05/12/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

La presse togolaise du 03 au 10 juin 2002

Le thème majeur évoqué cette semaine par la presse togolaise est l’annonce d’un haut responsable du parti d’Edem KODJO ( la Convention patriotique panafricaine-CPP) de participer aux futures élections législatives.

En effet, c’est Nouvel Echo(n°235 du 31 mai au 6 juin 2002) qui annonce « le coup de théâtre du côté de la CPP ». Dans une interview recueillie par cet hebdomadaire, Cornelius AÏDAM, vice-président de la CPP, déclarait « l’opposition doit aller aux élections ne serait-ce que pour empêcher le RPT de disposer des 4/5 ou des 2/3 pour modifier la Constitution à son seul profit. »

Dès l’annonce de cette information, Le Scorpion-Akeklé(n° 143 du 3 juin 2002) affirmait que la CPP d’Edem KODJO s’oriente « vers la réédition des bêtises de 1994 ». A la une, ce journal s’interroge :« quel est le parti de l’opposition qui accompagnera le RPT dans l’organisation des législatives de la honte ? » La réponse à la question posée par Akeklé nous est fournie par La lettre du Continent qui affirme dans sa livraison n°401 du 6 juin 2002 que c’est Zarifou Ayeva- et son parti, le PDR- qui est disposé à aller aux élections législatives que compte organiser, seul, avant fin 2002, le pouvoir… »

Motion d’Information (n°179 du 3 au 9 juin 2002) pour sa part assure que « les masques tombent : Edem KODJO et la CPP à nouveau en piste pour des élections charnières ». Frisco de Souza pour le compte du journal analyse avec pertinence la position de ce parti. On lit sous la plume du journaliste : « Il convient…de reconnaître à M. AÏDAM qui, en réalité, ne fait qu’exprimer la pensée de son mentor, Edem KODJO, d’avoir eu le courage de poser sans détour, la question de la participation ou non aux élections organisées par le pouvoir RPT avec un code électoral et un comité électoral taillés sur mesure…Pour justifier sa décision d’aller aux élections, le parti d’Edem KODJO cite les exemples du Sénégal et du Burkina. C’étaient surtout les deux exemples à ne pas citer. L’élection présidentielle sénégalaise a eu lieu en février 2001, il y a plus d’un an et n’avait pas été organisée par un comité de magistrats inféodés au parti socialiste sénégalais. Edem KODJO qui est très au courant des problèmes africains, est très bien placé pour savoir que les conditions d’organisation de la dernière élection présidentielle sénégalaise n’ont rien à voir avec ce qui nous est proposé aujourd’hui par le pouvoir togolais…s’agissant du Burkina Faso, la situation est en tout point comparable à celle du Sénégal. Edem KODJO et Cornelius AZÏDAM auraient-ils oublié le rôle déterminant joué par la société civile et les partis d’opposition pour acculer le régime burkinabé et l’obliger à organiser des élections transparentes. Blaise COMPAORE n’a pas fait voter tout seul, de son propre gré, la limitation du nombre de mandats présidentiels et le raccourcissement de 7 à 5 ans de la durée du mandat du Président de la république.
Contrairement à la démarche capitularde et collaborationniste de la CPP, tant au Sénégal qu’au Burkina, l’opposition s’est d’abord battu pour imposer le principe de l’organisation d’élections transparentes avec les résultats que l’on connaît…On peut aussi supposer que le 16 mai, lorsqu’il se prononçait, Monsieur AÏDAM n’était pas au courant des exemples sénégalais et burkinabé qu’il cite…Si c’est le cas, ce serait de l’ignorance doublée d’incompétence, ce qui serait grave pour des personnes qui aspirent à gouverner ce pays…dans son interview, Monsieur AÏDAM déclare que « tous les partis d’opposition devraient consulter leurs militants ainsi que la population et la laisser s’exprimer librement afin que toutes décisions prises en leur nom soient en accord avec leurs désirs profonds. » Tout le monde serait d’accord avec la CPP lorsqu’elle déclare qu’il faut consulter la population et la laisser s’exprimer…Cette déclaration sensée qu’on ne peut qu’applaudir n’est-elle pas en contradiction avec l’appel lancé par le parti de Monsieur KODJO à participer à la parodie d’élections que nous prépare le RPT.
La CPP a signé tous les documents dénonçant et refusant les modifications unilatérales introduites par le pouvoir RPT dans le Code électoral. Ce parti a été co-organisateur de toutes les manifestations de protestation de l’opposition et qui ont suscité des prises de position conséquente de la communauté internationale. Doit-on considérer que désormais la CPP tient ces modifications pour acquises ? Cela ne fait ni très sérieux ni très crédible vis-à-vis de la population et de la communauté internationale.
En 1994, le même Edem KODJO, associé à Maître Agboyibo, avait avancé les mêmes arguments pour justifier sa participation aux élections législatives organisées dans des conditions plus que douteuses. Il fallait, nous-a-t-on dit à l’époque empêcher à tout prix le RPT d’avoir une majorité à l’Assemblée monocolore. La suite, tous les Togolais la connaissent : le parti charnière, la majorité parlementaire RPT-UTD et au final, la reprise en main de tout l’appareil d’Etat par Eyadema et le RPT.
EYADEMA n’a pas l’attitude de quelqu’un qui est en partance. Quoi qu’il arrive, quelles que soient les garanties qu’il peut avoir reçues par ailleurs, Aident KODJO se fera gruger comme en 1994.
La seule vraie voie de salut qui s’offre aux démocrates vrais de notre pays, est de s’organiser pour exiger que la population s’exprime …
La participation à une nouvelle parodie d’élections pour rendre service au Général-Président, serait la plus mauvaise des solutions si vce n’est une traîtrise prenant ses racines profondes dans la soif excessive du pouvoir. »

