Source AFRIK.COM - 12/01/2003

Olympio appelle à la révolte

Gilchrist Olympio sera lundi à Agoué au Bénin, près de la frontière togolaise, pour se recueillir sur la tombe de son père Sylvanus Olympio, le premier président du pays assassiné il y a 40 ans. Le leader de l'opposition togolaise en exil en France, qui appelle à l'insurrection contre Eyadéma, dit ne pas craindre pour sa vie. Interview exclusive de David Cadasse

12/01/03 : Le 13 janvier 1963 mourait Sylvanus Olympio, père de l'Indépendance du Togo et premier président élu du pays. Assassiné à la suite d'un coup d'Etat il y a 40 ans, qui amènera au pouvoir, quatre ans plus tard, l'actuel chef de l'Etat, le général Etienne Gnassingbé Eyadéma. Fils de Sylvanus, Gilchrist Oympio est aujourd'hui l'un des chefs de file de l'opposition togolaise. Exilé en France, il a échappé à de nombreuses tentatives d'assassinat. Il a décidé de se rendre à Agoué au Bénin (près de la frontière togolaise) pour se recueillir sur la tombe de son père. Une présence à hauts risques pour laquelle il se montre serein. Suite aux amendements de la Constitution apportés par le président Eyadéma la semaine dernière, il appelle les Togolais à la désobéissance civile.

Afrik : Vous vous rendez à Agoué, près de la frontière togolaise, pour le 40ème anniversaire de la mort de votre père. N'est ce pas un peu risqué ?
Gilchrist Olympio : Ce n'est pas au Togo mais au Bénin que je me rends. Je n'ai pas peur d'une tentative d'assassinat. Ce n'est pas une question géographique. Eyadéma peut le faire n'importe où. A Paris ou à Londres. J'ai d'ailleurs déjà été victime d'une tentative d'assassinat au Togo en 1992 -à l'issue de laquelle j'ai fait plusieurs mois d'hôpital- et d'autres à Paris, au Ghana ou encore en Côte d'Ivoire. Je vis depuis longtemps sous la menace de Eyadéma. Ce n'est pas une longue vie qui compte mais c'est sa qualité.

Afrik : Les déclarations que vous avez faites dernièrement en Inde à RFI sont un véritable appel à la révolte. Vous confirmez vos positions ?
Gilchrist Olympio : J'ai dit à tous ceux qui sont intéressés par le changement que tous les moyens légaux et institutionnels sont terminés. La solution réside désormais dans la confrontation et la désobéissance civile. La démocratisation passe par le départ de Eyadéma. Après, ce sont aux jeunes de décider. Ils ont toute la vie devant eux. Moi, j'ai 67 ans.

Afrik : On peut craindre que la commémoration de ce 40ème anniversaire soit le point de départ d'une révolte et marque votre retour physique au Togo ?
Gilchrist Olympio : Je vais à Agoué pour me recueillir sur la tombe de mon père. Ce n'est pas un meeting politique. Que ceux qui veulent faire de la politique retournent à Lomé. Notre siège (de l'Union des forces du changement, UFC, ndlr) est à Lomé pas à Cotonou. Et c'est là que j'irais si j'avais à faire une rentrée.

Afrik : Vous dites ne pas craindre pour votre vie en allant sur la tombe de votre père. Y a-t-il des chances pour que vous vous rendiez à Lomé ?
Gilchrist Olympio : Je n'en sais rien.

Afrik : Quel est votre sentiment sur les modifications de la Constitution qui permettent désormais au président Eyadéma de pouvoir se représenter aux élections de 2003 ?
Gilchrist Olympio : Cela n'a aucun sens. Il ne respecte pas les lois qu'il promulgue. Ça ne sert plus à rien de discuter avec lui.

Afrik : Il a pourtant promis qu'il ne se représenterait pas ?
Gilchrist Olympio : Vous êtes vraiment le seul à croire en la parole d'un homme pareil.

Afrik : Que pensez-vous des conditions d'éligibilité qui imposent aux candidats à la présidence au moins 12 mois de résidence au Togo ? Vous êtes directement visé.
Gilchrist Olympio : Tout ça ne veut rien dire. Il a amendé 33 articles de la Constitution. Il fait ce qu'il veut. Mais le moment venu, si nous gagnons, tous les articles seront enlevés.

Afrik : L'opposition togolaise ne semble pas très unie. Les partis d'opposition sont pourtant regroupés au sein d'une même entité : la Coalition des forces démocratiques.
Gilchrist Olympio : Nous avons créé la coalition dans des buts bien précis : la lutte contre l'amendement unilatéral de la Constitution, le respect des Accords de Lomé et la création d'une commission électorale indépendante. En dehors de ça, chacun est libre de faire ce qu'il veut. Il existe plusieurs sensibilités. Si certains partagent nos convictions tant mieux, mais nous (l'UFC) avons notre propre ligne.

Interview de David Cadasse
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