28/06/2022

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La CDPA-BT et l’engagement n° 1.4: Garantir à tous les partis politiques l’accès équitable aux média

(CDPA-BT, www.cdpa-bt.com, Lomé, Togo, 12 mai 2004)

La campagne engagée par le régime pour montrer qu’il est en train de mettre en œuvre les engagements de Bruxelles se poursuit. A l’instar de ses collègues de l’Intérieur, de la Justice et de la Promotion de la démocratie, le ministre de l’information et de la communication a réuni dans son cabinet les « directeurs et autres responsables des médias d’État » le 10 mai 2004.

Lors de cette rencontre, Pitang Tchalla a suivi le même scénario que ses trois prédécesseurs. Il a commencé par laisser entendre que l’accès aux média publics n’a jamais été interdit aux partis d’opposition. Le ministre a ensuite mis ses interlocuteurs en garde en invoquant insidieusement le spectre hideux de la « Radio des milles collines ». A la fin de la séance, les directeurs et les responsables concernés ont déclaré que « la rencontre avec le ministre les conforte dans la continuité de la tâche qu’ils accomplissent déjà, à savoir couvrir toutes les manifestations dont ils reçoivent les demandes ».

En laissant ainsi entendre que l’accès aux médias publics est déjà libre pour tous, il reste dans le vrai. Il n’y a en effet nulle part dans le pays un texte de loi interdisant aux membres de l’opposition d’écrire dans Togo-Presse ou d’aller dire à la Radio-Togo ou à la TVT ce qu’ils pensent et ce qu’ils veulent. C’est évident. Et il n’y a aucun texte qui interdit aux journalistes des médias publics de couvrir les manifestations des partis d’opposition.

Mais Pitang Tchalla sait très bien que dans les faits, les média publics ont été confisqués par le régime depuis 1967 au moins jusqu’aujourd’hui, à l’exception de la brève intermède de la « Transition » (1991-1993). Il sait qu’en dehors des périodes de campagne électorale, aucun leader de l’opposition ne peut aller s’exprimer à la radio ou à la télévision si ce n’est pour défendre des positions du régime (« Accords paritaires »). Et il sait qu’il a été le ministre qui a le plus verrouillé les média publics pour en exclure tout ce qui ne fait pas l’apologie du pouvoir en place. En laissant entendre que l’accès aux médias publics n’a jamais été interdit à l’opposition, le ministre sait que dans les faits il donne dans le mensonge. Et ce n’est pas très beau.

Il faut arrêter d’agiter à tout bout de champ le scénario mensonger qui consiste à proclamer que « nous faisons déjà ce qu’on nous demande de faire ; nous allons tenter de faire mieux ». Si la délégation gouvernementale ne s’était pas élevée à Bruxelles contre l’engagement 1.4, c’est parce qu’elle sait comme tout le monde que l’accès aux médias publics est dans les faits interdit aux responsables des partis d’opposition et à tous ceux qui sont susceptibles de porter la critique contre l’action gouvernementale.

Comme pour les engagements relatifs aux principes de la démocratie, aux droits de l’homme et à l’État de droit, il ne sert à rien, dans le cas de l’accès libre aux médias publics, de réunir des gens pour proclamer que « nous faisons déjà, mais nous allons faire mieux ». La question du droit à l’information et du devoir d’informer est très grave et demande donc qu’on ne la banalise pas dans une politique spectacle.

Le respect de l’engagement 1.4 impose au ministre de l’information de définir clairement les conditions dans lesquelles les partis d’opposition et tous ceux qui ont quelque chose à dire sur les problèmes actuels et à venir du pays peuvent accéder librement aux médias publics, sans faire l’objets de basses mesquineries ; et doit prendre les dispositions nécessaires pour traduire ces conditions dans les faits. L’engagement 1.4 lui impose de rendre possible dans les médias publics (Radio, TVT, Togo-Presse) de véritables débats d’idées et des débats politiques véritables sur les problèmes actuels et à venir du pays ; et il doit le faire, pas seulement dans le discours, mais dans les faits afin de mettre les Togolais en mesure de comprendre la situation politique actuelle et de suivre son évolution. Il faudra bien finir par admettre le principe d’une critique de l’action gouvernementale dans les médias publics et créer les conditions concrètes pouvant rendre cette critique possible.

Dans le cas de l’engagement 1.4 comme ailleurs, il faut créer des recours : si un responsable politique ou un citoyen ne parvient pas à accéder aux médias publics dans les conditions définies pour exprimer ses opinions politiques, à qui doit-il aller se plaindre? Et dans quelles conditions? Et si quelqu’un met des entraves au libre accès d’un citoyen aux médias publics, que doit-on lui faire? A travers l’engagement 1.4, c’est en fin de compte toute la politique d’information et de communication qu’il faut redéfinir, à partir de la redéfinition de la mission des organes publics d’information dans la société. Togo-Presse, Radio Togo, TVT ne sauraient continuer d’être de simples instruments de propagande politique du pouvoir en place, des outils de désinformation et de manipulation des consciences, des lieux du culte de la personnalité. Comme on le voit, l’engagement 1.4 est bien plus important qu’on ne le prend. Et son application implique des dispositions importantes qu’il faut définir et appliquer. Il ne concerne donc pas exclusivement le ministre de l’Information, ni les directeurs et autres responsables des médias publics. Il concerne tous les Togolais. On ne peut pas traiter cet engagement en vase clos. Comme les autres problèmes politiques de l’heure, il doit faire l’objet d’un débat politique le plus large possible. La rencontre du ministre avec les responsables des médias d’État ressemble plus à un effet d’annonce qu’à une réelle volonté de changer les pratiques en matière d’utilisation des moyens publics d’information et de communication.

Fait à Lomé, le 12 mai 2004
Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
Prof. Emmanuel Gu Konu

Convention Démocratique des Peuples Africains – Branche Togolaise (CDPA-BT)
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