28/06/2022

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Le dialogue avec Eyadéma : un piége à gogos

Le branle-bas de combat suscité par les dernières injonctions de la Commission européenne laisse traîner dans son sillage une partition bien habituelle pour les Togolais : le dialogue de sourds. Les signaux envoyés des différents états-majors confinent à la résurgence de vieux démons qui ont toujours plombé toutes les opportunités de destituer le dictateur Eyadéma. Gros plan sur un décor qui ne surprend plus…

Par Franck Ekon.

L’activité politique au Togo semble avoir, ces derniers jours, retrouvé ses vicissitudes d’antan : conciliabules à répétition entre grosses pointures du pouvoir et diplomates, fin de vacances des leaders politiques de l’opposition, réactivation des machines à communiqués et surtout grandes manœuvres stratégiques dans les officines étrangères où se trafiquent généralement les schémas à appliquer ultérieurement lors de tables rondes nationales.

A l’origine de cette flambée de chaleur sur la scène politique togolaise, un communiqué de la Commission européenne publié début janvier, proposant aux Etats membres d’engager des consultations avec le Togo au sujet du « renforcement de la démocratie ».Mais l’institution européenne, certainement aguerrie par les nombreux ratages des discussions antérieures entre les acteurs politiques au Togo, avertit cette fois-ci qu’elle prendrait des « mesures appropriées » en cas d’entourloupe supplémentaire. Le camp visé par cette mise en garde est, de toute évidence, celui du dictateur Eyadéma jamais à court de trouvailles pour « torpiller » les divers accords contractés avec l’opposition. Le dernier dialogue intertogolais a visiblement ôté à l’Union européenne l’envie de confier au pouvoir togolais un chèque en blanc incitateur à la violation systématique des points de consensus au sortir des négociations. L’accord-cadre de Lomé, produit des pourparlers de juillet 1999 et considéré comme un « must » en matière de gentlemen’s agreement, est passé à la trappe après avoir été violé jusque dans ses éléments les plus basiques.

Dialogue intertogolais : sur un parfum de déjà vu !

Au-delà du rappel de ces hauts faits d’armes du pouvoir du général Eyadéma, c’est bien plus l’atmosphère qui précède ces discussions qui inquiète plus d’un observateur. Après avoir été traquée sans répit et fait les frais de la frénésie répressive du pouvoir, l’opposition togolaise a dû se résoudre à assumer, la mort dans l’âme, la responsabilité de prendre part à des élections présidentielles, avec la désagréable perspective de se présenter en victime expiatoire sur l’échafaud de la fraude électorale.
« Depuis quelques années, ce comportement est devenu représentatif d’une grande partie de l’opposition : sauter sur toutes les occasions de dialogue, tout donner et ne rien recevoir », soupire Jonathan K., un militant de l’opposition, en déplorant les ravages actuellement constatables dans ses rangs.

A partir des expériences précédentes de dialogue avec le camp du dictateur Eyadéma, quelques données demeurent incontestables à l’analyse :
1. Le dictateur Eyadéma ne se rallie à l’idée d’un accord qu’avec la certitude que, dès la sortie de la salle, ses réseaux de contrefaçon se mettront à l’œuvre pour le vider de sa substance.
2. La question des rapports de force se pose avec acuité plus aujourd’hui qu’hier puisque, depuis quelques années, même la pression de la rue qui était un des atouts essentiels de l’opposition est passée sous le rouleau compresseur de la dictature.
3. Avec la plupart des responsables politiques, des journalistes et des membres de la société civile ( syndicats et associations) harcelés (s’ils n’ont pas été envoyés en prison), le général et ses amis se sont, comme à l’accoutumée, frayés la voie royale qui leur a toujours permis de transformer les occasions de franche discussion en marché de dupes.

Mais, selon des sources proches de la Commission européenne, le plus inquiétant dans le décor actuel, c’est l’aigreur renouvelée du discours du chef de l’Etat togolais. Après avoir copieusement insulté les responsables de l’opposition à la veille de la nouvelle année, le dictateur s’est payé le luxe de les comparer à « des leaders dépassés qui emploient leur énergie à priver leur peuple de l’aide internationale » !
Même si le pouvoir cherche aujourd’hui à utiliser l’argument du report récent des élections locales comme une marque de bonne volonté, tout, dans les dernières sorties d’Eyadéma, porte à croire que le camp du dictateur est dans les mêmes dispositions d’esprit que lors des autres dialogues. Souvent présentée comme l’ «arme fatale» de l’opposition qui pousserait le président Eyadéma vers la sortie, la pression de la communauté internationale a jusqu’alors eu le mérite de fournir à la dictature un motif supplémentaire de dénigrement des opposants. La suspension de la coopération avec le pays, la mise à contribution de facilitateurs internationaux, des interventions au plus haut niveau, tout ce qui a été mis en œuvre ces dernières années pour dénouer la crise au Togo, n’a jamais fait varier Eyadéma dans sa démarche : les négociations n’ont de sens que si elles permettent de conforter sa main-mise sur le pays. Dans ces conditions, on peut se poser la question de l’opportunité de continuer à discuter de quoi que ce soit avec un tel interlocuteur dont la mauvaise foi évidente ne le prive pas de dénigrer, après-coup, les opposants devenus les dindons de la farce.

Le symbole de cet hermétisme impénitent est flagrant dans certains des points saillants de l’allocution prononcée à l’occasion du 13 janvier dernier. En plus de l’autoglorification soporifique habituelle, le dictateur semble avoir sa petite idée sur l’ordre du jour d’une éventuelle discussion avec l’opposition : « c’est dans les communes et les préfectures que se traitent les problèmes qui touchent votre vie quotidienne », soulignait-il avec l’assurance de ceux qui n’ont nullement l’intention de remettre sur le tapis un quelconque contentieux électoral. Avis aux pigeons….

La rédaction letogolais.com