Source RFI - 09/03/2010

Réactions en cascade après la présidentielle au Togo

Par Frédéric Couteau

Chacun y va de son commentaire dans la presse du continent… Au Togo, les médias proches de l’opposition continuent de crier à la fraude et dénoncent l’interdiction de manifester.

Pour le tri-hebdomadaire Liberté, « la question qui se pose après ce énième hold-up est de savoir, si au Togo, il est encore nécessaire d’aller aux urnes pour voter, en vue de choisir un président de la République. » Dans le cadre actuel, non, répond Liberté. Liberté qui en appelle aux grandes puissances : « il est grand temps, que ceux qui sont des partenaires et amis du Togo (France, Allemagne, USA, Canada, etc…) réfléchissent en vue de trouver la stratégie appropriée pour contraindre les autorités togolaises à redonner à nos institutions la crédibilité qui leur est due dans le cadre de la promotion de la démocratie et de l’Etat de droit; et surtout, poursuit Liberté, veiller à ce que cesse cette aventure de mandat présidentiel illimité qui permet de retrouver ad vitam aeternam, les mêmes visages et les mêmes catégories de Togolais par le jeu du trucage électoral. »

(...)

Un climat social « lourd »…

Changement de ton avec L’Observateur au Burkina qui ne croit pas à la bonne tenue du scrutin : « l’issue de cette présidentielle est un non-événement, affirme-t-il, surtout avec un scrutin à un seul tour. Le Togo tout comme le Burkina Faso, le Cameroun, le Gabon, la Guinée Equatoriale, la Gambie, le Tchad et nous en oublions, sont des pays où les résultats du vote sont connus d’avance. (…) On savait donc que Faure serait réélu, poursuit le quotidien burkinabé, la seule inconnue restait la gestion du contentieux électoral. Les massacres de 2005, qui ont créé une situation presque insurrectionnelle, sont encore frais dans les esprits et on craignait un affrontement des deux camps. Si jusque-là on ne déplore pas de violence aveugle, constate L’Observateur, le climat social demeure cependant lourd ; car l’UFC, qui dénonce des fraudes massives, appelle les Togolais à manifester dans les rues. Il faut espérer que la contestation se déroule dans un esprit pacifiste, conclut le journal, pour éviter que le pays sombre dans le chaos. »

Position assez tranchée également pour le site d’information burkinabé Fasozine : « incontestablement, écrit-il, le Togo vient, une fois encore, de rater le virage d’une élection présidentielle apaisée dont les résultats ne souffrent d’aucune controverse. On n’a visiblement pas trouvé le remède au mal dont souffre ce pays depuis le vent de la démocratie des années 1990. Curieusement, poursuit Fasozine, le Togo se trouve être le seul où, depuis lors, les consultations électorales sont toujours sujettes à caution. C’est aussi le seul pays de l’Afrique de l’Ouest où le même régime est au pouvoir depuis 1963. » Et Fasozine de se demander si « ceci n’expliquerait-il pas cela ? »

La France prudente

Et puis pour l’instant, la France refuse de se prononcer sur la victoire de Faure Gnassingbé tant qu’elle n’aura pas pris connaissance des rapports définitifs des différentes missions d’observation. Le site d’opposition Togocity parle de « silence coupable (…). Cette attitude condamnable et regrettable de la France, affirme-t-il, peut conforter les autorités illégitimes togolaises dans l’interdiction et la répression des manifestations pacifiques de l’opposition démocratique. Elle pourrait justifier la radicalisation du régime RPT qui a interdit la manifestation pacifique de l’opposition de ce mardi 9 mars. »

Enfin, nous revenons au tri-hebdomadaire Liberté, qui, a contrario, se « félicite que la France ne se soit pas précipitée jusqu’ici pour adresser ses félicitations à Faure Gnassingbé, (…) contrairement à ce qui avait cours du temps de François Mitterrand et Jacques Chirac sous le Général Eyadema. Vivement, conclut Liberté, que le sort de ce pauvre petit rectangle de terre de l’Afrique de l’Ouest préoccupe plus que par le passé les autorités françaises. »

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