrence dans la prestation des services et chercher à bénéficier des conseils consultatifs en partenariat. Rendre compte et procéder fréquemment à des enquêtes auprès des usagers est salutaire.

La bonne administration publique est la condition essentielle du développement. Une organisation ne vaut que ce que valent les hommes qui l’animent. L’Etat n’est efficace que si les conditions sont réunies pour des meilleurs rendements des services publics. Aussi, le système de recrutement des fonctionnaires et celui de leur promotion, doivent-ils se départir du régionalisme, du favoritisme et se fonder sur le mérite. Ces fonctionnaires compétents doivent avoir des rémunérations satisfaisantes.

GRAD Lomé le 13 août 2008

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