Source LETOGOLAIS.COM - 12/12/2013

MANDELA la grâce de l’humilité incarnée, à imiter sans modération !

Par Antoine Bawa

Nul ne peut résister à la Mandelamania qui a saisi notre monde à la suite du départ, ce 5 décembre 2013, vers le rivage de l’éternité du plus grand des enfants des hommes de ce siècle. Et sans doute pour toujours ! Chanté ou pleuré par la communauté humaine, Nelson Mandela laisse à chacun de nous quelque chose d’ineffable, quelque chose de l’ordre du mystique. Déjà, certains le célèbrent comme un saint ! Et ils n’ont pas tort, même si lui-même considère qu’il ne l’est pas. Mandela ne disait-il pas qu’un « saint c’est un pécheur qui cherche à s’améliorer » !

Je veux moi aussi ajouter au concert unanime de louanges, ma petite note aux hommages à cet homme immense de densité et de complexité, qui a incarné entre autres, la grâce de l’humilité pendant ses 95 années de vie sur cette terre. Oui la grâce de l’humilité portée par Madiba restera sans doute pour les héritiers que nous sommes, la petite fleur incomparable versée au trésor immatériel de notre humanité qui ploie sous les fardeaux insensés d’une multitude de veaux d’or de notre temps.

En tête d’affiche de ces veaux d’or, arrivent les mirages du monde politique où les hommes au pouvoir ou non, sont majoritairement et profondément marqués du sceau de l’arrogance, particulièrement en Afrique où le pouvoir politique a fait perdre la tête à plus d’un. Tout le contraire de Nelson Mandela, lui qui a connu les auréoles du pouvoir et qui a su y résister et in fine renoncer au pouvoir après un seul mandat !

Libéré le 11 février 1990, Mandela est devenu le premier président de la République sud-africaine postapartheid, à la suite d’une élection démocratique organisée le 27 avril 1994. Cinq ans après en 1999, il passe le flambeau à Thabo Mbeki, alors qu’il avait encore la possibilité et les capacités d’assumer un second mandat. La constitution le permettait, l’ANC le voulait. Et le peuple du pays arc-en-ciel ne se serait nullement opposé à un second mandat de son fils d’exception. Pourtant, clairvoyant et en pleine possession de ses moyens, il déclarait un an après son élection qu’un « octogénaire n’avait pas à se mêler de politique » et qu’il ne se présenterait pas pour un second mandat. C’est ce qu’il a dit en 1995 et c’est ce qu’il a fait en 1999 !

En décidant de passer la main, Mandela a fait accomplir un pas de géant à l’Afrique dans l’histoire des élections démocratiques et dans l’histoire de l’alternance sereine au pouvoir. Mais un pas vite entaché par la suite sur le continent par une ribambelle de chefs d’Etat africains dont la voracité au pouvoir est sans pareil au monde. Ils trichent pour gagner les élections dites démocratiques et se font réélire sans vergogne ; des présidents à vie en somme ! Hormis quelques rares cas comptés sur les doigts d’une main !

Hasard de calendrier ou véritable prophétie à décrypter, le 6 décembre 2013, le jour-même où Nelson Mandela nous quittait physiquement, François Hollande, président de la République française, réunissait à Paris un sommet Afrique-France sur la paix et la sécurité en Afrique. 53 chefs d’Etat ou autres hauts responsables africains sont venus à Paris. Et la plupart se sont empressés de regagner Johannesburg où un « hommage planétaire », comme disent les journalistes, était rendu à Mandela, ce mardi 10 décembre 2013. Hypocrisie du politiquement correct ou expression d’un consensus historique autour de l’idéal incarné par Mandela, le doute subsiste quant aux motivations profondes de cette palette de dirigeants africains qui, pour la plupart, manifestent ostentatoirement leur hostilité à l’alternance au pouvoir et aux vrais changements dans leurs pays. A preuve, certains des dirigeants africains invités à l’Elysée, centre emblématique du pouvoir en France, étaient déjà dans cette fonction alors que Mandela était encore en prison. Symptomatique, non !

Alors, puissent les dirigeants africains, ceux d’aujourd’hui et ceux de demain, puissent-ils se souvenir de cette parenthèse consensuelle de l’histoire mondiale, lorsqu’ils ont à prendre la décision grave sur le renouvellement de leur mandat. Puissent-ils se souvenir qu’un démocrate véritablement épris de liberté peut sortir des sentiers battus et s’engager dans une voie contraire à celle qui mène droit au mur de l’autocratie et de la dictature. Qu’ils n’oublient jamais que ce n’est pas le pouvoir qui a fait la réputation impérissable de Mandela. En effet, les gens qui connaissent bien Mandela retiennent de l’homme d’abord son humilité sans fausse modestie, sa simplicité dans le quotidien, son respect de tout le monde, particulièrement des plus petits. Tout le contraire de l’arrogance affichée d’un très grand nombre de dirigeants, notamment africains et aussi de certains aspirants-dirigeants, hélas !

Concluant un article de Courrier international de juin-août 2010, qui retrace les grands moments de la vie de Nelson Mandela, André Brink, écrivain sud-africain et aussi combattant de la liberté écrit : « Nelson Mandela a réalisé l’impossible. A ses successeurs maintenant de réaliser le possible ».

Nous sommes tous successeurs de Mandela, patrimoine tangible de l’humanité. Tangible oui, car Mandela n’est ni un rêve, ni un prestidigitateur ! Aux hommes politiques qui cherchent une issue simple pour leurs pays, le possible s’appelle : le logement, la nourriture, l’emploi, l’éducation, la justice, la santé, les routes et, par-dessus tout, la liberté. Dans les palais totalement déconnectés des vies de misère et où l’ivresse du pouvoir mène aux turpitudes les plus inattendues, ce sont ces quêtes basiques mais permanentes des populations qu’on a l’impertinence d’oublier. Dans les trépidations et les fatuités des microcosmes politiques africains, qui font perdre la vraie mesure des choses, comme des vibrions, les politiciens oublient très vite ces quêtes essentielles. Normal, lorsqu’on peut s’offrir une garde-robe de plusieurs centaines de milliers d’euros dans un pays où des gens meurent de faim, de paludisme et d’autres fléaux guérissables.

Mandela est parti, mais Madiba ne peut pas mourir. Mandela a semé de bonnes graines dans chaque femme et homme de bonne volonté. Des graines qui ne demandent qu’à germer pour produire, à leur tour, des dizaines, des centaines, des millions de Madiba pour que notre monde soit un jour ce qu’il doit être : humain, simplement, avec humilité et sans modération !

Antoine Bawa, linguiste politologue
Paris, vendredi 13 décembre 2013

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