Source PT - 25/07/2011

Togo: Tavio AMORIN a été assassiné le 23 juillet 1992

23 juillet 1992 - 23 juillet 2011

Justice pour Tavio AMORIN et toutes les victimes de la répression au Togo


[Les photos de Tavio Amorin à la conférence nationale souveraine->http://www.facebook.com/media/set/?set=a.303523166639.153331.303496801639&type=1]

Le 23 juillet 1992, vers 21 heures, Tavio Ayawo AMORIN, était victime d’un attentat, mitraillé à bout portant par un individu qui a vidé sur lui le chargeur d’un pistolet mitrailleur, dans une rue du quartier de Tokoin Gbonvié, à Lomé. Il était alors Premier secrétaire du Parti socialiste panafricain (PSP) ; membre fondateur du Mouvement patriotique du 5 octobre (MO5) ; Secrétaire général du COD II ; membre du Haut conseil de la République (HCR), organe transitoire issu de la Conférence nationale souveraine de juillet – août 1991 dont il était le président de la Commission politique et des droits de l’Homme ainsi que de la Commission spéciale chargée d’élaborer le nouveau projet de Constitution ; Secrétaire général du COD II.

Les auteurs de cet acte criminel avaient signé leur forfait en laissant sur place tout un arsenal de guerre qui, selon le communiqué publié le 24 juillet 1992 par le gouvernement, comprenait : « une carte professionnelle au nom de Karewé Kossi, né en 1967 à Pya, préfecture de la Kozah, gardien de paix en service à l’Ecole de Police en qualité de moniteur de sport, un pistolet mitrailleur de calibre 9mm (PM MAT 49 fabriqué par la Manufacture d’arme de Tulle, France, de modèle 1949 portant le n° B85502 avec des munitions dont une balle Réf. TEI 76F9 - ndlr), un revolver Smith and Wesson 357 magnum (de calibre 9mm avec ses munitions - ndlr), trois chargeurs de P.M., un chargeur de pistolet mitrailleur, des munitions, deux grenades, deux bouchons allumeurs et une paire de menottes. »

L’enquête permettra d’établir par la suite que d’autres personnes dont l’agent Boukpessi étaient présentes sur les lieux, faisant partie du commando envoyé pour abattre Tavio AMORIN qui, grièvement blessé ce 23 juillet 1992, fut transporté à l’unité de soins intensifs de l’Hôpital de Tokoin où les médecins s’acharnèrent pour tenter de le sauver. Devant l’aggravation de son état de santé, il fut évacué par un avion sanitaire spécialement affrété pour l’occasion, le 25 juillet 1992, dans un état critique, sur l’Hôpital St Antoine de Paris. Lors de son transfert de l’Hôpital de Tokoin à l’Aéroport international de Lomé Tokoin, l’ambulance le transportant tomba en panne du fait d’un sabotage. Lors du transfert de cette ambulance à une autre, un coup de couteau, vraisemblablement empoisonné, fut à nouveau porté par un inconnu à Tavio AMORIN, qui lui laissera une cicatrice sur le front, du côté droit.
Un tel acharnement à faire mourir Tavio AMORIN devait malheureusement lui faire rendre l’âme le 26 juillet 1992, à l’Hôpital St Antoine de Paris, au surlendemain de son arrivée mais son décès ne sera annoncé que le 29 juillet 1992. Né le 20 novembre 1958, il mourrait ainsi, à 33 ans, laissant une veuve et un fils qui n’avait alors qu’un an.

Depuis 1992, la plainte régulièrement déposée par la famille AMORIN auprès des tribunaux togolais est restée sans suite jusqu’à ce jour.


POURQUOI TAVIO AMORIN AVAIT-IL DONC ETE ASSASSINE ?

C’est le lieu de rappeler que, la veille de l’attentat dont il a été victime, Tavio animait sur Radio-Lomé une émission-débat de présentation à la population du nouveau projet de constitution élaboré par le HCR, émission.

Répondant à la question d’un auditeur au cours de cette émission, il s’était opposé, avec toute la fermeté qu’on lui connaissait, à ce que le président Etienne GNASSINGBE Eyadéma soit candidat aux élections présidentielles à venir en raison surtout de l’incompatibilité entre ses fonctions militaires et cette fonction politique découlant du Statut des Forces armées togolaises.
A ce propos, Tavio AMORIN avait notamment tenu à préciser ceci :
« Je veux vous dire deux observations. La première, c’est que la seule loi en vigueur selon les textes de ce pays et qui organise les forces armées, c’est la loi de juillet 1963, la seule. Celle-là dit clairement que « le militaire togolais est électeur mais non éligible ». Cela date depuis 1963 et jusqu’à la Constitution de 1980, rien n’a été changé.

Je veux dire que le chef de l’Etat lui-même a gouverné ce pays avec cette loi-là en sachant très bien que le militaire ne peut être éligible, ce n’est pas nous qui l’avons créée, cela existe bien avant et cela n’a pas été changé par le chef de l’Etat lui-même. Pourquoi aujourd’hui il voudrait faire croire que c’est nous qui innovons ? C’est quelque chose qui existe depuis. De plus, je voudrais préciser qu’il y a une loi qui a été promulguée pendant la Conférence nationale souveraine en août 1991 (…), cette loi-là dit clairement et porte statut fonctionnel des membres, du personnel de la Police. Eh bien, cette loi dit clairement que le personnel de la police est électeur mais ne saurait briguer une fonction élective. Je dis bien août 1991, promulguée par le chef de l’Etat, Mr Etienne Gnassingbé Eyadéma. Je crois que c’est assez clair. De plus cette loi va très loin, elle dit que le policier togolais ne saurait participer à une réunion politique en tenue de police. D’autre part, je voudrais terminer là-dessus. (…) L’article 34 (du projet de Code électoral – ndlr) dit : « Ne sont pas éligibles, les militaires de tout grade ou en activité de service, ainsi que les fonctionnaires auxquels leurs statuts particuliers enlèvent en droit l’éligibilité ».

