Source LETOGOLAIS.COM - 02/07/2010

Togo : les togolais nombreux à suivre la grève défient les syndicats et le pouvoir

Pas un taxi ni de transports en commun, quelques rares motos-taxis et voitures circulent dans la capitale. Ce vendredi 2 juillet 2010, Lomé est au ralenti alors que l’Intersyndicale a retiré in-extrémis son mot de grève contre la hausse des prix. La population et les professionnels de la route ont suivi l’ATC qui a maintenu l’appel à la grève. Comme d’habitude, les syndicats togolais se sont rétractés, préférant faire allégeance au pouvoir RPT-AGO.

Pour protester contre la hausse abusive d’environ 15 % des prix des produits pétroliers, la plateforme signée le 25 juin entre l’Intersyndicale et l’Association Togolaise des consommateurs (ATC) avait lancé un mot d’ordre de grève de 24 heures sur le territoire. Il fallait riposter contre ce coup porté au pouvoir d’achat des togolais et faire reculer le gouvernement RPT-AGO sur cette décision injustifiée. Mais le lundi 28 juin, les responsables des syndicats ont privilégié un conciliabule avec le gouvernement qui a réactivé un fantomatique Conseil National de Dialogue Social, excluant de facto l’ATC, le véritable défenseur du panier des ménagères.

Mais, le jeudi 1er juillet à quelques heures de la grève générale, le Conseil National de Dialogue Social annonce un réajustement de la hausse des prix des produits pétroliers et propose une légère baisse de 20FCFA. Ainsi, le nouveau tarif du super sans plomb (au préalable fixé à 580F le litre), est ramené à 560 F/L, le pétrole domestique revient à 455 F/L et le gas-oil chute à 555 F/L. On est loin du compte pour les consommateurs ! Dans la foulée, le ministre du commerce Kokou Gozan, propose la mise en place d’une commission spéciale des prix des produits pétroliers au sein de laquelle devront se retrouver les représentants des organisations syndicales des travailleurs et du Conseil national du Patronat. « Elle aura pour attribution de proposer des réajustements automatiques des prix conformément au cours du baril et aux fluctuations du dollar, afin que les prix à la pompe reflètent la vérité des prix », précise Mathias Hlomador porte-parole de l’UGSL.

L’ATC a dénoncé cette décision qu’elle assimile à une trahison des patrons des syndicats. « Ce n’étaient pas les consignes de la plateforme, au départ on était solidaires pour réclamer les droits des consommateurs togolais », s’est alarmé Agouta Alladjou, président de l’ATC. Pour lui, les syndicalistes se sont faits piéger en choisissant de collaborer avec le gouvernement RPT-AGO. «Nous avons été surpris qu’au lieu de réitérer les vœux de la population qui souhaite qu’on retire la décision, les syndicalistes ont commencé par négocier une diminution des prix » a ajouté le président de l’ATC. Il alerte les défenseurs des droits de l’homme sur la pression que subissent leurs membres bénévoles: « nous sommes sous menaces et si quelque chose nous arrivait, les autorités togolaises seront responsables. Nous ne retirons pas notre mot de grève, on le maintient ».

Ce revirement des syndicalistes confirme, une fois encore, leur incapacité à défendre les intérêts des travailleurs. Depuis 1993, les menaces de grève des syndicats n’ont jamais abouti ; ils sont accusés d’être à la solde du pouvoir. Ephrem Mokli Tsikplonou de la CGCT qui qualifiait le gouvernement de « pachyderme » lors du lancement de la grève, a très vite retourné sa veste en prétextant avoir décelé dans les démarches du gouvernement RPT-AGO, un esprit d’ouverture. Mathias Hlomador de l’UGSL s’est réjoui de l’adoption d’une proposition de structure de réajustement des prix à la pompe.

Pour étouffer le mouvement, Solitoki Esso ministre de la fonction publique et Octave Nicoué Broohm, ministre du travail ont incité les travailleurs à se rendre au travail sous peine de répression. Ils estiment que les associations autres que les syndicats, ne sont pas habilitées à lancer un mouvement de grève. Mais, visiblement, cette menace n’a pas eu d’écho, puisque jusqu’à midi, plusieurs institutions d’Etat, comme la Poste de Bè-Kpota restaient fermées.

La population est sereine. « Nous ne sommes pas étonnés des revirements des syndicalistes », affirme un jeune revendeur de chaussures du quartier Bè. Il indique que les forces armées sont déployées, depuis cinq heures du matin. Un calme précaire plane sur la ville alors des policiers quadrillent les quartiers sensibles, certains regroupés aux carrefours et aux stations d’essence.

La rédaction letogolais.com

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