Source LEPOINT - 16/11/2010

Rama Yade, la fin d'une icône

"Je n'ai jamais voulu renier ni taire les idéaux auxquels je crois profondément", souligne Rama Yade après son éviction du gouvernement

L'aventure ministérielle de Rama Yade a pris fin ce week-end. Après trois années passées au gouvernement, l'ex-secrétaire d'État aux Sports n'a pas été reconduite dans la nouvelle équipe Fillon III. "Je ne regrette absolument rien. Les postes ministériels n'appartenant, comme je l'ai toujours dit, à personne, je quitte sans regret ce gouvernement, fière du travail accompli", assurait-elle, détachée, à l'annonce de son départ.

Entrée au gouvernement en juin 2007, Rama Yade a occupé successivement le poste de secrétaire d'État chargée des Droits de l'homme, puis des Sports. "Tu seras ma Condi Rice, je voudrais que tu m'accompagnes à l'Élysée", lui avait proposé Nicolas Sarkozy à la fin de la campagne présidentielle. C'est donc, aujourd'hui, une des figures de la diversité avec Fadela Amara qui quitte l'équipe Fillon. L'ex-secrétaire d'État a finalement déçu Nicolas Sarkozy. "Rama exaspère le président : elle n'a pas compris qu'en politique il faut jouer collectif. Après s'être aliéné Bernard Kouchner, elle s'est mis Roselyne Bachelot à dos. C'en est trop !" soulignait ce proche du chef de l'État dans les colonnes du Point début octobre. Et le chef de l'État n'aurait d'ailleurs pas été convaincu par son dernier ouvrage intitulé Lettre à la jeunesse. "Il n'y a rien dedans. C'est zéro", aurait-il estimé, selon le Journal du dimanche.

Impertinence

La conseillère régionale fait surtout les frais de son impertinence. Début novembre, alors que les spéculations battaient leur plein à quelques jours du remaniement, sa dernière sortie fracassante n'est pas passée inaperçue. "Moi, je pense que non seulement l'homme africain est entré dans l'histoire, mais qu'il a même été le premier à y entrer", lâche-t-elle au micro de RFI, prenant ainsi ses distances avec le discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Dakar en 2007. Et d'ajouter : "Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Que je saute sur la tribune et que je gifle le président ?" Forte tête, ce n'est pas la première fois que l'ex-benjamine du gouvernement âgée de 33 ans s'illustrait par son franc-parler. En 2009, elle n'hésitait pas à critiquer la candidature de Jean Sarkozy à l'Epad. Deux ans plus tôt, Rama Yade s'emportait alors que le président libyen Kadhafi était l'hôte de la France : "La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort."


À ses diatribes, il faut ajouter ses refus de se présenter aux élections européennes en 2009 et aux élections régionales dans le Val-d'Oise, préférant la liste des Hauts-de-Seine. Cette liberté de ton, Rama Yade l'assume. "J'ai toujours fait le choix délibéré de rester fidèle à mes valeurs humanistes et républicaines (...). Je n'ai jamais voulu renier ni taire les idéaux auxquels je crois profondément", souligne l'ancienne secrétaire d'État dans son communiqué. Et de lancer, en guise de promesse : "Je retrouve ma pleine et entière liberté de parole et d'action au service de mes nouveaux engagements." Reste à savoir lesquels.

Par Ségolène Gros de Larquier
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