26/06/2022

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La stabilité de l’Afrique est une priorité pour les Etats-Unis

Washington – 09 October 2002 – De l’avis de plusieurs éminents africanistes interrogés par le « Washington File », la nouvelle stratégie de sécurité nationale que le président Bush a récemment rendue publique montre clairement l’importance que les responsables américains continuent à porter à la stabilité et à la démocratie en Afrique.

Dans le document énonçant la « stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis d’Amérique », que la Maison-Blanche a publié le 17 septembre, l’Afrique revêt une grande importance pour la paix et la sécurité dans le monde et il y est précisé que le continent recevra
des Etats-Unis un maximum d’aide en faveur de son développement politique et économique.

« Ce n’est pas chose facile que de participer aux affaires africaines, mais le continent africain a certainement besoin de développer ses institutions pour pouvoir coopérer et les Etats-Unis peuvent apporter leur aide » en s’associant aux organisations régionales africaines, a dit M. William Zartman, directeur du programme « gestion des conflits » à l’Ecole des Etudes internationales avancées (SAIS) de l’université Johns Hopkins et ancien directeur du département Afrique de cette université.

La guerre contre le terrorisme étant la grande priorité du gouvernement américain en matière de politique étrangère, le rapport sur la stratégie met l’accent sur le fait que les Etats-Unis ne
pourront jamais être en sécurité tant que les difficultés économiques et les troubles politiques foisonneront. « La pauvreté ne transforme pas les pauvres en terroristes et en meurtriers. Mais la pauvreté, la faiblesse des institutions et la corruption peuvent rendre des Etats faibles vulnérables à l’égard des réseaux terroristes et des cartels de la drogue à l’intérieur de leurs frontières », a souligné le président Bush dans l’introduction du rapport.

Selon ce document, en Afrique, « les promesses et les débouchés côtoient la guerre, la maladie, et le plus grand dénuement. Cet état de chose porte atteinte à la fois à une valeur fondamentale des Etats-Unis : sauvegarder la dignité humaine, et à leur priorité stratégique : combattre le terrorisme international ». En conséquence, le gouvernement des Etats-Unis « oeuvrera avec d’autres à la réalisation d’un objectif, celui d’un continent où les gens vivent en
liberté, en paix et jouissent d’une prospérité croissante ».

Sous le titre « Travailler avec d’autres pour désamorcer les conflits régionaux », le document énonce à l’intention des décideurs politiques trois grandes stratégies étroitement entremêlées :

– travailler avec les pays pour avoir le plus grand impact possible sur les quartiers, notamment en Afrique du Sud, au Nigeria, au Kenya et en Ethiopie ;

– collaborer avec les alliés européens et les institutions internationales, élément « indispensable d’une médiation constructive des conflits et de la bonne conduite d’opérations visant la paix » ;

– aider les Etats viables qui se réforment et les organisations sous-régionales de l’Afrique. Il faut donner plus de poids à ce principal moyen de faire face aux menaces transnationales d’une façon soutenue.

Pour l’ancien sous-secrétaire d’Etat aux affaires africaines, M. Herman Cohen, l’accent mis sur l’Afrique dans le document énonçant la statégie nationale est « un heureux développement, mais pas une surprise ».

« Il est bon que M. Bush souligne l’aspect développement, car les Africains s’efforcent sérieusement de se réformer, même si l’Afrique n’est pas une source de terrorisme comme d’autres régions du monde », a dit cet ancien ambassadeur des Etats-Unis auprès du Sénégal.

Et d’ajouter : « L’Afrique a subi des attaques terroristes (qui ont détruit les ambassades des Etats-Unis au Kenya et en Tanzanie en 1998), mais les responsables venaient de l’extérieur. Je ne peux penser à un seul cas d’attaque terroriste ciblant des Américains qui aurait eu une origine africaine. D’ailleurs, aucun Africain n’a été trouvé dans les groupes terroristes comme Al-Qaïda, bien que la moitié des Africains soient musulmans, et de pieux musulmans par-dessus le marché. »

