29/11/2022

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L’Assemblée togolaise entérine la nomination de Gnassingbé

par John Zodzi

LOME (Reuters) – Face au tollé provoqué par la désignation du fils de Gnassingbé Eyadéma à la tête du Togo, les députés togolais l’ont élu dimanche président du parlement après avoir modifié la constitution, l’autorisant ainsi à rester au pouvoir jusqu’à la fin du mandat de son défunt père.

La constitution prévoit en effet que l’intérim, en cas de décès du président, soit assuré par le président de l’Assemblée nationale.

Les 67 députés – sur 81 en tout – présents dimanche à l’Assemblée pour une session extraordinaire ont donc voté la censure à l’endroit de son président, Fambaré Ouattara Natchaba.

Ils ont ensuite élu à sa place Faure Gnassingbé, après avoir au préalable modifié l’article de la constitution prévoyant qu’en cas de décès du chef de l’Etat un nouveau scrutin présidentiel soit organisé dans les 60 jours.

« Je sens comme un grand honneur la responsabilité que vous venez de me confier. Le Togo, notre pays, s’est engagé sans réserve dans un processus de démocratisation et d’ouverture que j’entends poursuivre jusqu’au bout avec votre précieux concours », a déclaré aux députés Faure Gnassingbé, qui était vêtu d’un costume sombre.

« L’héritage le plus important pour tous les Togolais c’est la paix, la sécurité et l’unité nationale, mais également la justice et la liberté. J’entends avec le concours des Togolais de bonne volonté, et notamment de notre institution, préserver à tout prix les acquis précieux.

« Les défis sont nombreux et difficiles. Mais j’ouvre les bras à tous ceux qui voudront se joindre à moi. Notre seul souci doit être le bien-être des populations valeureuses de notre pays, et j’aurai besoin de tout votre soutien pour promouvoir un meilleur Togo pour tous. »

DESAPPROBATION INTERNATIONALE

Les autorités militaires l’avaient déjà investi président samedi soir, fermant en outre les frontières du pays et suscitant la désapprobation de la communauté internationale.

Le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, avait dit espérer que les autorités togolaises prendraient les mesures nécessaires « pour préserver la stabilité du pays et garantir un transfert de pouvoir pacifique et conforme à la constitution ».

Les dirigeants de l’Union africaine (UA) avaient condamné quant à eux la désignation à la présidence du fils du défunt président, y voyant un coup de force militaire.

La France, ancienne puissance de tutelle du Togo, avait jugé « indispensable » le « strict respect de la légalité » pour assurer l’intérim du pouvoir au Togo. L’Elysée avait par ailleurs fait savoir que Jacques Chirac étudiait avec plusieurs dirigeants africains les moyens de faire respecter les dispositions constitutionnelles au Togo.

L’entourage du président français déclarait avant les derniers développements que Paris était « solidaire de la condamnation par l’Union africaine de toute forme de coup d’Etat ».

La ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie a fait savoir par ailleurs sur Europe 1 que les troupes françaises dans la région du Togo avaient été mises en alerte, précisant qu’il s’agissait des « forces qui sont aux alentours, et qui pourraient avoir besoin d’intervenir pour protéger nos compatriotes ».

TROUPES FRANCAISES EN ALERTE

« Nous espérons que la sagesse prévaudra et qu’effectivement les choses vont rentrer dans l’ordre », a-t-elle ajouté. En Afrique de l’Ouest, des troupes françaises sont « prépositionnées » au Togo, au Congo, au Sénégal et en Côte d’Ivoire.

Le chef de l’Etat nigérien Tandja Mamadou, président en exercice de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), a estimé que rien ne pouvait justifier une prise du pouvoir par la force et a exhorté le Togo à rétablir l’ordre constitutionnel.

« Rien n’a changé. La lutte continue », a déclaré le dirigeant d’opposition Gilchrist Olympio, fils du premier président togolais tué lors d’un coup de force opéré en 1963 par Eyadéma – alors jeune sergent de 27 ans.

L’opposant a appelé la France à contribuer à assurer une transition politique démocratique dans son pays.

Eyadéma est mort samedi après 38 ans de pouvoir alors qu’on l’évacuait pour qu’il reçoive des soins médicaux non précisés à l’étranger. Il était âgé de 69 ans.

Les autorités de Lomé ont décrété deux mois de deuil national durant lesquels les drapeaux devront rester en berne.

En 1967, il s’était emparé du pouvoir et, depuis lors, régnait quasiment sans partage sur le petit pays ouest-africain de 5,5 millions d’habitants. Il avait néanmoins survécu à plusieurs tentatives d’assassinat, à un accident d’avion et à de violentes manifestations contre son régime dans les années 1990.

Sur le plan intérieur, on lui reprochait son autoritarisme et la lenteur des réformes politiques. A l’échelle régionale, il avait joué le rôle de médiateur dans divers conflits, notamment celui de Côte d’Ivoire.

La disparition du dirigeant togolais intervient au moment où son pays cherche à nouer de nouvelles relations avec l’Union européenne, qui avait gelé son aide au Togo en 1993 en le taxant de « déficit démocratique ».

La mesure avait été levée sous réserves en novembre dernier. En avril 2004, Eyadéma s’était engagé à ouvrir un dialogue avec l’opposition et à organiser de nouvelles élections législatives.

Louis Michel, commissaire européen au Développement et à l’aide humanitaire, a déclaré dimanche que le Togo devait respecter sa constitution, toute autre initiative ne pouvant que compromettre « la stabilité du pays, le dialogue politique intérieur ainsi que les perspectives d’amélioration des relations avec l’Union européenne ».