28/09/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

La CDPA propose: 1° la fin de l’impunité, 2° le dialogue, 3° les législatives, 4° la réconciliation

Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA)
2, rue des Cheminots, BP 8634, Lomé, TOGO ; Tél/Fax 221 717

DECLARATION DE LA CDPA RELATIVE A LA SITUATION AU TOGO

Impunité, dialogue, élection, réconciliation… ?

Le premier terme, c’est d’abord l’arrêt de l’impunité.
La Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA),
après avoir analysé la situation de crise que traverse notre pays,
étudié le récent rapport de la commission des Nations Unies dépêchée au Togo pour faire la lumière sur les graves événements qui ont eu lieu au Togo avant, pendant et après le 24 avril 2005 et observé les initiatives actuellement en cours au Togo pour organiser un dialogue national avec le soutien de la communauté internationale, est parvenue aux conclusions suivantes.

De la Réconciliation nationale jamais réalisée

En prenant le pouvoir en avril 1967 à la suite d’un coup d’Etat, le futur Général Eyadema s’était fixé comme objectif et justification la réalisation de la réconciliation nationale après ‘’les déchirements occasionnés par la lutte pour l’indépendance’’. Le régime Eyadema s’est fondé sur la réalisation de cet objectif pour imposer, pendant des décennies, un régime de privation des libertés d’expression et d’association qui continue de perdurer en dépit de sa disparition. Force est de constater qu’après 38 ans d’un règne sans partage, le Togo est loin d’être réconcilié avec lui-même.

Aujourd’hui on peut se rendre compte que les mêmes situations qui ont justifié sa prise de pouvoir et l’instauration d’une dictature dans notre pays continuent et s’empirent, à savoir divisions et clivages ethniques, arrestations arbitraires. A ces actes sont venus s’ajouter les disparitions, les assassinats, transformant notre pays en un Etat de non droit.

Depuis son instauration, le régime est resté sourd aux cris de détresse des Togolais et les dénonciations des organisations de défense des droits de l’homme n’ont jamais été suivies d’effet. Au contraire, les auteurs des violations de droits humains continuent de jouir d’une impunité totale et certains groupes d’individus coupables ou complices de ces actes tirent leurs privilèges et des avantages de la situation ainsi créée. Mieux, ils redoutent toute évolution positive qui pourrait faire progresser le pays dans la voie de la démocratisation et de la réconciliation.

Du dialogue national, éternel recommencement sans résultats

A partir d’octobre 1990, date du début du processus de démocratisation de notre pays, processus marqué par la contestation, la violence, les coups de forces, les disparitions et les assassinats, les initiatives visant à aider les Togolais à se retrouver et à dialoguer n’ont pas manqué. On peut citer :

-la commission des 109 en novembre 1990,
-les dialogues du FAR de février à avril 1991,
-la Commission préparatoire de la Conférence Nationale en mai-juin 1991,
-la Conférence Nationale, en juillet-aout 1991,
-la Commission mixte paritaire en juin-juillet 1992,
-la Conférence de Colmar en février 1993,
-les Négociations de Ouaga de mars à juillet 1993,
-les Conférences de Paris et de Lomé sanctionnées par l’Accord Cadre de Lomé en juillet 1999,
-les travaux du Comité Paritaire de Suivi de l’Accord Cadre de Lomé de 1999 à 2001,
-les rencontres organisées autour des 22 engagements pris par le gouvernement de Mr Koffi SAMA à Bruxelles en Avril 2004.

Ces occasions initiées pour régler la crise togolaise n’ont jamais connu de succès. Chaque fois que la classe politique ou les forces vives de la nation se retrouvent pour dialoguer, des groupes agissant dans l’ombre se donnent un malin plaisir à saboter ou à remettre en cause les résultats obtenus en organisant et en commettant, à visage découvert, des actes de violences ou des assassinats.

L’on a encore en mémoire les brutalités consécutives à la période de la Conférence Nationale Souveraine : l’attaque de la primature en décembre 1991, l’attentat de Soudou en mai 1992, l’assassinat de Tavio AMORIN en juillet 1992, la séquestration et les violences sur les membres du HCR en octobre 1992, les massacres de Fréau Jardin en janvier 1993, l’agression suivi quelques mois plus tard du décès Léopold AYIVI en février 1993, la destruction des biens et des domiciles des leaders et militants de l’opposition, etc.

Des élections sur fond de violences et d’assassinats

Les élections, avec la participation de l’opposition, au Togo sont systématiquement entachées de fraudes massives donnant lieu à des hold-up électoraux et suivis de violences et de crimes de sang. Ce qui fait croire à la population togolaise que les élections sont l’occasion d’un rituel où les vies sont sacrifiées pour pérenniser le système en place.

On peut citer pour mémoire :
-les assassinats d’une quarantaine de personnes à Agbandi lors des élections présidentielles de 1993

-l’enlèvement à Agoènyivé, de David BRUCE, conseiller auprès du Président du Haut Conseil de la République (HCR), alors parlement de la transition.

-l’assassinat de Gaston EDEH retrouvé carbonisé dans sa voiture non loin de la résidence du Chef de l’Etat en 1994 peu après son élection comme député,

Les actes de violences, les tueries et les disparitions qui ont suivi les élections présidentielles de 1998 et de 2003, à l’intérieur du pays comme à Lomé

Les assassinats massifs de plusieurs centaines de Togolais consécutifs aux élections présidentielles d’avril 2005 dont les victimes sont chiffrées selon la commission d’enquête de l’ONU à environ cinq cents morts et disparus.