M. Cohen, qui dirige aujourd’hui son propre cabinet de consultants internationaux, a fait remarquer : « Les nations africaines coopèrent avec les autorités américaines dans la lutte contre le terrorisme et adoptent les sortes de réformes politiques et économiques qui attirent
les investisseurs. Il est donc tout naturel que ce gouvernement considère l’Afrique comme digne d’une forme d’assistance au développement qui encourage les échanges et l’investissement. »

En termes économiques, les grandes lignes de l’aide du gouvernement américain à l’Afrique énoncées dans le rapport sur la stratégie de sécurité nationale comprennent :

– les nouvelles dispositions commerciales avantageuses inscrites dans la nouvelle Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique que le président Bush a signée en août dernier ;

– la garantie que les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) relatives à la propriété intellectuelle sont « suffisamment souples pour permettre aux pays en développement d’avoir accès aux médicaments essentiels pour faire face aux énormes dangers que représentent le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme ;

– l’accélération de l’aide au développement dans le cadre du nouveau Compte du millénaire, dont la moitié des fonds cibleront les pays d’Afrique qui, de l’avis du président Bush, « gouvernent de façon équitable, investissent dans leur peuple et encouragent la liberté
économique » ;

– la proposition d’une augmentation de 18 % de la contribution des Etats-Unis à l’Association internationale de développement (IDA), filiale de la Banque mondiale consacrée à l’aide aux pays pauvres, et à la Banque africaine de développement (BAD).

M. Brett Schaefer, spécialiste de l’Afrique attaché à la « Fondation Heritage », une cellule de réflexion conservatrice de Washington, a souligné : « Au plan de la sécurité nationale, les recommandations du gouvernement sont on ne peut plus cohérentes. Elles s’efforcent de
mettre l’accent sur la diminution du nombre de conflits et la réduction de l’instabilité en Afrique, ce qui est une importante priorité. Elles prônent aussi une collaboration avec les alliés européens afin de réaliser ces objectifs, en particulier lorsque des opérations de maintien de la paix sont nécessaires. »

A propos de ce sujet, il a ajouté : « L’Afrique, si importante soit-elle, n’est manifestement pas un endroit où les Etats-Unis voudraient poster un grand nombre de soldats. Le gouvernement essaye donc de décupler son impact en collaborant avec d’autres pays et institutions telles les institutions régionales qui sont mentionnées dans la stratégie. »

Pour M. Zartman, de la SAIS, l’accent que place le document de la stratégie sur la coordination avec les alliés européens est « tout a fait approprié, notamment en ce qui concerne les Français ».

« Le moment est venu de travailler avec la France pour que nous surmontions l’un et l’autre le « complexe Fashoda » qui fait que les Français considèrent toute activité de la part des Américains ou leur présence en Afrique comme une manoeuvre visant à les faire partir et
que nous considérons les Français comme des survivants du colonialisme. Nous devons mettre fin à cette petite guerre qui nous a tant nui », a-t-il déclaré.

A propos de l’appel lancé dans le rapport pour un renforcement des « Etats viables d’Afrique qui se réforment et des organisations sous-régionales », l’universitaire a dit : « Je crois que la réforme la plus importante proposée pour l’Afrique au cours de la dernière décennie a été la Conférence sur la sécurité, la stabilité, le développement et la coopération en Afrique (CSSDCA), surnommée aussi « documents de Kampala ». C’était le meilleur schéma pour encourager le changement sur le continent et il mérite notre appui. »

Si la CSSDCA a aujourd’hui perdu un peu de son homogénéité, a indiqué M. Zartman, son esprit a été en partie repris par la nouvelle Union africaine qui a succédé à l’Organisation de l’unité africaine (OAU), notamment la notion selon laquelle de graves atteintes aux droits de
l’homme peuvent justifier l’intervention par un groupe d’Etats dans les affaires d’un autre.

M. Zatman a expliqué que la CSSDCA s’était inspirée des Accords d’Helsinki de 1974, dont l’accent placé sur les droits de l’homme avait contribué à la chute de l’Union soviétique. A l’instar des grandes questions sous-tendant les Accords d’Helsinki, la CSSDCA a également de grands dossiers, et celui du développement a été repris par le Nouveau Partenariat pour le développement en Afrique (NEPAD).

