26/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

La fraude massive et la violence caractérisent les élections du 24 avril

De la monarchie Eyadema à la dynastie Gnassingbé

· La mise en garde ignorée de la coalition des ONG pour le Togo

« On vous avait pourtant prévenu ».
La coalition des ONG pour le Togo avait lancé une mise en garde à la communauté internationale concernant les violations systématiques des droits humains par le gouvernement et les forces armées à l’approche des élections présidentielles, estimant que dans un tel contexte les élections ne sauraient être conformes aux exigences de libre participation et de transparence. La coalition avait bien dénoncé un « climat d’intimidation et de harcèlement », lequel compromettait largement la préparation des élections, et réclamait ainsi la fermeté de la communauté internationale, particulièrement de la CEDEAO et l’ONU.

Malheureusement, la communauté internationale a une fois de plus fait la sourde oreille à cet appel d’urgence et la voie de la coalition des ONG n’a pas été entendue.
C’est donc dans un tel contexte de violence et de répression que les élections présidentielles se sont déroulées dimanche 24 avril.
Revenons sur la préparation de ces élections avant de nous intéresser à la mascarade électorale du 24 avril.

· Dépôt des candidatures et campagne électorale : la montée des tensions

Après d’interminables réunions et compromis, les six partis d’opposition ont réussi à se mettre d’accord sur la candidature unique de Bob Akitani, face à Faure Gnassingbé. Cette candidature n’est pas anodine car l’UFC est le principal parti d’opposition au Togo, et qui avait obtenu 33.68% des suffrages en 2003 malgré les nombreuses irrégularités qui avaient été constatées lors du scrutin.
L’opposition modérée, composée de partis satellites du RPT et de personnalités proches du pouvoir de Faure Gnassingbé a décidé de présenter Harry Olympio (RSDD) comme candidat à l’élection présidentielle.

La campagne s’est déroulée du 8 au 22 avril, sous la surveillance de plus de 3500 gendarmes, policiers et gardiens de la préfecture.
La coalition de l’opposition revendique une représentation pleine et entière au sein de la CENI, afin de pouvoir veiller aux inscriptions électorales et à la distribution des cartes d’électeurs. Parallèlement, de concert avec la HAAC, la CENI lance une mise en garde aux médias privés de respecter les « règles déontologiques du journalisme », tel le pouvoir les conçoit au Togo.
Lors d’un meeting à Lomé, Gilchrist Olympio, le leader de l’UFC, dont la constitution ne permet toujours pas la candidature, a déclaré « si nous ne gagnons pas ces élections, nous saurons qu’il y a encore des fraudes massives dans ce pays et que le système n’a pas changé » et envisage, le cas échéant, de mobiliser la communauté internationale pour que les résultats soient rejetés, et recommencer les élections. Au delà de ce meeting, dans les rues de Lomé, des échauffourées éclatent faisant une vingtaine de morts et des centaines de blessés. Des sympathisants du pouvoir (regroupés autour du mouvement des « Jeunes du Rassemblement du Peuple Togolais ») accusent les militants de l’UFC d’avoir tué 17 d’entre eux et blessé plus d’une centaine de membres du JRPT. Les deux parties s’accusent mutuellement de provocation et se rejettent la responsabilité des premiers coups portés. Pour le RPT, ces violences sont consécutives à l’entrée en campagne de l’opposition radicale, alors que pour l’opposition elles résultent des revivions bâclées des listes électorales. L’opposition, appuyée par les églises togolaises et les avocats du pays, réclame toujours le report du scrutin, dénonçant des fraudes dans la révision des listes électorales et dans la distribution des cartes d’électeurs et déplore la complaisance de la CEDEAO face au RPT.
Le gouvernement quant à lui se réfugie derrière la « stricte application des textes de la constitution » pour justifier le maintien du scrutin à la date du 24 avril.

Les candidats poursuivent cependant leur campagne dans les villes du pays, chacun essayant de conquérir les voies des populations par des lots de promesses. Ainsi Faure Gnassingbé sillonne les villes à une vitesse éclair, s’excusant auprès des populations pour les heurts commis par son père, et promets dans un programme en 20 points une justice indépendante et transparente, la création d’un poste de juge des libertés, la création d’un comité pour l’égalité d’accès de tous à la fonction publique, ainsi qu’aux crédits et au marché public. Il promet également une politique de l’emploi basée entre autre sur le recrutement massif des jeunes diplômés, et la gratuité de l’école primaire à tous les enfants, ainsi que la construction de 5000 salles de classes en 5 ans. Dans le cadre d’une politique de grands travaux il promet également la construction d’une autoroute reliant Lomé et la frontière Nord. Il s’engage à doubler les dépenses de santé en 5 ans. De son coté, Bob Akitani promet de rétablir la sécurité du pays, en renforçant le rôle de la police par rapport à celui de l’armée avec l’assistance de la communauté internationale. Il s’engage à réformer l’armée, afin d’en réduire les effectifs et d’assurer l’équilibre de la composition ethnique des militaires. Il souhaitent également promouvoir l’Etat de droit, ce qui implique une réforme judiciaire ainsi que de l’administration publique, et rétablir les grands équilibres macroéconomiques et budgétaires par la mise en œuvre d’un plan de sauvetage. Sur le plan social, il prévoit la mise en œuvre d’un plan de réhabilitation sociale à long terme concernant notamment l’accès à la santé et à l’éducation, à l’information et à un habitat décent, ainsi que l’initiation d’un programme d’éducation de masse soutenu par l’Etat et la société civile dans un but de responsabilisation des citoyens, condition préalable à tout changement démocratique.

