Source AFRISCOOP - 25/04/2010

Togo : A quoi vous sert votre foi quand vous êtes affamés par le RPT?

AfriSCOOP-25/04/2010- Avant la tenue de la présidentielle du 04 mars dernier au Togo, nombreux étaient les responsables des principales confessions religieuses dans ce pays (animisme, islam et christianisme) à monter au créneau pour convier leurs ouailles à la « culture de la non-violence et de la tolérance ». A cette même occasion, différentes cérémonies de prières ont été organisées ici et là. Cependant, depuis la mise au grand jour des fraudes contestables qui ont émaillé la présidentielle sus-citée, silence radio des croyants de tout acabit au Togo ! Maugréer dans son coin en refusant de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas est-il une bonne attitude de la part d’un croyant dans un Etat non démocratique ?

A l’image du Togo qui est un pays “particulier” dans la sous-région ouest-africaine et en Afrique, les croyants des diverses obédiences religieuses qui y vivent sont capables de tout, sauf de dire la Vérité telle qu’elle se présente dans leur pays natal. C’est à croire que les règles des différentes religions dont ils se revendiquent, perdent leur sens quand elles sont transposées sous les latitudes togolaises. Et surtout que la vertu la plus chère aux “irréductibles de la foi” en terre togolaise, c’est « la préservation de la paix ». Une belle disposition d’esprit a priori mais qui est dénuée de tout fondement quand l’on se rend compte que les adeptes de ces religions qui « veulent préserver la paix » ont “urgemment” faim. Et ceci, quotidiennement. L’origine du mal qui leur colle à la peau telle une sangsue est toute simple : ils ont été paupérisés par la gouvernance du Rpt (Rassemblement du peuple togolais, parti au pouvoir) !

Comment dans ce sens ne pas être choqué par le mutisme des dizaines “d’hommes de Dieu” du Togo devant l’incongruité selon laquelle leur pays est le seul dans lequel, depuis la dévaluation du fcfa en 1994, les salaires des fonctionnaires n’ont connu seulement qu’une hausse de 10% ? Se calfeutrer derrière un silence assourdissant au sujet de la présidentielle du 04 mars comme l’Eglise catholique du Togo le fait (malgré l’observation électorale qu’elle a organisée autour de ce scrutin) n’équivaut pas à décerner sans fards un blanc-seing à la culture de la loi de la force au Togo ? L’épiscopat togolais croit rendre service, de toute vraisemblance, à son Eglise et à ses fidèles en recommandant toujours et encore toujours « la prière » à ses ouailles pour tordre le coup aux flagrantes injustices sociales en terre togolaise. Que font donc les évêques togolais de l’importance du respect des commandements de Dieu et de l’Eglise catholique que son catéchisme s’échine à inculquer aux fidèles ? « Ora et labora » (« prier et travailler ») est l’un des enseignements fondamentaux de la parole divine dans la Bible.

Au Togo, les “hommes de Dieu” ne veulent enseigner à leurs fidèles que l’« ora ». Mgr Ntumi du Cameroun s’est-il fourvoyé quand il n’hésite pas à dénoncer les dérives dictatoriales du Rdpc (parti au pouvoir au Cameroun) ? Non ; son attitude réconforte plutôt un peu plus la foi des catholiques camerounais qui voient en Ntumi la voix des sans voix. Car « officium mea lex » (« servir est ma loi ») est le credo de l’engagement que prononcent tous les “hommes de Dieu” avant d’entrer en fonction !! Un credo que l’épiscopat togolais est loin d’avoir fait sien. Même le prêtre défroqué, Jean-Bertrand Aristides (ex président haïtien renversé) a pris fait et cause pour son peuple meurtri par la kyrielle de dictatures qui se succédaient à la tête de son pays, avant de retourner sa veste. Contre les opprimés d’hier.

Ces lignes ne constituent aucunement une tribune pour critiquer au vitriol l’Eglise catholique du Togo. Les catholiques se retrouvent au cœur de ce commentaire tout juste parce que c’est un de leurs éminents prélats qui pilote la Cvjr (Commission vérité-justice- et réconciliation) censée réconcilier les Togolais entre eux-mêmes en faisant la lumière sur les « crimes à caractère politique » commis au Togo depuis 1958. Une mission qui risque de se muer en une quadrature du cercle si l’épiscopat local conserve son actuelle lecture de la résolution des différends de tous ordres au Togo : « recours uniquement à la prière ». Il ne s’agit pas pour nous non plus, à travers ces lignes, d’inciter l’Eglise catholique du Togo à appeler ses adeptes à l’insubordination vis-à-vis de l’Etat, ou encore à la subversion. Il s’agit tout simplement de faire comprendre à l’Eglise de Rome du Togo qu’il est important qu’elle dise la Vérité telle qu’elle se présente dans le contexte socio-politique togolais !!!

Le développement du Togo a en effet aussi besoin des Mgr Ntumi ou des Dalaï Lama togolais dans toutes les confessions religieuses. Une remarque valable également pour les responsables des autres religions pratiquées en terre togolaise. Quand verra-t-on par exemple un imam dénoncer au Togo la corruption, le népotisme, le clientélisme, le favoritisme, l’ethnicisation qui rongent l’administration togolaise ? L’Umt (Union musulmane du Togo) doit ainsi cesser de s’afficher continuellement aux côtés des dirigeants togolais qui n’ont réellement jamais œuvré pour le développement de leur pays. Aucune sourate ne condamne la droiture d’esprit des fidèles musulmans ; plutôt, les fondements de l’islam appellent à dénoncer les injustices dans son entourage. Non pas comme le font les intégristes religieux, mais au moyen de la dénonciation verbale, et de l’engagement personnel à combattre ces vices contemporains. Une façon indirecte de donner des leçons aux prêtres vaudous locaux qui, dans leur majorité, ont vidé de sa quintessence l’animisme au Togo, en se soumettant jusqu’à l’os aux caciques du Rpt !!

En somme, être croyant dans un Etat non démocratique est un sacerdoce qui devrait booster la propension du croyant à être vertueux, et à militer activement à travers différentes actions pour la fin des écarts infâmes de niveau de vie entre ses contemporains. Se réfugier constamment derrière l’inaction et la prière est aussi une façon de commettre un grave péché contre les futures générations. Comme quoi, la ligne de démarcation entre les “hommes de Dieu” et les nervis de Satan peut parfois être très ténue.



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