La stratégie de sécurité nationale de la Maison-Blanche fait mention de l’Union africaine et précise : « Le passage (de l’OUA) à l’Union africaine, qui prône un attachement à la bonne gouvernance et une responsabilité commune en ce qui concerne des systèmes politiques
démocratiques, offre des chances de renforcer la démocratie sur le continent. »

Pour M. Cohen, c’est une bonne chose, car « l’Union africaine, de même que les initiatives, telles le NEPAD, qui ont des acteurs locaux, essayent vraiment de comprendre pourquoi le développement africain est à la traîne. Ils en ont découvert les raisons, et ont compris que les
mauvaises politiques économiques devaient être réformées. Ils ont trouvé aussi que la bonne gestion des affaires gouvernementales et la démocratie étaient en retard, autant d’éléments indispensables si l’on veut encourager les investissements. »

Le fruit de travaux de chefs d’Etat tels que le président du Nigeria, M. Olusegun Obasanjo, et le président sud-africain, M. Thabo Mbeki, le NEPAD est tout autant un guide du développement en Afrique qu’un plan d’action. Le sous-secrétaire d’Etat pour les affaires africaines, M. Walter Kansteiner, a récemment fait l’éloge du NEPAD déclarant : « Au
cœur de la philosophie sous-tendant le NEPAD (…) se trouve la notion que non seulement on s’attend à une bonne gouvernance, mais on l’exigera. »

« C’est une façon différente de voir les choses, et nous pensons qu’elle est importante ; nous l’épousons complètement », a-t-il ajouté.

Pour M. Cohen, ces diverses initiatives africaines sont « très encourageantes, car ce ne sont plus les Etats-Unis qui disent aux Africains quoi faire, mais ce sont les Africains eux-mêmes qui reconnaissent qu’ils ont un problème et qui prennent des mesures pour
le corriger. »

L’accent porté sur l’AGOA dans le document est aussi une décision judicieuse, selon lui, car « si vous regardez certaines des statistiques commerciales depuis le début de l’AGOA (il y a deux ans), les pays qui réussissent le mieux au plan de la croissance économique sont ceux qui bénéficient des avantages conférés par l’AGOA. L’Afrique du Sud, par exemple, exporte des BMW (vers les Etats-Unis).

« Cela veut dire que le sort de beaucoup de travailleurs sud-africains et de leur famille s’est amélioré à cause de l’AGOA (…) Personnellement, je crois que c’est ce dont l’Afrique a besoin : plus de revenus découlant du commerce de façon à pouvoir créer la richesse et permettre aux gouvernements de fournir davantage de services sociaux et infrastructurels, notamment l’eau potable et l’électricité. »

A propos de l’AGOA, M. Schaefer est du même avis que M. Cohen. « Dans l’ensemble, la loi commerciale a été couronnée de succès pour le continent africain, notamment pour ce qui est des exportations ». En ce qui concerne l’Union africaine, il a cependant fait part de son scepticisme, déclarant : « Il semble que ce soit la même vieille organisation remballée dans un nouvel emballage. »

Et d’ajouter : « Les promesses sont belles, mais l’Union africaine hésite à critiquer l’un des coupables des pires atteintes aux droits de l’homme contre son propre peuple en Afrique : le président Robert Mugabe du Zimbabwe. Cette défaillance semble être une flèche vivement
éclairée montrant la faiblesse de l’organisation, et c’est que les nations africaines ne semblent guère disposées à se critiquer mutuellement. »

« Je pense qu’au cours de l’année passée, le président a certainement mis l’accent sur l’Afrique. Le ministre des finances, M. Paul O’Neill y a fait une longue tournée ; M. Bush a annoncé la création du Compte du millénaire (dont la moitié des fonds cibleront l’Afrique) ; il a annoncé des initiatives en ce qui concerne le VIH/sida et l’eau qui ciblent toutes les deux l’Afrique. Il est donc naturel que l’Afrique ait reçu l’attention qu’elle a reçue dans le document énonçant la
nouvelle stratégie nationale de sécurité », a-t-il conclu.

(La nouvelle stratégie de sécurité nationale met l’accent sur l’aide au développement.) (2000)
Jim Fisher-Thompson
Rédacteur du « Washington File »