· Elections du 24 avril : une violente mascarade électorale

Le dimanche 24 avril, la population est allée voter en masse dès l’ouverture des bureaux de vote. Comme l’avait averti la coalition des ONG pour le Togo, c’est dans un climat de tensions violentes que les élections présidentielles se sont déroulé, vu l’enjeux décisif que représentait ces élections pour l’avenir du Togo, dans la mesure où il s’agissait pour la première fois depuis 38 ans d’une réelle opportunité d’alternance politique. Il n’était pas question pour le pouvoir de céder le trône à Bob Emmanuel Akitani, et tous les moyens ont été mobilisés en ce sens par le RPT. De même, du côté de l’opposition, qui pour la première fois dans l’histoire du Togo a réussi à présenter un candidat unique afin de s’assurer la victoire, une défaite était inenvisageable vu le soutien massif de la population, fatiguée de 40 ans de régime dictatorial. L’opposition avait d’ailleurs réclamé la présence de casques bleus de l’ONU pour assurer la transparence des élections et la liberté de vote.
Comme il était prévisible, dès le début du vote, l’opposition dénonçait déjà une fraude massive, et cette journée électorale s’est accompagnée de violentes échauffourées. Face aux nombreuses irrégularités et fraudes qui ont pu être constatées lors des élections et face à la violence des forces de sécurité sur les militants de l’opposition qui cherchaient simplement à assurer la transparence du scrutin, l’attitude de l’ONU et de la CEDEAO reste pour le moins déconcertante.

àConcernant la fraude électorale
Dès le début du vote, les officiels du ministère de l’intérieur, en application d’une « directive », ont fait évacué les bureaux pour se retrouver seuls et n’ont permis aux assesseurs, délégués de listes et autres représentants des candidats de regagner les lieux que quelques minutes plus tard, sans aucune autre explication. Emmanuel Bob Akitani dénonçait déjà en milieu de journée de nombreuses fraudes, tel le bourrage des urnes à grande échelle. Les fraudes ou tentatives de fraude de la part des partisans du RPT semblent massives. Pendant le déroulement du scrutin la population, notamment la jeunesse, s’est montrée très vigilante pour démasquer les irrégularités, ce qui a permis au RPT de faire des reproches similaires à ses adversaires.
La population s’est massivement déplacée dès l’ouverture des bureaux de vote, mais les électeurs inscrits manuellement se sont vus dans l’impossibilité de voter. De plus, certains témoins ont surpris des personnes avec des cartes pré votées « Faure ». De même, une dame est arrivée avec 3 cartes d’électeurs, sans procuration, et s’est confiée au responsable de l’UFC : les cartes supplémentaires lui avaient été données par des membres du RPT. Certains témoins ont également rapporté que des véhicules militaires transportaient des civils pour aller voter. Des civils portant des foulards à l’effigie du candidat Faure et armés de fusils à pompe et d’armes de poing ont menacé de mort les gens d’un quartier de Lomé.
A la fin de la journée de vote, des militaires commandés par le commandant Kadanga, gendre de Gnassingbé Eyadéma, ont chassé les délégués de l’opposition présents dans les bureaux et se sont emparés des urnes. Un président RPT de bureau au quartier de Bé, considéré comme le fief de l’opposition, est parti avec la clef de l’urne. Des militaires ont envahi des bureaux de vote de quartiers connus pour être favorables à l’opposition, et y ont brûlé des urnes. Au centre du Collège Protestant à Lomé, des militaires sont venus fermer un bureau de vote, et ils ont tiré à balles réelles sur la foule, blessant à la cuisse un enfant d’une dizaine d’années.
Le 24 avril à partir de 16h, les moyens de communication avec le Togo, Internet et deux des trois réseaux téléphoniques, ont été coupés, ce qui a pu permettre au RPT d’opérer une vaste opération de fraude pour se garantir la victoire électorale. En effet, les témoignages de trucages par téléphone ne sont désormais plus possible. Dimanche 25 la communication avec le Togo est toujours coupée, et seule la possibilité de joindre des postes fixes est rétablie ce lundi.

