25/06/2022

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La démission de Faure Gnassingbé est un jeu de dupes, selon l’opposition

Par Noël Kokou Tadégnon

– Plusieurs milliers de femmes togolaises ont manifesté dimanche en tenue rouge dans les rues de Lomé pour réclamer le retour à la légalité constitutionnelle au Togo, affirmant que la démocratie est en danger.

« Nous sommes habillées en rouge parce que la démocratie est en danger, et il faut la sauver », a déclaré aux journalistes, Brigitte Adjamongbo-Johnson, membre de l’association Femmes droit et démocratie en Afrique de l’ouest (WILDAFF-Togo).

« La démission de Faure Gnassingbé, c’est déjà un pas, mais ce n’est pas suffisant parce qu’il a été remplacé immédiatement par le premier vice-président alors que le président de l’Assemblée nationale (Fambaré Natchaba) est juste à côté, au Bénin, et nous estimons que la légalité constitutionnelle n’est pas encore rétablie », a confié à IPS, Célestine Aidam, une des organisatrices de la marche.

Natchaba se trouve en exil forcé au Bénin où l’avion, dans lequel il revenait d’une mission en Europe, avait été détourné de Lomé sur Cotonou, le soir-même du décès de l’ancien chef de l’Etat togolais, Gnassingbé Eyadema, le 5 février. Il a été destitué par les députés togolais après la prise du pouvoir par Faure Gnassingbé, fils du président défunt, qui a été élu à sa place au lendemain de sa prise du pouvoir, le 6 février.

Natchaba est, selon la constitution togolaise, la personnalité qui devait diriger la transition pendant deux mois et organiser une nouvelle élection présidentielle.

Les opposants togolais qualifient de « jeu de dupes » la démission de Gnassingbé – qui s’est autoproclamé président peu après la mort de son père – ainsi que son remplacement par Abass Bonfoh vice-président du parlement togolais, élu dans la nuit de vendredi à samedi dernier nouveau président du parlement et qui devient président de la République par intérim.

« L’annonce de la démission de Faure n’est pas suffisante, nous voulons le rétablissement complet de la légalité constitutionnelle », a dit à IPS, Jean Pierre Fabre, secrétaire général de l’Union des forces de changement (UFC), le principal parti de l’opposition.

« Ce que nous voulons est un bloc et non des pièces éparses, nous voulons le rétablissement complet de la légalité constitutionnelle et l’installation de Fambaré Natchaba dans ses fonctions de président intérimaire », a martelé Fabre.

Anne Hiheglo, étudiante en droit à l’Université de Lomé, a affirmé à IPS : « Bonfoh n’est qu’un pantin avec un titre pour tromper la vigilance de la communauté internationale ».

Pour Yaovi Agboyibo, président du Comité d’action pour le renouveau (CAR), un autre parti de l’opposition, le retour à la légalité constitutionnelle signifie que « Fambaré natchaba reprenne sa place à la tête de l’Assemblée nationale et qu’il organise les élections ». Il reconnaît toutefois que « la démission de Faure est un acquis et une victoire ».

« Nous luttons pour la pleine légalité constitutionnelle et l’ouverture rapide d’un dialogue national », a indiqué Agboyibo, ajoutant : « L’opposition n’acceptera pas d’aller aux élections sans une entente préalable sur les conditions d’organisation des élections ».

« Afin de garantir la transparence de cette élection, son équité, et de donner les mêmes chances à tous les candidats, j’ai décidé de renoncer au poste de président de l’Assemblée nationale assurant provisoirement les fonctions de président de la République », a déclaré Faure Gnassingbé dans un discours à la nation, vendredi soir, pour se retirer du pouvoir.

Juste après la démission de Faure Gnassingbé, les députés togolais, réunis en session extraordinaire en pleine nuit, ont élu Abass Bonfoh président du parlement et à ce titre, il assurera l’intérim présidentiel jusqu’à la prochaine élection.

L’annonce de la démission de Faure Gnassingbé de la présidence du Togo a suscité des scènes de joie dans le quartier populaire de Bè considéré comme l’un des fiefs de l’opposition togolaise à Lomé, la capitale. Certains habitants du quartier ont veillé jusqu’au petit matin, certains ont organisé des parades sur différentes artères.

Malgré la nouvelle donne créée par cette démission, certains Togolais sont méfiants.

« C’est du cinéma; à voir ce qui s’est passé ce samedi lors de la marche du RPT, Faure est arrivé comme un chef d’Etat avec l’escorte présidentielle et cela nous démontre clairement que c’est un scénario monté pour faire baisser la pression », a dit à IPS, Jean Adambounou, un enseignant de Lomé. (Le RPT est le Rassemblement du peuple togolais, le parti au pouvoir).

De son coté, Harry Olympio, président du Rassemblement pour le soutien de la démocratie et du développement (RSDD, un parti de l’opposition constructive), salue le rôle de la communauté internationale pour un retour à l’ordre constitutionnel au Togo.

« Je demande à la communauté internationale de s’impliquer et de s’investir dans l’organisation de la prochaine élection présidentielle afin de garantir une totale transparence et d’offrir au peuple togolais un président régulièrement élu », a souligné Olympio dans une déclaration rendue publique à Lomé.

Six partis politiques de l’opposition togolaise – l’Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI), le CAR, la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), le Pacte socialiste pour le renouveau (PSR), l’Union pour la démocratie et la solidarité (UDS) et l’UFC – exigent, dans une plate-forme, « l’élaboration d’un cadre électoral consensuel pour des élections libres, transparentes et sans exclusion ».

Les six partis insistent également sur une concertation entre toutes les tendances politiques du Togo en vue d’organiser une période transitoire au cours de laquelle il sera mis en place un gouvernement de transition, une Cour constitutionnelle recomposée, de même qu’une nouvelle Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication.

Ces partis politiques ont organisé, samedi à Lomé, une marche pacifique pour exiger, encore une fois, le retour à l’ordre constitutionnel complet.

Pendant ce temps, les partisans du RPT au pouvoir effectuaient, de leur côté, une parade à travers les rues de la capitale, samedi, pour exprimer leur soutien à Faure Gnassingbé, désigné la veille président et candidat du parti à la prochaine présidentielle. A cette occasion, Faure Gnassingbé a justifié sa démission par l’intérêt du pays, et par le fait qu’il ne souhaitait pas l’exposer à de nouvelles sanctions.

« Nous avons pensé qu’après tant d’années de sanctions de l’Union européenne, le président Eyadema avait réussi à desserrer l’étau et à faire lever les sanctions, nous qui sommes fidèles à sa mémoire et à ses oeuvres, ne devons pas exposer le pays à de nouvelles sanctions », a-t-il indiqué devant plusieurs milliers de partisans de l’ancien parti unique.

Dans la foulée des derniers événements, une délégation de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO), composée du président Mamadou Tandja du Niger, président en exercice de la CEDEAO, de son homologue du Mali Amadou Toumani Touré, du ministre nigérian de la Coopération, représentant le président Olusegun Obasanjo, et du secrétaire exécutif de la CEDEAO Mohamed Ibn Chambas, est arrivée lundi dans la capitale togolaise.

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(Johannesburg)