Source RFI - 20/06/2002

Lomé sous la menace d’une inondation

Les pluies diluviennes qui s'abattent depuis plus d'un mois sur le sud du Togo ont réussi à transformer la capitale, Lomé, en cité lacustre, empêchant pour la plupart l'accès à des quartiers et la circulation sur certaines rues. L'occasion a fait naître à Lomé un drôle d'emploi de «passeurs» sur les eaux stagnantes observées en peu partout.

Le sud du Togo, entré depuis deux mois dans la saison des pluies, a connu ces dernières semaines quelques pluies diluviennes qui ont entraîné dans la capitale Lomé pas mal de dégâts et créé des milliers de sans abris et des populations déplacées, victimes soit de l'écroulement de leurs maisons ou de l'inondation de leurs concessions. Les quartiers des bas-fonds, habituellement inondés en période de pluie, ont cette fois été surclassés par ceux de la banlieue nord. Plusieurs de ces quartiers, à l’instar de Nukafu, Tokoin-Gbadago, Agoènyivé, sont sous la menace réelle de l'inondation du fait du débordement des eaux de ruissellement entraîné par la fermeture des caniveaux.

De nombreuses rues sont devenues impraticables car couvertes d’eaux qui atteignent parfois une hauteur de 50 cm voire 1 m. A l’entrée de la Grande Poste, au cœur de la ville, l’étendue d’eau qui stagne donne l’image d’une véritable mare. Le marché central de Lomé, en bord de mer et le Grand marché de Hédzranawoé, dans la banlieue nord, ne sont pas non plus épargnés. «Nous ne savons plus où étaler nos marchandises», s’est plaint un commerçant du marché central dont le stand est entièrement envahi par l’eau. Au grand marché de Hédzranawoé, le désagrément est total pour les commerçants qui ont leurs stands à l’extérieur du bâtiment: sur près de 100 m sur 300 m, l’eau, atteignant une hauteur de 50 cm, occupe l’esplanade nord-ouest du bâtiment, chassent les revendeuses et les chauffeurs de taxis et empêche le passage par l’entrée principale. De loin, on a l’impression d’un lac, empêchant systématiquement toute activité commerciale autour du bâtiment principal. «Pour sortir de chez soi, une tenue appropriée de bataille s’impose pour affronter les eaux stagnantes qui transforment les rues et les artères en de véritables lacs», écrivait l’hebdomadaire Politicos dans son édition du lundi 17 juin 2002. Devant le spectacle d’envahissement des eaux, bon nombre de Loméens préfèrent souvent surseoir à des déplacements dès que la pluie s’annonce. C’est dans cette ambiance de désolation qu’est né un nouvel emploi: celui de charger les piétons sur une charrette ou un chariot pour traverser les zones inondées

La population mobilisée
Les pousse-pousse, qui ont toujours servi au Togo pour le transport des marchandises, semblent à présent faire plus de recettes en transportant des passagers. Le passage par personne est payé à 25 ou 50 francs Cfa. «Le prix est négocié par rapport à la hauteur de l'eau», lance Komi Akakpo, l'un de ces transporteurs occasionnels. Les pousseurs, le pied dans l’eau, semblent maîtriser parfaitement leur chemin en évitant les trous et autres obstacles sous l’eau. Au grand marché de Hédzranawoé, les pousse-pousse ont doublé leurs recettes quotidiennes en transportant, le matin comme le soir, en plus des marchandises, les revendeuses dont les stands sont dans le bâtiment. Au cours de la journée, ils tablent sur les clients venus faire des achats et sur les revendeuses qui doivent effectuer des courses hors du marché. Le seul désagrément pour ces jeunes, c’est qu’ils ont le pied dans l’eau plusieurs heures par jour. Hormis le fait qu’il amuse quelque peu, ce nouveau métier qui s’étend à toute la ville de Lomé traduit la mobilisation d’une population dépassée et incapable d’affronter les conséquences de ces pluies particulièrement rudes qui assiègent la ville.

Côté autorités, les sapeurs pompiers et l’armée ont été mis à contribution pour déployer des barques de sauvetage pour évacuer les populations sinistrées. Et pour chasser l'eau des maisons, il a fallu l'usage de motopompes. La plupart des eaux évacuées convergent vers les rues déjà inondées et rendaient ainsi difficile voire impossible la circulation. Dans la plupart des quartiers de Lomé, le système d'évacuation n'est pas performant. En plus du fait qu’il en existe très peu, surtout dans les banlieues nord, les canalisations sont défectueuses. Depuis près de dix ans, les services d'assainissement sont défaillants pour des raisons de manque de financement après la rupture de la coopération.

Les populations compliquent davantage la tâche en déversant de façon anarchique des ordures ménagères dans la rue. L'eau de ruissellement draine ces ordures qui vont boucher les rares caniveaux installés dans la ville. La situation est plus dramatique dans les quartiers Bè et Nyékonakpoè, dans la zone de bas-fond riveraine de la lagune de Lomé qui traverse la capitale. Ces quartiers sont sous la menace réelle de la lagune dans laquelle se jettent la plupart des caniveaux. L’eau de la lagune, sortie de sa berge, a commencé par inonder les maisons riveraines et quelques ponts qui la traversent.

La situation s’est aggravée par une panne de la station de pompage construite depuis 1975 et qui permet d'évacuer l'eau de la lagune dans la mer en cas de débordement. Il y a plus de vingt ans, selon les statistiques, que Lomé n'a plus connu cette intensité de pluie. Cette pluie, tant attendue après les cinq longs mois de saison sèche, inquiète sérieusement les Loméens qui ne sont pas encore au bout de leurs peines.

GUY MARIO
19/06/2002

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