Nonobstant les dénonciations et la mobilisation de la communauté internationale et nationale par le biais des organismes de protection et de défense des droits humains pour appeler à des missions d’enquête sur les actes criminels qui ont lieu à chaque élection avec enjeu au Togo, très peu d’efforts ont été faits. Si bien que les auteurs de ces crimes sont toujours laissés au dessus des lois.

Les exacerbations créées par les violations de droits de l’homme non sanctionnées induisent des évènements malheureux et déplorables comme ceux de :

Bodjé dans le Kpélé, en avril 1991, (affrontements entre populations autochtone éwé et allogènes venus du nord, le bilan est de ‘’200 morts, des blessés graves et plus de 200.000 déplacés’’) ;

Sotouboua en mai 1992 (affrontements entre kabyè et kotokoli suite à un différent foncier, le bilan est de 60 morts, 200 blessés essentiellement par balles, des maisons brûlées) ;

etc.

Comme on peut le constater chaque fois que des élections avec enjeu sont organisées au Togo, des assassinats et des disparitions sont organisés pour enlever à celles-ci tout leur sens et empêcher ainsi toute possibilité d’alternance au pouvoir.

Fort de cela, quel sens peut avoir l’organisation d’élections au Togo si ceux qui organisent ces assassinats, ces disparitions et ces violences continuent de bénéficier de l’impunité la plus totale et peuvent à tout moment rééditer les actes posés ?

La commission de l’ONU envoyée au Togo pour faire la lumière sur la situation qui a prévalu avant pendant et après le 24 avril 2005 a mis l’accent sur la gestion ethnique et clanique du pouvoir, a pu faire le constat de l’utilisation de la violence comme moyen de gestion et de conservation du pouvoir au Togo. Mieux, elle peut identifier, les forces de sécurité (armée, police et gendarmerie) comme responsables des actes de violences, d’assassinats et de disparitions enregistrés au Togo.

Ce faisant, il serait aujourd’hui impossible de sortir le Togo de la crise si les mesures ne sont pas prises pour identifier, punir et mettre hors d’état de nuire ceux qui dans l’ombre organisent les actes de violences, d’assassinats et de disparitions qui ont cours au Togo. Ces individus sont les vrais responsables de la situation qui prévaut dans notre pays. Réunir, faire dialoguer d’autres personnes en laissant dans l’impunité ceux qui sont, derrière les rideaux, les vrais auteurs et commanditaires des crimes au Togo, c’est reconduire les Togolais sur les voies d’un dialogue sans issue.

Au total, les Togolais doivent cesser de se laisser berner par les divers ‘‘conseilleurs’’ qui ne nous ont toujours proposé autre chose que cette litanie : ‘réconciliation, dialogue, élections’. Aucun des trois termes ne peut se réaliser si l’on ne met pas d’abord fin à l’impunité. A défaut de cela, on dialoguera à l’infini et à chaque fois on sera obligé de recommencer parce que certains auront posé de nouveaux actes.

A défaut de cela, chaque élection qui verra la participation de l’opposition sera l’occasion pour immoler d’innocents Togolais.

A défaut de cela, la réconciliation, au départ simple slogan, deviendra une réelle nécessité parce que le fossé aura été artificiellement agrandi entre les ethnies par des profiteurs.

Vouloir donner le coup d’envoi pour des élections législatives dans les présentes conditions, c’est vouloir sonner une fois de plus le début des actes de provocation, les assassinats et le départ massif vers l’exil.

Nous avions prévenu l’opinion nationale et internationale des risques encourus par le peuple togolais si des élections présidentielles étaient organisées à chaud dans les 60 jours.

On a fait la sourde oreille et le bilan est là.

Avant un coup d’arrêt à l’impunité, il ne peut y avoir d’élections au Togo avec la participation de l’opposition sans mettre en péril la vie des citoyens.

Aujourd’hui, tout le monde reconnaît la nécessité d’organiser au moins des législatives pour ramener un peu d’apaisement.

Devra – t – on les faire en laissant en liberté ceux qui ont déjà canardé les électeurs en 2005 et sont prêts à recommencer ? Le cas récent de Dimas Dzikodo en atteste.

La CDPA propose :
1° la fin de l’impunité
2° le dialogue
3° les législatives
4° la réconciliation

La formation du gouvernement d’union nationale, après les ratés des présidentielles d’avril, n’a pas été un succès comme l’a si bien souligné le rapport de l’ONU.

Néanmoins, si l’exécutif actuel a les moyens de mettre un terme à l’impunité, alors tant mieux.

Dans le cas contraire, il est donc temps de mettre enfin en place un gouvernement qui ait la confiance du peuple et donne confiance aux Togolais.

Il reviendra à un tel gouvernement d’entreprendre de mettre un terme à l’impunité afin d’ouvrir enfin la voie à un dialogue sérieux puis à la tenue de législatives non meurtrières.

Il ne peut y avoir de dialogue utile sans la fin de l’impunité.

La CDPA lance un appel à tous les citoyens responsables ainsi qu’à la communauté internationale pour une mobilisation en vue d’obtenir la fin préalable de l’impunité.

Les réfugiés ainsi que les personnes déplacées attendent ce signal pour envisager leur retour.

Fait à Lomé le 25 octobre 2005.
Pour la CDPA,
Le Secrétaire Général
Prof. Léopold M. Gnininvi