Source RFI - 03/11/2002

Gilchrist OLYMPIO par RFI (31/10/02)

Interview réalisée le 31 octobre 2002 par Christophe BOUABOUVIER de RFI.

C. Bouabouvier: Gilchrist OLYMPIO, bonjour
G.Olympio: Bonjour, M. Bouabouvier.

C. Bouabouvier: A l'issue de votre boycott de dimanche dernier, vous êtes à nouveau absent de l'Assemblée Nationale togolaise. Est-ce que vous n'allez pas finir par payer cette politique de la chaise vide?
G.Olympio: Non. Vous savez, le scrutin qui a eu lieu le dimanche dernier est finalement un non évènement. Personne ne reconnaît la validité de ces élections tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Togo. Nous nous demandons quel est le sens de ce scrutin boycotté non seulement par les principaux partis de l'opposition mais également par la société civile, y compris même les églises. Je crois comprendre que même le Département d'Etat américain a fait une déclaration exhortant Monsieur Eyadema à renouer le dialogue sans exclusive. Et je crois que le moment est venu pour M. Eyadema non seulement d'accepter le dialogue, mais surtout de prendre la décision ferme de quitter la scène politique, comme le demande notre Constitution, l'année prochaine.

C. Bouabouvier: Alors, justement l'année prochaine, il y a cette élection présidentielle au mois de juin. Est-ce que vous n'auriez pas eu intérêt à être à l'Assemblée dans les mois qui viennent pour surveiller la préparation de ce scrutin?
G.Olympio: Je crois que d'ici les élections présidentielles de l'année prochaine, il aura de grands changements au Togo. Je crois que ce Parlement ne va pas durer et je crois aussi fermement que le gouvernement qui sortira de ce Parlement ne va pas durer non plus.

C. Bouabouvier: Qu'est-ce qui peut convaincre le Président Eyadema d'opérer les changements que vous réclamez?
G.Olympio: Mais, il y a toutes sortes de forces à l'intérieur comme à l'extérieur, y compris même les forces de sécurité. Parce qu'il ne faut pas oublier que nous avons maintenant une armée de 14.000 hommes alors que quand M. Eyadema avait pris le pouvoir en 1963, il n'y avait que 500 hommes dans l'armée dont le plus gradé était un capitaine. Aujourd'hui, nous avons des sous-officiers, des officiers qui sont instruits. Il y en a même qui sont sortis de Grandes Ecoles militaires françaises, allemandes, américaines et qui, comme nous, commencent à voir ce qui se passe au Togo. Il y aussi la société civile, les syndicats, les travailleurs. Il y aussi la communauté internationale. Je crois que toutes ces forces conjuguées donneront un message clair à M. Eyadema que le moment est venu, il faut qu'il quitte la scène politique.

C. Bouabouvier: Jusqu'à présent Gnassingbé Eyadema a toujours promis qu'il ne modifierait pas la Constitution pour se représenter l'année prochaine. Est-ce que vous croyez qu'il tiendra sa promesse?
G.Olympio: Il l'a déjà modifiée dans son article 52 quand il a dissout le Parlement et je crois qu'il a l'intention de modifier la Constitution. Mais nous sommes plus dans cette logique de négociations avec Eyadema. Il parait qu'il faut carrément lui dire de partir.

C. Bouabouvier: Gilchrist Olympio, si les choses ne vont dans le sens que vous souhaitez. Si une commission électorale indépendante n'est pas créée, si Gnassingbé Eyadema se représente, qu'est-ce que vous feriez en juin prochain? Vous iriez à l'élection ou vous la boycotteriez?
G.Olympio: Mais, nous allons voir ce que ça va donner. Pour le moment, nous avons demandé à M. Eyadema d'abroger les trente et quelques amendements qu'il a apportés au Code Electoral que nous avions élaboré de façon consensuelle. Nous allons voir sa réaction. Mais on va voir ce que ça va donner.

C. Bouabouvier: Les excellentes relations entre Jacques Chirac et Gnassingbé Eyadema sont connues. Quand Jacques Chirac a été réélu cette année, est-ce que vous n'avez pas fait la grimace?
G.Olympio: Non, pas du tout. M. Chirac est le Président d'un grand pays européen, très respecté, qui a beaucoup d'influence. Je ne crois pas qu'en ces circonstances, M. Chirac soit très content de s'afficher très souvent avec M. Eyadema et son régime. Nous sommes en France. Nous essayons de discuter avec les autorités françaises et nous avons fait un petit bout de chemin. La France est un pays qui évolue. Il y a autour de M. Chirac des jeunes qui représentent l'avenir et je crois que c'est dans ce sens que nous devons travailler.

C. Bouabouvier: Pourquoi résidez-vous plus souvent à Paris que dans le passé? Est-ce que ce n'est pas justement pour vous rapprocher de Jacques Chirac, pour casser cette image de "Gilchrist Olympio trop proche des Anglo-Saxons" ?
G.Olympio: J'aime beaucoup ce mot "Anglo-Saxon" qui n'existe qu'en Français. Ceci étant dit, c'est vrai, ces derniers temps nous avons eu des contacts avec des gens proches du pouvoir français, parce que la France est notre partenaire principal.

C. Bouabouvier: Est-ce qu'il n'y a pas un paradoxe entre le Gnassingbé Eyadema que vous dénoncez à la tête du Togo et le Gnassingbé Eyadema à qui les Ivoiriens demandent de faire la médiation dans la crise actuelle en Cote d'Ivoire?
G.Olympio: Je ne sais pas si se sont les Ivoiriens. C'est la CEDEAO. Vous savez, les organisations africaines ne sont pas des clubs pour la promotion de la démocratie. Donc, je crois que les Ivoiriens n'ont vraiment pas eu de chance d'être tombés sur M. Eyadema. Moi, à leur place, j'aurais demandé qu'un homme de stature soit responsable pour contacter et l'opposition et le gouvernement en Cote d'Ivoire. Toutes les médiations que M. Eyadema a entreprises ont fini par un échec. Que se soit au Tchad, en Sierra Léone ou au Libéria, on n'a jamais eu de résultats positifs. On se demande si cette fois-ci, ça va aboutir. Il faut quelqu'un du gabarit de Nelson Mandela pour s'impliquer dans cette affaire et non M. Eyadema dont le pays est au bord de l'implosion.

C. Bouabouvier: C'était Gilchrist OLYMPIO au micro de Christophe BOUABOUVIER

Interview réalisée par Christophe BOUABOUVIER de Radio France International



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