Les vigoureuses critiques contre l’appel de la CPP à participer à la mascarade électorale semblent avoir ramener ce parti et ses dirigeants à la raison, notamment son chef, Edem KODJO qui «remet la pendule à l’heure », en annonçant dans Le Combat du peuple(n° 351, du 3 au 7 juin 2002) que « la CPP ne participera pas aux législatives organisées par les législatives ».
La rédaction prend soin de préciser que ces mises au point d’Edem KODJO ont été faites dans un cadre informel. Ce dernier ayant refusé d’accorder une interview en bonne et due forme, « la reconstitution des propos attribués à Edem KODJO ne saurait être prise pour le reproduction mot pour mot des paroles prononcées. »
A la question de savoir quelle est la position de la CPP vis-à-vis des futures et toujours improbables élections législatives anticipées, M. Edem KODJO a été clair, ferme et sans détour. « Notre position ne souffre d’aucune ambiguïté. Il n’est pas question pour la CPP de participer aux élections législatives si elles sont organisées par le fameux comité des magistrats. Certes, notre conviction est que, l’opposition doit aller aux élections pour ne pas laisser un boulevard au Président » EYADEMA et ses hommes. Personnellement, je n’ai jamais été partisan de la politique de la chaise vide. Je reste persuadé qu’on ne fait pas la politique en érigeant le boycott en règle de conduite. Mais ce n’est pas pour autant que j’accepte de participer à une élection à n’importe quel prix et dans n’importe quelle condition. Ces derniers temps, a-t-il ajouté, j’ai personnellement rencontré le Chef de l’Etat. C’était pour expliciter la position de la CPP et lui dire les conditions dans auxquelles nous sommes prêts à aller aux élections. »
La rédaction de cet hebdomadaire conclut alors : « désormais l’équivoque est levée. Ceux qui ont pensé à un coup bas peuvent se rassurer. Les propos de M. AÏDAM sont inquiétants à plusieurs titres. Mais ce ne sont encore que des paroles qui n’engagent que son auteur. Ce n’est même pas un ballon d’essai. On peut considérer que c’est un moindre mal et qu’il faut laisser le temps au temps. L’incident est clos. »
Le Regard ( n°283 du 4 au 10 juin 2002) s’attarde sur le dernier rapport annuel d’Amnesty International. L’hebdomadaire titre : Amnesty International dénonce le règne de l’impunité au Togo. »
Evoquant la lettre autocritique de Dahuku PERE à ses camarades de parti, Akekle ( Le Scorpion n°143 du 3 juin 2002) affirme qu’elle « continue de faire des vagues au sein du RPT ». Et ce journal d’expliquer que Dahuku PERE est interdit de voyage hors du Togo, qu’il est relevé de la Présidence de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée, et surtout que le Premier ministre Agbeyome KODJO aurait été menacé de mort par Ernest Gnassingbé pour son amitié à PERE et pour avoir refuser de le désavouer. Cette information publiée à la une du Scorpion a entraîné l’arrestation de deux journalistes dont celle prolongée du directeur Basile AGBOH. Ainsi va la démocratie et la liberté d presse au pays