Au surlendemain de cette émission survenait l’attentat qu’on ne peut que rattacher à cette émission qu’il avait animée : fallait-il éliminer Tavio pour qu’Eyadéma puisse se porter à nouveau candidat ?

En tout état de cause, l’évolution ultérieure des événements permet de conclure qu’il en était ainsi puisqu’au moment même où Tavio se débattait encore entre la vie et la mort, certains responsables de l’opposition togolaise se réunissaient, sous l’égide des représentants des grandes puissances au Togo, avec le Rassemblement du peuple togolais (RPT) pour un « dialogue » dénommé « Commission mixte paritaire » qui accouchera d’un accord politique qui fut un nouvel marché de dupes.
En violation flagrante, de toutes les textes législatifs et réglementaires évoqués dans l’émission du 22 juillet par Tavio AMORIN, cet accord décida de modifier, en toute illégalité, le projet de constitution élaboré par le HCR pour permettre à Eyadéma de se porter à nouveau candidat à l’élection présidentielle à venir.

Lors de la mascarade d’élection présidentielle du 25 août 1993, Etienne GNASSINGBE Eyadéma s’imposa à nouveau à la tête de l’Etat togolais en se faisant proclamer élu président de la République togolaise pour cinq nouvelles années qui enfoncèrent le Togo dans l’impasse.
S’étant ainsi auto reconduit à la tête du Togo, ce dictateur sanglant poursuivra pendant 12 années encore sa politique d’assassinats, de tortures, de pillage, de gabegie et de corruption qui ruineront et martyriseront le peuple togolais.

19 ans après les accords de la dite « Commission mixte paritaire », nous assistons, avec l’effondrement actuel de l’Accord politique global, à la démonstration éclatante de ce que les 12 accords politiques du même genre qu’il y a eu entre le RPT et les partis institutionnels de l’opposition démocratique, depuis le soulèvement populaire du 5 octobre 1990, loin d’apporter une quelconque solution à la crise togolaise, l’ont plutôt aggravée.


« NON, A L’IMPUNITE ! » : JUSTICE POUR TAVIO AMORIN ET TOUTES LES VICTIMES
DE LA REPRESSION SOUS LE REGNE DU CLAN DES GNASSINGBE


A l’occasion de cette commémoration de l'anniversaire de l’assassinat de Tavio AMORIN, alors que certains de ses assassins Karewè Kossi et Boukpessi sont connus, la plainte déposée par la famille AMORIN continue à rester sans suite jusqu’à ce jour auprès de la Justice togolaise qui, administre ainsi la preuve de son inféodation au pouvoir RPT.

Il faut constater que l’impunité qui couvre l’odieux assassinat de Tavio AMORIN s’est banalisée au Togo depuis que le 13 janvier 1963, feu Etienne GNASSINGBE Eyadéma s’était glorifié d’avoir assassiné Sylvanus OLYMPIO, le premier Président démocratiquement élu du Togo, le grand dirigeant nationaliste qui a conduit jusqu’à la victoire la lutte pour arracher au colonialisme français l’indépendance nationale du Togo, l’« Ablodé ! ».

Une tradition d’impunité s’est ainsi instaurée au Togo depuis cet assassinat qui a été suivi par bien d’autres comme ceux de Laurent DJAGBA, assassiné en détention 1970 ; de Homère Aka ADOTE, assassiné en détention en 1985 ; de Marc ATIDEPE, assassiné lors de l’attentat de Soudou, le 5 mai 1992, et d’autres démocrates lâchement assassinés tout au long des 40 ans de règne du clan des GNASSINGBE initié par Eyadéma. En se faisant monarchiquement succéder à la tête de l’Etat togolais, à sa disparition, par son fils Faure Essozimna GNASSINGBE, ce clan n’aura cessé de faire régner sur le Togo un régime de terreur marqué par la multiplication d’assassinats extrajudiciaires qui ont fait plus de 10 000 morts au Togo.


A l’occasion de la commémoration de cet assassinat, toutes les organisations, partis, syndicats et associations qui se réclament de la démocratie doivent exiger :

1°) la recherche et l’arrestation des auteurs et commanditaires de l’assassinat de Tavio Ayawo AMORIN ;
2°) leur jugement et châtiment conformément aux textes en vigueur ;
3°) la recherche et l’arrestation des auteurs et commanditaires de tous les assassinats politiques survenus au Togo depuis celui de Sylvanus OLYMPIO, le 13 janvier 1963 ;
4°) la fin de l’impunité au Togo.

[Les photos de Tavio Amorin à la conférence nationale souveraine->http://www.facebook.com/media/set/?set=a.303523166639.153331.303496801639&type=1]


Sources: Communiqué du Parti des Travailleurs du 21 juillet 2007

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