àDe violents affrontements ont accompagné cette mascarade

La fermeture des bureaux de vote a en effet coïncidé avec de violents affrontements, entre les militants du pouvoir et ceux de l’opposition d’une part, ainsi qu’avec les forces de sécurité. Selon des témoins, les forces de l’ordre auraient tiré à quatre reprises à balle réelle sur les manifestants. Dans le quartier de Bé à Lomé, treize personnes ont été blessées par des tirs de forces de sécurité qui « cherchait à récupérer des urnes dans certains bureaux de vote ». Dans d’autres bureaux, les militants de l’opposition était armés de gourdins et de machettes. Un diplomate occidental a déclaré à l’Agence France Presse avoir « vu trois cadavres dans le quartier… près de l’école primaire Hedzranawoe, aux alentours de 18H … il s’agissait de cadavres de jeunes hommes » qui auraient résisté au moment où des hommes ont tenté d’emmener les urnes du bureau de vote de l’école. A l’hôpital du troisième district de Bé un médecin a enregistré douze blessés dont quatre graves et « sur les quatre blessés graves il y en avait deux blessés par balle et deux fractures ». Les blessés affirment avoir été victimes des tirs de l’armée qui cherchait à récupérer des urnes dans certains bureaux de vote de ce fief de l’opposition.
Le dimanche 25, les rues de Lomé sont désertées, les magasins fermés ainsi que les administrations et les écoles. Seules les milices, armées par le pouvoir, sillonnent les quartiers de la capitale. La populations attend la proclamation des résultats par la CENI, qui ne s’est toujours pas prononcée. De violents affrontements sont imminents, quelque soit l’issue du scrutin.
àL’attitude plus que douteuse de la Cedeao et de l’ONU à un moment où, plus que jamais, la solidarité internationale s’impose.
Seuls la CEDEAO et le secrétaire général des Nations Unies se sont dits satisfaits du déroulement du scrutin. La CEDEAO refuse de se prononcer sur les irrégularités, et se satisfait que les élections aient bien eu lieu à la date prévue. La CEDEAO semble très peu préoccupée par les conséquences de ces élections et les réalités politiques au Togo.
De même, Kofi Annan dans un communiqué salue « la manière pacifique dont les Togolais ont participé en nombre à l’élection ».
Enfin, plus surprenant encore, dans un tel contexte de violence, où le pouvoir comme l’opposition dénoncent des fraudes massives et le bourrage des urnes, l’ONU et la CEDEAO appellent les Togolais à respecter le verdict des urnes. Un tel verdict semble alors inacceptable et serait difficilement crédible.

· mardi 26 avril 2005, verdict : la dynastie Gnassingbé est proclamée
La CENI a annoncé mardi 26 avril le résultat du vote. Après le père, le fils : Faure Gnassingbé remporte les élections présidentielles avec plus de 62% des voies. Bob Emmanuel Akitani n’aurait obtenu que 38% des suffrages, et Harry Olympio 0.5%.
Dès l’annonce des résultats, des violentes réactions ont eu lieu dans les quartiers de Lomé. Des jeunes se revendiquant de l’opposition ont contesté cette fraude massive, en construisant des barricades à l’aide de pneus enflammés. Certains commerces ont été pillés, et des bureaux ont été saccagés. Certains préparent des cocktails monotof. L’armée et les forces de police sillonnent le quartier. C’est une situation politique quasi insurrectionnelle.
Plus que jamais les propos anti français sont dominants, Jacques Chirac étant tenu pour responsable par bon nombre de Togolais de la situation actuelle. Effectivement, non seulement Chirac n’a pas condamné la prise pour pouvoir par Faure Gnassingbé, mais en plus il aurait fait pression sur la CEDEAO, qui semblait la seule organisation capable de permettre un retour à l’ordre constitutionnel au Togo, afin qu’elle cesse ses pressions sur le Togo, estimant que la situation relevait d’un problème interne au pays, et qu’une victoire de l’opposition engendrerait un chaos. Un comportement des plus douteux, surtout lorsque l’on se rappelle que la France avait décidé de se ranger derrière la position de la CEDEAO à la mort de Gnassingbé Eyadema…
Pour l’instant, la communauté internationale n’a toujours pas réagi à la proclamation des résultats. Or, le Togo n’a jamais eu autant besoin d’une solidarité internationale. Mais une simple condamnation ne suffira pas ! A l’issue des élections de 2003, la communauté internationale avait dénoncé, à l’exception notable de la France, les fraudes massives et avait contesté les résultats. Gnassingbé Eyadéma n’a pas renoncé pour autant à son trône présidentiel.
Citoyens Sans Frontières appelle à une réaction de la société civile française, mais également des médias et des autorités, afin de contraindre notre président, que nous avons élu avec un score à l’africaine, à dénoncer les élections du 24 avril et à faire en sorte que, pour la première fois, le peuple togolais puisse élire librement son président.