26/06/2022

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La grève au Togo peu suivie, l’opposition se dit déçue

par John Zodzi

LOME (Reuters) – La grève à laquelle avait appelé l’opposition togolaise pour dénoncer l’investiture à la présidence de Faure Gnassingbé, un des fils de Gnassingbé Eyadéma, a été peu suivie mardi, même si les pays d’Afrique maintiennent leurs pressions pour un retour à la « légalité constitutionnelle ».

Tout d’abord, dans la matinée, des milliers d’habitants sont restés chez eux dans la capitale, qui commençait à prendre des allures de « ville morte », mais en fin d’après-midi, Lomé avait pratiquement retrouvé son aspect normal. Les étals des marchés avaient rouvert et la circulation était presque aussi dense que d’habitude. Les organisateurs du mouvement de protestation se sont déclarés plutôt déçus.

« Le résultat est très mitigé. Il n’est pas à la hauteur de nos attentes. Je crois qu’on peut faire mieux si l’information avait normalement circulé », a déclaré Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de l’Union des forces du changement (UFC, opposition). « Nous attendons encore demain pour voir quelles actions mener », a-t-il ajouté ».

Certains habitants de la capitale ont dit être restés chez eux en début de journée parce qu’ils avaient peur. Par le passé, des militants de l’opposition ont parfois menacé les habitants qui enfreignaient des consignes de protestation.

Le principal chef de l’opposition, Gilchrist Olympio, qui vit en exil à Paris, avait appelé lundi à des manifestations de rue, mais celles-ci sont interdites durant les deux mois de la période de deuil national. Olympio a exhorté ses concitoyens à déclencher une « révolution des oeillets », allusion à l’insurrection au Portugal en avril 1974.

L’opposition s’insurge contre l’investiture lundi de Gnassingbé, un civil de 39 ans, qui a accédé à la présidence grâce à l’armée après une modification de la Constitution.

Normalement, c’était au président du parlement d’assumer l’intérim pendant deux mois, en attendant l’organisation d’une élection présidentielle. Le président du parlement, qui se trouvait à l’étranger, a été destitué et Gnassingbé a été nommé à sa place, ce qui lui a permis de ce fait de succéder à son père à la présidence. Par une modification de la Constitution, il pourra rester au pouvoir jusqu’à l’expiration de la durée du mandat de son défunt père, en 2008.

La communauté internationale rejette catégoriquement ce processus et la Cedeao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) doit tenir mercredi à Niamey une conférence extraordinaire pour examiner la situation au Togo.

NÉGOCIATIONS AVEC L’UE REMISES EN QUESTION

Le président en exercice de la Cedeao, le chef de l’Etat nigérien Tandja Mamadou, a condamné dès dimanche le transfert du pouvoir à Faure Gnassingbé et réclamé le retour à la légalité constitutionnelle.

La ministre nigérienne des Affaires étrangères et de la Coopération, Aïchatou Mindaoudou, et le secrétaire exécutif de la Cedeao, Ahmed Chabaz, ont réaffirmé mardi que l’organisation ouest-africaine ne pouvait en aucun cas cautionner la situation au Togo. Ces deux personnalités ont conduit une mission de la Cedeao au Togo au lendemain de la désignation de Faure Gnassingbé à la succession de son père.

L’Union africaine s’est quant à elle insurgée contre les événements du Togo et les a de nouveau qualifiés, lundi, de « coup d’Etat », les jugeant contraires au règlement de l’UA et à la constitution togolaise.

Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA a estimé que la nomination de Gnassingbé par l’armée était une « violation flagrante et inacceptable de la Constitution togolaise » et a menacé le pays de sanctions, « faute d’une action rapide de la part des autorités de fait pour assurer le rétablissement de la légalité constitutionnelle ».

Cela pourrait signifier, disait-on à l’UA, que le Togo ne serait plus habilité à participer aux réunions et prises de décision de l’organisation panafricaine.

Au sein de l’Union européenne, on déclarait mardi que le transfert de pouvoir tel qu’il a été effectué au Togo remettait en question les négociations entre l’UE et Lomé sur une reprise de l’aide, suspendue en 1993 en raison d’un « déficit démocratique ».

Louis Michel, commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, a déclaré sur RFI que Gnassingbé devrait expliquer pourquoi l’armée et lui-même avaient agi de la sorte.

« Ça remet tout à zéro. Ça repose à nouveau tout le problème de la démocratie et la place que l’armée prend dans le régime. Tout ça, c’est des questions qui ne vont pas faciliter la normalisation rapide », a-t-il dit au sujet des négociations.

Si la situation paraissait calme mardi dans Lomé, des coups de feu ont été entendus lundi soir dans le centre mais la télévision nationale a rapporté ensuite qu’il s’agissait de gardiens qui procédaient à des tirs de sommation pour empêcher des détenus de s’évader de la prison centrale.